Échelle d’attitude envers l’Église

Découvrez l’Échelle d’attitude envers l’Église (Thurstone & Chave, 1929), outil pionnier de la psychométrie mesurant les attitudes religieuses par la méthode des intervalles apparemment égaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’attitude envers l’Église (Attitude toward the Church Scale), initialement conceptualisée et développée par les psychologues et méthodologues Louis Leon Thurstone et Ernest J. Chave à la fin des années 1920 à l’Université de Chicago, constitue un jalon historique et épistémologique fondamental dans l’histoire de la psychométrie et de la psychologie sociale. Conçue pour quantifier de manière objective et standardisée le spectre continu des attitudes favorables et défavorables à l’égard de l’institution ecclésiale, cette échelle est la première application rigoureuse de la méthode des intervalles apparemment égaux (method of equal-appearing intervals), directement issue de l’adaptation des paradigmes de la psychophysique classique à l’évaluation des construits sociopsychologiques.

L’instrument définitif comprend 45 items formulés sous la forme d’affirmations variées reflétant l’Église soit comme une institution sociétale globale, soit comme un foyer d’activités cultuelles et morales spécifiques. Sélectionnés à partir d’un corpus initial de 130 énoncés soumis au jugement critique de plusieurs centaines d’évaluateurs, les items sont répartis le long d’un continuum psychométrique théoriquement subdivisé en 11 intervalles discrets d’égale amplitude perceptive (avec une valeur extrême s’étendant à un douzième intervalle). Le participant répond selon un format d’approbation dichotomique (« cocher chaque énoncé avec lequel vous êtes pleinement d’accord »), sans contrainte temporelle. Deux méthodes de cotation convergentes permettent de calculer le score individuel : la moyenne (ou médiane) des valeurs d’échelle associées aux items approuvés, ou le rang moyen de ces items sur le continuum ordonné.

Sur le plan psychométrique, l’instrument présente une consistance interne exceptionnelle, démontrée par la méthode de subdivision (split-half reliability) avec des coefficients de corrélation corrigés par la formule de Spearman-Brown s’élevant à 0,94 sur un échantillon hétérogène et à 0,92 auprès d’une cohorte d’étudiants de première année universitaire. La validité de construit et la validité de critère ont été solidement établies via la technique des groupes contrastés (distinction empirique nette entre étudiants en théologie, fidèles assidus, étudiants généralistes et participants à des forums publics critiques) ainsi que par de fortes corrélations avec des mesures d’auto-évaluation globale et des indices comportementaux d’affiliation religieuse.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’attitude envers l’Église, Louis Leon Thurstone, Ernest J. Chave, méthode des intervalles apparemment égaux, psychométrie religieuse, mesure des attitudes, psychophysique sociale, loi du jugement comparatif, sociologie de la religion, évaluation d’attitude, fidélité split-half, validité de construit.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle d’attitude envers l’Église est l’œuvre conjointe de deux figures marquantes de l’Université de Chicago :

  • Louis Leon Thurstone (1887–1955) : Professeur de psychologie à l’Université de Chicago, fondateur et président de la Psychometric Society, président de l’American Psychological Association (APA) en 1933. Considéré comme l’un des pères fondateurs de la psychométrie moderne, Thurstone a révolutionné l’analyse factorielle multiple, la psychophysique et l’échelle quantitative des construits sociaux subjectifs.
  • Ernest J. Chave : Chercheur et professeur associé à la Divinity School de l’Université de Chicago, spécialiste renommé de l’éducation religieuse et de la sociologie empirique du fait religieux, ayant collaboré activement avec Thurstone pour formuler le contenu théologique, institutionnel et éthique des énoncés de l’échelle.
  • C. K. A. Wang : Collaborateur de recherche au département de psychologie de l’Université de Chicago, ayant contribué à la sélection des énoncés originaux et aux expérimentations préliminaires sur le classement psychométrique des stimuli d’attitude.

