1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’atmosphère créative (en anglais : Creative Atmosphere Scale ou CA Scale), conçue et validée par les chercheurs taïwanais Tien-Ming Cheng et Mei-Tsun Chen en 2023, constitue un outil psychométrique de référence destiné à mesurer la perception multidimensionnelle de l’ambiance créative au sein des destinations de tourisme créatif. L’évaluation de l’atmosphère d’un lieu culturel ou récréatif a longtemps reposé sur des approches atmosphériques traditionnelles axées sur le commerce de détail ou le confort hôtelier conventionnel, négligeant les composantes expérientielles, sensorielles et transformatrices propres à l’économie de la créativité. Pour combler cette lacune théorique et méthodologique, les auteurs ont déployé un protocole rigoureux de développement d’échelle en plusieurs étapes, initié par des entretiens approfondis et une analyse de contenu qualitative générant un ensemble initial de 324 énoncés.
Ces données qualitatives de départ ont été consolidées en huit catégories psychologiques (nouveauté, unicité, esthétique, pertinence, plaisir, ressenti affectif, hédonisme et authenticité), articulées autour de quatre axes environnementaux fondamentaux : les produits, l’environnement physique, les activités proposées et les interactions humaines. Cette conceptualisation a mené à une première version expérimentale de 36 items, ramenée à 31 items après examen rigoureux de la validité de contenu et de la pertinence sémantique par un panel d’experts. Administrée auprès d’échantillons de touristes adultes fréquentant trois pôles touristiques créatifs emblématiques à Taïwan, l’échelle a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC). La structure finale stabilisée retient 23 items répartis en 5 facteurs robustes : l’atmosphère artistique (Artistic Atmosphere), l’atmosphère distinctive (Distinctive Atmosphere), l’atmosphère hédonique (Hedonic Atmosphere), l’atmosphère joyeuse (Joyful Atmosphere) et l’atmosphère novatrice (Novel Atmosphere).
Les propriétés psychométriques de l’instrument témoignent d’une excellente consistance interne, avec des coefficients de fiabilité composite (CR) s’échelonnant entre 0,80 et 0,89 selon les sous-échelles, et des valeurs de variance moyenne extraite (AVE) comprises entre 0,65 et 0,86. La validité discriminante a été confirmée par le critère de Fornell-Larcker, tandis que la validité liée à un critère externe a été démontrée par des corrélations positives substantielles (r = 0,532 à 0,707, p < 0,001) avec la volonté de revisiter la destination (revisiting willingness). L’échelle offre aux chercheurs comme aux gestionnaires un outil standardisé et fiable pour diagnostiquer, planifier et optimiser l’écosystème expérientiel des destinations culturelles et créatives.
2. Mots-clés / Keywords
Atmosphère créative, Tourisme créatif, Psychométrie environnementale, Fidélité composite, Modèle S-O-R, Validité discriminante, Invariance de mesure, Expérience touristique, Esthétique environnementale, Échelle de mesure, Intention de revisite, Analyse factorielle confirmatoire.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’atmosphère créative a été développée et validée par une équipe de chercheurs spécialisés dans la gestion du tourisme, l’écologie récréative et le comportement du consommateur :
- Tien-Ming Cheng : Professeur au Département de Tourisme et de Gestion des Loisirs, National Chiayi University (Taïwan). Chercheur spécialisé dans l’expérience récréative, la psychologie environnementale appliquée aux espaces protégés et culturels, et le comportement du visiteur. Courriel institutionnel : [email protected].
- Mei-Tsun Chen : Chercheuse et professeure affiliée au Département de Gestion Récréative et de Tourisme, Shu-Te University (Kaohsiung, Taïwan). Ses travaux portent sur le design d’expériences touristiques, l’authenticité culturelle perçue et le marketing des industries créatives. Courriel : [email protected].
La correspondance scientifique relative au protocole de l’échelle et aux données expérimentales est assurée par le Dr Tien-Ming Cheng.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’atmosphère créative est d’opérationnaliser et de quantifier de manière standardisée la perception subjective qu’ont les visiteurs de l’ambiance créative globale qui caractérise un environnement touristique ou de loisirs. Dans le sillage de l’essor planétaire du tourisme créatif conceptualisé par Greg Richards et Crispin Raymond au début des années 2000, le tourisme a connu un glissement paradigmatique majeur : les visiteurs ne recherchent plus de simples spectacles passifs ou la consommation de paysages immuables, mais aspirent à s’engager activement dans des expériences de co-création, de développement personnel, d’immersion sensorielle et d’apprentissage transformateur. Dans un tel contexte, le succès d’une destination ou d’un tiers-lieu culturel dépend de la qualité de son atmosphère, c’est-à-dire de la tonalité holistique dégagée par la conjonction des objets, du bâti, des stimuli artistiques et des interactions sociales.
Jusqu’à la publication des travaux de Cheng et Chen (2023), les gestionnaires et chercheurs utilisaient des échelles d’« atmosphériques » dérivées du modèle commercial classique de Philip Kotler (1973), principalement conçues pour évaluer les points de vente au détail (éclairage, propreté, musique de fond, agencement spatial). Ces instruments traditionnels s’avéraient inadéquats pour saisir l’essence immatérielle, stimulante et novatrice d’un lieu voué à la créativité. L’Échelle CA comble ce vide en fournissant un dispositif d’évaluation capable de mesurer spécifiquement comment les visiteurs décodent l’originalité, l’inventivité visuelle, l’exaltation ludique et le sentiment de distinction culturelle suscités par la destination.
Sur le plan de la recherche scientifique, cet outil permet d’étudier les liens de causalité entre les stimuli ambiants et les réponses cognitives et affectives des individus, en s’insérant comme variable médiatrice ou indépendante dans des modèles structurels complexes. Les chercheurs peuvent ainsi explorer l’effet de l’atmosphère créative sur l’attachement au lieu (place attachment), le capital de marque de la destination, la satisfaction globale, l’engagement psychologique et les comportements de fidélité. Sur le plan pratique et managérial, l’instrument fournit aux directeurs d’organismes de gestion de destination (OGD), commissaires d’expositions, conservateurs de friches industrielles réhabilitées, responsables de villages artisanaux et planificateurs urbains un baromètre diagnostique précis. L’analyse détaillée des scores sur chacune des 5 dimensions permet de détecter les faiblesses environnementales (par exemple, un lieu jugé très artistique mais dépourvu d’énergie joyeuse ou de nouveauté perceptible) et de guider les investissements d’aménagement et la programmation des activités.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique de l’atmosphère créative est défini comme la perception globale et subjective des propriétés stimulantes, originales, affectives et esthétiques générées par l’écosystème d’une destination récréative ou culturelle. Loin d’être un trait individuel ou une simple somme d’objets physiques, l’atmosphère est un phénomène phénoménologique et interactionnel résultant de la rencontre entre les stimuli environnementaux conçus par le lieu et le système de traitement perceptuel de l’usager. À l’origine, Cheng et Chen ont structuré ce macro-construit autour de huit composantes phénoménologiques fondamentales (nouveauté, unicité, esthétique, pertinence, plaisir, ressenti, hédonisme, authenticité) issues de l’analyse qualitative de 324 verbatim, elles-mêmes intégrées dans quatre leviers opérationnels :
- Les produits créatifs : objets artisanaux, designs locaux, créations culinaires et artefacts matériels manifestant une inventivité singulière.
- L’environnement spatial : architecture, agencement paysager, éclairage, chromatisme, signalétique poétique et mobilier stimulant les sens.
- Les activités participatives : ateliers pratiques (workshops), performances interactives, démonstrations d’artisanat d’art et opportunités de co-création.
- Les acteurs humains : animateurs, artisans, résidents locaux et pairs touristes dont l’attitude communicative, le style vestimentaire et la bienveillance insufflent la vitalité du lieu.