Historiquement, l’ensemble des correspondances scientifiques et des données d’archives relatives à la publication initiale de 1929 a été hébergé par les University of Chicago Press, Chicago, Illinois, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle d’attitude envers l’Église est d’opérationnaliser et de quantifier, avec un degré inédit d’exactitude scientifique, la position psychologique d’un individu ou d’une population le long d’un continuum affectif, cognitif et évaluatif s’étendant d’une adhésion enthousiaste et révérencieuse envers l’institution ecclésiale à un rejet hostile, méprisant ou antagoniste. Avant les travaux pionniers de Thurstone et Chave (1929), les attitudes religieuses et socioculturelles étaient généralement estimées au moyen de descriptions qualitatives imprécises, de sondages d’opinion intuitifs ou d’impressions cliniques subjectives dépourvues de métrique standardisée.

Dans l’optique de Thurstone, l’objectif n’était nullement d’émettre un jugement normatif, moral ou théologique sur la personne évaluée. Les auteurs ont expressément souligné que l’attribution conventionnelle d’un score faible (zéro) à l’extrémité extrêmement favorable du continuum constituait un choix arithmétique purement arbitraire et pragmatique, n’impliquant aucune supériorité ou infériorité axiologique des individus se situant aux scores élevés ou bas. L’instrument visait à fournir une mesure « non biaisée » de la disposition subjective générale, permettant de tester empiriquement des hypothèses sociologiques et psychologiques majeures.

En matière d’applications pratiques et cliniques, l’échelle a été conçue pour répondre à plusieurs nécessités scientifiques :

  • La recherche en psychologie sociale et sociologie des religions : Explorer les déterminants socio-démographiques (sexe, niveau d’éducation, affiliation confessionnelle, milieu rural versus urbain) modulant les attitudes religieuses, et observer l’évolution longitudinale de la foi et du respect institutionnel face à l’essor des sciences positives et de l’instruction universitaire.
  • L’évaluation des programmes éducatifs confessionnels : Permettre aux pédagogues et aux institutions de formation théologique d’évaluer de manière rigoureuse l’impact de cursus catéchétiques, de conférences ou d’expériences communautaires sur la posture des étudiants.
  • L’étude des corrélats de la personnalité : Analyser la corrélation éventuelle entre l’adhésion religieuse institutionnelle et d’autres traits psychologiques, tels que l’autoritarisme, le conservatisme social, le dogmatisme ou la propension aux stéréotypes et aux préjugés intergroupes (Siegman, 1962 ; Meredith, 1968).
  • L’analyse de la cohérence attitude-comportement : Servir de point d’ancrage méthodologique pour vérifier dans quelle mesure une attitude déclarée prédit effectivement un comportement observable, tel que la régularité de la fréquentation des offices ou l’engagement financier au profit d’œuvres paroissiales (Wicker, 1971).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique ciblé par l’instrument est l’attitude envers l’Église. Dans la modélisation psychométrique thurstonienne, une « attitude » est définie comme le degré d’affect positif ou négatif associé à un objet psychologique déterminé. L’objet psychologique « Église » est appréhendé ici de manière bidimensionnelle dans son ancrage descriptif, mais ramené à un continuum affectif unidimensionnel sous-jacent. Les 45 items sélectionnent tour à tour l’Église en tant qu’institution sociétale universelle (dépositaire de valeurs, agence d’élévation morale, ou inversement rempart conservateur et parasite économique) et en tant qu’entité locale concrète (lieu de culte hebdomadaire, cercle de sociabilité, espace théologique et rituel).