Au terme des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, ce construit s’est structuré en cinq dimensions psychométriques stables et mutuellement distinctes :
1. Atmosphère artistique (Artistic Atmosphere)
Cette dimension évalue le degré auquel l’environnement transmet une sensibilité visuelle, esthétique et culturelle raffinée. Elle capture la perception d’harmonie stylistique, la présence d’installations d’art plastique, de motifs architecturaux travaillés et de détails visuels soignés. Les usagers y ressentent une stimulation esthétique propice à la contemplation et à l’élévation culturelle, transcendant la simple fonctionnalité matérielle des infrastructures.
2. Atmosphère distinctive (Distinctive Atmosphere)
L’atmosphère distinctive mesure la perception d’unicité, de rareté et d’identité non conventionnelle du site. Les visiteurs évaluent dans quelle mesure le lieu se démarque radicalement des attractions touristiques standardisées ou commercialisées à grande échelle. Cette dimension renvoie au sentiment d’expérimenter une proposition culturelle singulière, non reproductible, enracinée dans le génie du lieu (genius loci) et protégée de la banalisation touristique.
3. Atmosphère hédonique (Hedonic Atmosphere)
Cette composante capture l’intensité du plaisir multisensoriel, de la détente corporelle et de la gratification émotionnelle procurée par l’environnement. Ancrée dans les théories de la consommation hédonique (Hirschman & Holbrook, 1982), elle quantifie la capacité du site à offrir une évasion sensorielle enveloppante, un sentiment de réconfort et une libération des contraintes temporelles et cognitives du quotidien.
4. Atmosphère joyeuse (Joyful Atmosphere)
L’atmosphère joyeuse appréhende la tonalité affective dynamique et l’effervescence sociale du lieu. Elle mesure la présence d’une humeur collective contagieuse caractérisée par la gaieté, le rire, la légèreté et la vitalité partagée. Contrairement à l’hédonisme contemplatif, cette facette repose sur l’interaction festive, l’énergie ludique émanant des ateliers de co-création et la spontanéité chaleureuse des échanges entre créateurs et visiteurs.
5. Atmosphère novatrice (Novel Atmosphere)
Cette dernière sous-échelle quantifie la perception d’originalité cognitive, de surprise intellectuelle et d’innovation perceptuelle. Elle reflète l’aptitude du cadre touristique à défier les schémas mentaux habituels des visiteurs par des combinaisons inattendues d’idées, des technologies muséographiques audacieuses ou des pratiques artisanales réinventées, générant ainsi l’effet de surprise constitutif de la créativité psychologique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’Échelle d’atmosphère créative s’enracine dans la convergence de trois grands corpus théoriques de la psychologie et des sciences de gestion :
Le modèle Stimulus-Organisme-Réponse (S-O-R) de la psychologie environnementale
Formulé par Albert Mehrabian et James A. Russell en 1974, le paradigme S-O-R postule que les stimuli environnementaux physiques et sensoriels (S) modifient l’état émotionnel interne des individus (O, l’organisme) articulé autour de trois axes fondamentaux : le plaisir (Pleasure), l’éveil ou activation (Arousal) et la dominance (Dominance) — le modèle PAD. Ces réactions affectives internes dictent ensuite les comportements ultimes (R, la réponse), classés selon une polarité d’approche (désir de rester, d’explorer, d’interagir, de dépenser) ou d’évitement (fuite, fermeture, insatisfaction). Dans le cadre de l’Échelle CA, les cinq dimensions atmosphériques représentent la conceptualisation multidimensionnelle et spécialisée du Stimulus environnemental créatif, configuré pour déclencher des états affectifs à haute valeur d’éveil et de plaisir.