Bien que l’échelle fournisse un score global unique, le construit englobe plusieurs facettes cognitives et affectives distinctes réparties le long du spectre évaluatif :

L’adhésion et la vénération institutionnelle (Pôle hautement favorable)

À cette extrémité du construit, l’individu perçoit l’Église comme une institution d’origine divine, indispensable à l’élévation spirituelle et au progrès éthique de l’humanité. L’institution commande un respect inconditionnel et constitue l’axe directeur fondamental de l’existence personnelle. Les énoncés typiques expriment que l’Église est « la plus grande agence pour le relèvement du monde » (item 8) ou qu’elle exerce une « influence prépondérante dans le développement des habitudes morales » (item 9). L’Église y est conçue comme la source des meilleurs leaders et le garant de la fraternité entre les peuples.

L’approbation critique ou modérée (Zone modérément favorable)

Cette composante du construit reflète une sympathie réelle envers les idéaux ecclésiaux, tempérée par la reconnaissance lucide de faiblesses humaines ou organisationnelles. L’individu admet l’importance sociétale de l’Église tout en déplorant le confessionnalisme rigide, les lourdeurs administratives ou les désaccords théologiques mineurs. Un exemple emblématique est représenté par l’item 10 : « Je crois que l’Église est nécessaire, mais, comme toutes les autres institutions humaines, elle a ses défauts », ou l’item 31 stipulant l’obligation morale d’aider l’institution à s’améliorer malgré ses imperfections patentes.

La neutralité, l’indifférence et la passivité (Zone médiane/neutre)

Le centre du continuum n’est pas simplement un point de balance arithmétique ; il représente psychologiquement un état d’indifférence caractérisée, d’absence d’implication émotionnelle ou de manque d’information. Les items de cette zone n’expriment ni vénération ni animosité. L’item 2 (« Je ne suis ni pour ni contre l’Église… ») et l’item 40 (« Mon attitude envers l’Église est mieux décrite comme de l’indifférence ») illustrent cette absence de résonance affective, où la pratique religieuse est perçue comme un fait sociologique inoffensif mais dénué d’intérêt personnel.

Le scepticisme intellectuel et la désillusion morale (Zone modérément défavorable)

Ici, le construit s’articule autour de reproches cognitifs et éthiques articulés : l’Église est jugée archaïque, excessivement conservatrice, en porte-à-faux avec les avancées des sciences modernes et de l’instruction publique (items 5 et 37). L’individu s’éloigne délibérément de l’institution en raison de la superficialité de ses enseignements (item 7) ou d’une déconnexion observée entre les préceptes moraux proclamés et leur mise en pratique effective (item 19).

L’antagonisme radical et le rejet viscéral (Pôle hautement défavorable)

À l’autre extrémité du spectre psychologique se déploie une hostilité véhémente. L’Église n’est plus seulement considérée comme inutile, mais comme un agent toxique, néfaste et aliénant pour le corps social. Elle est assimilée à « un monument à l’ignorance humaine » (item 4), « un parasite de la société » (item 26), une institution inféodée aux puissances d’argent (item 24), génératrice de fanatisme, de mesquinerie et d’intolérance (item 11), inspirant au répondant un profond sentiment de mépris (item 45).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le fondement théorique sous-tendant l’Échelle d’attitude envers l’Église s’inscrit au cœur des travaux épistémologiques de L. L. Thurstone sur la formalisation de la loi du jugement comparatif (Law of Comparative Judgment, Thurstone, 1927) et de son extension pratique : la méthode des intervalles apparemment égaux (Thurstone & Chave, 1929).

Historiquement influencé par la psychophysique de Gustav Fechner et d’Ernst Heinrich Weber, qui mesuraient les relations mathématiques entre l’intensité d’un stimulus physique (poids, luminosité, son) et la sensation perçue, Thurstone a postulé que les stimuli sociaux (opinions verbales, valeurs, préjugés) pouvaient de la même manière être ordonnés le long d’un continuum psychologique abstrait, bien qu’ils soient dépourvus d’unité de mesure physique sous-jacente.

Le postulat théorique central repose sur le concept de processus discriminatif (discriminal process) : chaque énoncé d’opinion présenté à un individu déclenche une réaction évaluative interne. En raison des fluctuations aléatoires d’attention, de perspective et d’interprétation, ce processus n’est pas fixe mais se distribue normalement autour d’une valeur modale désignée comme la valeur d’échelle (scale value, notée $S$) du stimulus. L’écart-type de cette distribution d’attributions représente la dispersion discriminative (discriminal dispersion), laquelle traduit le degré d’ambiguïté inhérent à l’item.

Dans la construction empirique de l’instrument, 130 propositions initiales ont été soumises à un groupe massif d’évaluateurs (juges) chargés de trier chaque énoncé dans l’une des 11 piles préétablies, allant de la position la plus favorable (pile 1) à la position la plus hostile (pile 11), de manière à ce que les intervalles psychologiques entre deux piles consécutives paraissent rigoureusement identiques à l’observateur. Ce procédé élimine le biais personnel du juge : il n’est pas demandé à l’évaluateur s’il est personnellement d’accord avec l’énoncé, mais d’estimer objectivement le degré de faveur ou de défaveur intrinsèque au texte.

La valeur d’échelle finale ($S$) de chaque énoncé est définie statistiquement comme le 50e centile (médiane) de la courbe cumulative de distribution des jugements. Parallèlement, l’écart semi-interquartile ($Q = (Q_3 – Q_1) / 2$) a été calculé pour chaque énoncé afin de quantifier son indice d’ambiguïté ou d’inconsistance : les items présentant une valeur $Q$ excessivement large ont été systématiquement rejetés du questionnaire définitif car interprétés de manière trop disparate par les juges. Ce cadre méthodologique rigoureux assure que les 45 items retenus présentent un espacement d’intervalles métriquement calibré et une variance d’erreur minimale.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle d’attitude envers l’Église a été explorée et étayée par Thurstone et Chave (1929) à travers plusieurs méthodologies complémentaires de validation empirique et théorique :

Validité de groupes connus (Known-Groups Validity)

L’administration de l’échelle à des cohortes aux caractéristiques socioreligieuses contrastées a fourni la preuve la plus éclatante de la validité de construit. Les auteurs ont soumis le questionnaire à divers sous-groupes de l’Université de Chicago et de la région urbaine :

  • Étudiants en théologie (Divinity students, N = 103) : Ce groupe a obtenu sans exception les scores les plus favorables (scores moyens très proches de zéro), associés à la plus faible variabilité intra-groupe (écart-type particulièrement resserré), traduisant une adhésion homogène et inconditionnelle.
  • Étudiants de premier et second cycles universitaires (Freshmen à Graduate students, N > 500) : Les scores moyens se sont positionnés dans la zone modérément favorable à neutre, révélant une légère tendance à la bimodalité au fil de l’avancée dans le cursus d’études.
  • Auditeurs du Chicago Forum (N variable) : Issus d’un cycle de conférences publiques parrainé par l’Illinois League of Women Voters abordant les questions sociopolitiques et intellectuelles critiques, ces répondants ont affiché en moyenne des attitudes substantiellement moins favorables envers l’Église que les cohortes universitaires régulières, tout en démontrant une variance (dispersion) nettement plus importante.

Validité convergente et corrélation avec des critères comportementaux

La validité concurrente et convergente a été confirmée par des recoupements comportementaux directs :

  • Fréquentation des offices : Les individus déclarant une fréquentation hebdomadaire ou régulière des cultes ont obtenu des scores significativement et drastiquement plus favorables que les répondants affirmant ne jamais ou presque jamais fréquenter un édifice religieux.
  • Affiliation institutionnelle formelle : Les participants membres actifs et déclarés d’une paroisse ont présenté des scores moyens systématiquement plus élevés que les non-membres.
  • Différenciation confessionnelle : Les profils ont révélé des écarts significatifs conformes aux dynamiques sociologiques de l’époque : les catholiques romains ont manifesté le degré de faveur le plus élevé, suivis des protestants, tandis que les répondants de confession juive ou agnostiques se situaient dans les tranches d’opposition ou d’indifférence prononcée.