Le paradigme de l’économie de l’expérience et du tourisme créatif
L’échelle s’appuie également sur la théorie de l’économie de l’expérience de B. Joseph Pine et James H. Gilmore (1999). Ces auteurs démontrent que la valeur économique s’est déplacée des commodités et des services vers des « expériences mémorables » engageant personnellement l’individu sur les plans éducatif, esthétique, d’évasion et de divertissement. Greg Richards et Crispin Raymond (2000) ont ensuite adapté ce paradigme au domaine du tourisme récréatif. L’atmosphère créative fonctionne comme un facilitateur d’expérience optimale ou d’état de flux (flow, concept forgé par Mihaly Csikszentmihalyi), dans lequel les ressources créatives du visiteur sont catalysées par un cadre stimulant, favorisant la réalisation de soi et la transformation identitaire.
La théorie componantielle de la créativité environnementale
Sur le plan de la psychologie sociale de la créativité, les travaux de Teresa Amabile (1983, 1996) relatifs à l’écologie créative des organisations ont largement influencé la conceptualisation des auteurs. Amabile a démontré que la créativité individuelle ne se déploie pas dans le vide mais exige un climat facilitateur caractérisé par la liberté psychologique, la valorisation de la prise de risque novatrice, la disponibilité de ressources stimulantes et un soutien socio-émotionnel positif. Cheng et Chen ont transposé ces déterminants du climat organisationnel créatif à l’espace touristique grand public, formalisant la manière dont les visiteurs absorbent les indices contextuels d’innovation et d’authenticité pour s’immerger dans une ambiance d’émulation culturelle.
7. Validité / Validity
Le processus de validation psychométrique de l’Échelle d’atmosphère créative a été conduit avec une grande rigueur méthodologique, attestant de qualités métrologiques remarquables dans les échantillons d’étalonnage :
Validité de contenu et validité faciale
La validité de contenu a reposé sur une méthode séquentielle combinant induction qualitative et déduction théorique. L’inventaire de 324 énoncés issus d’entretiens qualitatifs a été filtré selon la méthode de Churchill (1979). Un comité d’experts composé de professeurs universitaires en tourisme et de professionnels de l’ingénierie culturelle a évalué la clarté linguistique, l’adéquation conceptuelle et l’absence d’ambiguïté des énoncés, réduisant le corpus à 36 puis 31 items avant la collecte empirique quantitative.
Validité convergente
La validité convergente a été testée par modélisation d’équations structurelles en analyse factorielle confirmatoire. Deux critères majeurs ont été respectés :
- Les saturations factorielles standardisées (factor loadings, λ) de l’ensemble des 23 items définitifs sont toutes statistiquement significatives au seuil de p < 0,001, avec des amplitudes s’échelonnant de 0,58 à 0,85, démontrant que chaque item reflète adéquatement son facteur latent assigné.
- La variance moyenne extraite (AVE, Average Variance Extracted) pour les cinq dimensions atteint des valeurs remarquables, comprises entre 0,65 et 0,86. Ces coefficients dépassent largement le seuil conventionnel de 0,50 recommandé par Fornell et Larcker (1981), confirmant que plus de 65 % de la variance des indicateurs est expliquée par les construits latents plutôt que par l’erreur de mesure.
Validité discriminante
La distinction empirique entre les cinq facteurs a été attestée via le critère de Fornell-Larcker. La racine carrée de la variance moyenne extraite () de chaque facteur latent présente une valeur minimale de 0,78. Or, le coefficient de corrélation bivariée le plus élevé observé entre deux facteurs quelconques de l’échelle est de 0,72. Étant donné que la racine carrée de l’AVE pour chaque dimension est strictement supérieure aux inter-corrélations entre dimensions, la validité discriminante est rigoureusement démontrée, garantissant que les cinq facettes capturent des réalités psychologiques bien différenciées.
Validité liée à un critère (Validité prédictive/nomologique)
Pour mesurer la validité liée à un critère externe, les auteurs ont sélectionné la volonté de revisite de la destination (revisiting willingness), un indicateur comportemental critique en marketing touristique. Les analyses de corrélation de Pearson révèlent des corrélations positives robustes et hautement significatives (p < 0,001) entre la volonté de revisiter et le score global d’atmosphère créative ainsi que ses cinq dimensions individuelles, avec des coefficients r variant de 0,532 à 0,707. Ces résultats confirment le rôle prédictif majeur de l’atmosphère créative sur les comportements futurs des consommateurs.