Validité concomitante avec auto-évaluations simples

Les scores à l’échelle de 45 items ont été corrélés avec une auto-évaluation directe sur une échelle unique de type Likert en 5 points allant de « fortement favorable » à « fortement opposé ». Bien que la corrélation globale se soit avérée modérément élevée et statistiquement robuste (qualifiée d’« assez satisfaisante » par les auteurs), l’analyse fine des écarts a mis en lumière un phénomène psychologique remarquable : les répondants tendaient à s’auto-évaluer comme légèrement plus favorables sur l’échelle unique qu’ils ne l’étaient en réalité lors de la passation de l’échelle complète de Thurstone. Ce biais d’autocensure ou de désirabilité sociale s’est manifesté avec une acuité particulière chez les individus nourrissant des attitudes négatives, démontrant ainsi la capacité supérieure de l’échelle de 45 items à contourner la pression sociale et à capturer les nuances authentiques du positionnement individuel.

Ultérieurement, les investigations menées par Allan W. Wicker (1971) et d’autres chercheurs ont réinvesti l’instrument pour interroger les discordances classiques entre attitudes verbalisées et comportements effectifs, consolidant la robustesse du construit dans l’explication des variances d’engagement bénévole.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité (ou consistance métrologique) de l’Échelle d’attitude envers l’Église a été évaluée originellement au moyen de la technique de bissection ou de subdivision (split-half method), spécifiquement adaptée aux contraintes métriques de la méthode des intervalles apparemment égaux :

Procédure de scission équivalente

Afin de créer deux formes strictement parallèles et équivalentes à partir de la liste des 45 propositions, Thurstone et Chave ont préalablement ordonné l’ensemble des énoncés en fonction de leur valeur d’échelle médiane ($S$), du pôle le plus favorable au pôle le plus défavorable. Les chercheurs ont ensuite fractionné les paires successives d’items en attribuant alternativement l’énoncé de rang supérieur de chaque paire à la Forme 1 et l’énoncé consécutif à la Forme 2. L’énoncé résiduel situé à l’extrémité extrêmement défavorable (le 45e item) a été inclus dans les deux demi-échelles pour équilibrer la portée métrique des instruments dérivés.

Coefficients de consistance interne

Les scores partiels obtenus sur ces deux demi-échelles parallèles ont été corrélés pour deux échantillons expérimentaux distincts, puis corrigés par la formule de prophétie de Spearman-Brown pour estimer la fidélité de l’échelle totale :

  • Échantillon 1 (N = 100 adultes et étudiants hétérogènes) : La corrélation brute non corrigée entre les deux moitiés s’est élevée à $r = 0{,}89$. Après application de la formule de Spearman-Brown ($r_{tt} = \frac{2r}{1+r}$), le coefficient de fidélité estimé pour l’instrument complet a atteint la valeur exceptionnelle de $r = 0{,}94$.
  • Échantillon 2 (N = 200 étudiants universitaires de première année) : La corrélation brute s’est établie à $r = 0{,}85$, produisant après correction de Spearman-Brown un coefficient de fidélité totale de $r = 0{,}92$.

Ces coefficients de fidélité très élevés démontrent que la sélection rigoureuse des items sur la base de leur dispersion discriminative ($Q$) permet d’éliminer le bruit de mesure et d’obtenir un instrument d’une remarquable stabilité interne, rivalisant avec les meilleurs tests psychométriques standardisés contemporains.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

À l’époque de la parution initiale de l’échelle en 1929, les méthodes contemporaines d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) n’étaient pas encore formalisées sur le plan algorithmique. En réalité, c’est L. L. Thurstone lui-même qui élaborera quelques années plus tard, au cours des années 1930 et 1940, la théorie centroïde de l’analyse factorielle multiple (Multiple Factor Analysis) pour l’étude des aptitudes cognitimes primaires.

Toutefois, la conception même de l’échelle reposait sur une hypothèse axiomatique d’unidimensionnalité stricte. Selon le modèle psychophysique de Thurstone, tous les énoncés devaient pouvoir se projeter sans distorsion sur un unique axe vectoriel continu : le degré d’affect positif ou négatif envers l’Église. L’élimination systématique lors de la phase de tri préliminaire des items ayant un écart semi-interquartile ($Q$) élevé servait précisément d’équivalent mathématique primitif à l’exclusion d’items présentant des saturations croisées ou une variance spécifique étrangère au facteur général visé.

Les réanalyses psychométriques ultérieures de la structure factorielle des échelles thurstoniennes de religiosité (notamment documentées dans les synthèses critiques de Heber, 1996, et des études empiriques d’attitudes religieuses dans les années 1950–1970) ont permis de clarifier la géométrie sous-jacente des réponses :

  • Facteur Général Prépondérant (G-Factor d’Attitude) : Lorsqu’une analyse en composantes principales est appliquée aux corrélations tétrachoriques entre l’acceptation ou le rejet des items, le premier facteur extrait explique une proportion dominante de la variance totale (souvent supérieure à 45-50 %). Ce premier facteur non roté oppose nettement les propositions d’approbation dévotionnelle (items 1, 8, 21, 28) aux énoncés de rejet catégorique (items 4, 11, 26, 45).
  • Facteurs Secondaires Orthogonaux ou Obliques : Lorsque des rotations varimax ou promax sont appliquées, plusieurs sous-dimensions factorielles d’ordre mineur émergent fréquemment, témoignant de la richesse sémantique des propositions :
    • Composante d’utilité et de cohésion sociale : Perception de l’Église comme vecteur de moralité, de charité et de fraternité civique (ex. items 9, 17, 32).
    • Composante d’obscurantisme et d’incompatibilité rationnelle : Dimension cognitive rejetant les dogmes ecclésiaux au nom de la méthode scientifique et du progrès intellectuel (ex. items 5, 30, 37, 42).
    • Composante d’éloignement institutionnel et anticléricalisme : Réprobation des structures de pouvoir, des compromissions financières ou du confessionnalisme sans rejet absolu de la spiritualité personnelle (ex. items 13, 15, 22, 24).

Ces éléments corroborent que si l’échelle peut légitimement être traitée comme unidimensionnelle pour l’obtention d’un score sommaire d’attitude, elle recèle une structure latente multidimensionnelle reflétant la complexité de l’objet ecclésial dans la psyché individuelle.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Échelle d’attitude envers l’Église (Attitude toward the Church Scale).
  • Auteurs : Louis Leon Thurstone et Ernest J. Chave (1929).
  • Format d’administration : Questionnaire auto-administré papier-crayon ou numérique ; passation individuelle ou collective en présentiel, ou complétion à domicile.
  • Durée d’administration : Environ 15 minutes. Aucune contrainte de temps n’est imposée au participant.
  • Consignes de passation : Les répondants sont invités à lire attentivement les 45 énoncés mélangés de manière aléatoire et à cocher exclusivement chaque proposition avec laquelle ils sont en parfait accord personnel au moment du test. Toute phrase modifiée ou raturée est exclue du calcul. Aucune discussion préalable sur le sens des affirmations ne doit avoir lieu avant la fin du test. L’anonymat est formellement garanti pour neutraliser les pressions de désirabilité sociale.
  • Nombre d’items : 45 items présentés dans un ordre aléatoire prédéterminé, calibrés sur un continuum psychométrique en 11 intervalles d’égale apparence (plus un intervalle extrême additionnel).
  • Format de réponse : Approbation dichotomique libre (Coché / Non coché). L’individu ne répond pas sur une échelle de Likert par item, mais sélectionne tous les énoncés qui correspondent précisément à sa vision.
  • Méthodes de cotation et calcul du score :
    • Méthode 1 (Valeur d’échelle médiane) : À chaque énoncé approuvé est associée une valeur d’échelle prédéterminée ($S$), représentant le rang médian attribué à l’item lors de la standardisation initiale. Le score individuel final équivaut à la médiane (ou moyenne arithmétique) des valeurs d’échelle de tous les énoncés cochés par le sujet.
    • Méthode 2 (Rang moyen d’ordre) : Après avoir classé les 45 affirmations selon leur valeur d’échelle croissante, on calcule le rang moyen des items cochés par la personne. Thurstone et Chave ont démontré que ces deux démarches mènent à des classements statistiques rigoureusement interchangeables.
    • Échelle transformée standardisée : Une cotation linéarisée simplifiée est fournie par les instructions : chaque valeur médiane originale est multipliée par 2,5 et arrondie au nombre entier le plus proche, générant une échelle s’échelonnant globalement de 0 à 28 points.
  • Catégories normatives d’interprétation des scores moyens :
    • Forte faveur envers l’Église : Attitude hautement dévote, positive et engagée.
    • Faveur modérée envers l’Église : Sympathie institutionnelle générale avec acceptation critique de certains aspects.
    • Légère bienveillance : Sentiment positif discret mais faible implication comportementale.
    • Indifférence et passivité : Position neutre, désintérêt marqué, absence d’affect orienté.
    • Légère opposition / Préjugé défavorable : Scepticisme, critique modérée des pratiques ecclésiales.
    • Forte hostilité / Antagonisme déclaré : Rejet véhément, mépris et dénonciation de l’Église comme institution néfaste.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1929 (University of Chicago Press). Des formulaires et manuels complémentaires ont été repris dans la monographie de Thurstone (1931) et les recueils de Chave (1939).
  • Statut des droits d’auteur et domaine public : Publiée aux États-Unis avant 1930, l’échelle originale de Thurstone et Chave est tombée dans le domaine public sur le territoire américain et international. Les chercheurs et cliniciens sont libres de reproduire, adapter et utiliser les items originaux à des fins de recherche académique, d’enseignement ou d’application clinique sans avoir à s’acquitter de redevances commerciales.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit / Libre d’accès (Open Access historique) pour la recherche scientifique. Les versions commerciales d’époque imprimées par l’Université de Chicago ne sont plus commercialisées sous forme de feuillets payants.
  • Conditions éthiques d’administration : Il demeure indispensable de respecter l’intégrité du protocole historique lors de son emploi scientifique : anonymisation rigoureuse des données, respect du consentement éclairé des participants et non-altération du libellé des items afin de préserver la validité de contenu originale.

12. Références / References

Les publications fondatrices et études empiriques majeures relatives à l’Échelle d’attitude envers l’Église comprennent :

  • Chave, E. J. (1939). Measure religion: Fifty-two experimental forms. University of Chicago Bookstore.
  • Heber, S. (1996). Dimensionen der Religiosität: Skalen, Messmodelle und Ergebnisse einer empirisch orientierten Religionspsychologie. Universitätsverlag.
  • Jones, V. (1970). Attitudes of college students and their changes: A 37-year study. Genetic Psychology Monographs, 81(1), 3–80.
  • Meredith, G. M. (1968). Personality correlates to religious belief systems. Psychological Reports, 23(3), 1039–1042. https://doi.org/10.2466/pr0.1968.23.3.1039
  • Shaw, M. E., & Wright, J. M. (1967). Scales for the measurement of attitudes (pp. 97–99). McGraw-Hill.
  • Siegman, A. W. (1962). A cross-cultural investigation of the relationship between religiosity, ethnic prejudice and authoritarianism. Psychological Reports, 11(2), 419–424. https://doi.org/10.2466/pr0.1962.11.2.419
  • Struening, E., & Spilka, B. (1952). A study of certain social and religious attitudes of university faculty members. Psychological Newsletter, 43, 1–17.
  • Thurstone, L. L. (1927). A law of comparative judgment. Psychological Review, 34(4), 273–286. https://doi.org/10.1037/h0070288
  • Thurstone, L. L. (Ed.). (1931). The measurement of social attitudes. University of Chicago Press.
  • Thurstone, L. L., & Chave, E. J. (1929). The measurement of attitude: A psychophysical method and some experiments with a scale for measuring attitude toward the church. University of Chicago Press.
  • Wicker, A. W. (1971). An examination of the « other variables » explanation of attitude-behavior inconsistency. Journal of Personality and Social Psychology, 19(1), 18–30. https://doi.org/10.1037/h0031090

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions to respondents: Respondents are asked to check every statement with which they fully agree.

  1. I think the church is a divine institution, and it commands my highest loyalty and respect.
  2. I am neither for nor against the church, but I do not believe that churchgoing will do anyone any harm.
  3. I feel the good done by the church is not worth the money and energy spent on it.
  4. I regard the church as a monument to human ignorance.
  5. I believe that the church is losing ground as education advances.
  6. I feel the church is trying to adjust itself to a scientific world and deserves support.
  7. The teaching of the church is altogether too superficial to be of interest to me.
  8. I feel the church is the greatest agency for the uplift of the world.
  9. I think the church has a most important influence in the development of moral habits and attitudes.
  10. I believe that the church is necessary, but, like all other human institutions, it has its faults.
  11. I regard the church as a harmful institution, breeding narrow-mindedness, fanaticism, and intolerance.
  12. The church is too conservative for me, and so I stay away.
  13. I believe in the ideals of my church, but I am tired of its denominationalism.
  14. I believe that the church furnishes the stimulus for the best leadership of our country.
  15. I’m not much against the church, but when I cannot agree with its leaders I stay away.
  16. I regard the church as hopelessly allied with reactionary forces.
  17. I believe that the church practices the Golden Rule fairly well and has a consequent good influence.
  18. I am interested only to the extent of attending church occasionally.
  19. I feel the church is ridiculous, for it cannot give examples of what it preaches.
  20. Sometimes I feel the church is worthwhile, and sometimes I doubt it.
  21. My church is the primary guiding influence in my life.
  22. I like the spiritual uplift I get from the church, but I do not agree with its theology.
  23. My attitude toward the church is one of neglect due to lack of interest.
  24. I believe the church is bound hand and foot with monied interests and does not practice its ideals.
  25. I am sympathetic toward the church, but I am not active in its work.
  26. I regard the church as a parasite on society.
  27. I know too little about any church to express an opinion.
  28. I regard the church as the most important institution in the world outside of the home.
  29. I am slightly prejudiced against the church and attend only on special occasions.
  30. I do not think a man can be honest in his thinking and indorse [sic] what the church teaches.
  31. There is much wrong in my church, but I feel it is so important that it is my duty to help improve it.
  32. I feel that the church promotes a fine brotherly relationship between people and nations.
  33. I think the church is unreservedly stupid and futile.
  34. I feel that church attendance is a good index of the nation’s morality.
  35. I feel the church is petty, easily disturbed by matters of little importance.
  36. In the church I find my best companions and express my best self.
  37. I believe the church is nonscientific, depending for its influence on fear of God and hell.
  38. I am loyal to the church, but I believe its influence is on the decline.
  39. It seems absurd to me for a thinking man to be interested in the church.
  40. My attitude toward the church is best described as indifference.
  41. I believe that anyone who will work in a modem church will appreciate its indispensable value.
  42. The church deals in platitudes and is afraid to follow the logic of truth.
  43. My attitude toward the church is passive, with a slight tendency to disfavor it.
  44. I have a casual interest in the church.
  45. I have nothing but contempt for the church.
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle d’attitude envers l’Église. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-attitude-envers-eglise-2
Looti, Mohammed. “Échelle d’attitude envers l’Église.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-attitude-envers-eglise-2.
Looti, Mohammed. “Échelle d’attitude envers l’Église.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-attitude-envers-eglise-2.