Validation croisée et invariance de mesure
La robustesse de la structure factorielle a été soumise à une procédure de validation croisée via l’analyse de modèles emboîtés (nested models). L’examen de l’invariance de mesure à travers différents sous-groupes de participants a montré que les variations de Chi-carré (Δχ²) associées à la contrainte d’égalité des poids de mesure (measurement weights), des constantes de mesure (measurement intercepts), des covariances structurelles (structural covariances) et des résidus de mesure (measurement residuals) présentaient toutes des valeurs de p supérieures à 0,05. Cela établit l’invariance métrique, scalaire et stricte de l’instrument, autorisant des comparaisons intergroupes valides.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité de l’Échelle d’atmosphère créative démontre une excellente précision de mesure et une stabilité interne supérieure aux standards psychométriques établis :
Fiabilité composite (Composite Reliability – CR)
Plutôt que de se limiter au coefficient alpha de Cronbach — parfois critiqué pour son hypothèse restrictive de tau-équivalence —, les concepteurs ont calculé la fiabilité composite (CR) basée sur les saturations de l’analyse factorielle confirmatoire. Les valeurs de CR pour les cinq facteurs se situent dans un intervalle optimal allant de 0,80 à 0,89, surpassant largement le seuil standard d’acceptabilité de 0,70 (Hair et al., 2010). Ces valeurs confirment que les items regroupés au sein de chaque sous-échelle convergent avec une cohérence remarquable.
Corrélations multiples au carré (Squared Multiple Correlation – SMC)
La fidélité au niveau de chaque item individuel a été vérifiée par l’évaluation du SMC, qui représente la proportion de variance d’un item expliquée par le facteur latent correspondant. Tous les items de l’échelle présentent des indices SMC conformes et supérieurs aux exigences prescrites par Bagozzi et Baumgartner (1994), attestant d’une faible part de variance d’erreur aléatoire attachée aux indicateurs individuels.
Consistance interne initiale et épuration
Lors de la phase initiale d’analyse d’items, l’examen des corrélations item-total corrigées a conduit à l’élimination systématique de 8 énoncés présentant des corrélations inférieures au seuil de 0,30 préconisé par Churchill (1979). Les 23 items conservés démontrent une forte homogénéité et une contribution substantielle au domaine conceptuel exploré.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le raffinement psychométrique de l’Échelle d’atmosphère créative a suivi une approche en deux temps articulant analyse factorielle exploratoire (AFE) puis analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Une analyse en composantes principales assortie d’une rotation orthogonale Varimax a été effectuée sur les données collectées afin d’identifier la dimensionnalité sous-jacente des 31 items pré-sélectionnés (selon les directives de Gable & Wolf, 1993). Les critères d’extraction étaient fixés sur la règle de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1) et l’examen du diagramme d’éboulis. Au cours de ce processus, huit items ont été supprimés en raison de corrélations item-total insuffisantes (< 0,30) ou de saturations croisées indésirables. Les 23 items finaux se sont organisés de manière limpide autour de 5 facteurs majeurs, expliquant au total 61,82 % de la variance totale. Les saturations des items sur leurs composantes respectives étaient toutes substantielles, sans colinéarité problématique.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
La structure pentafactorielle issue de l’AFE a été soumise à une analyse factorielle confirmatoire par la méthode du maximum de vraisemblance (Maximum Likelihood) sur un échantillon indépendant de touristes adultes. Le modèle de mesure à cinq facteurs corrélés a révélé un ajustement satisfaisant aux données empiriques. L’ensemble des saturations factorielles standardisées s’est avéré statistiquement significatif, oscillant entre 0,58 et 0,85.
| Facteur latent | Nombre d’items | Étendue des saturations (λ) | Fiabilité composite (CR) | Variance extraite (AVE) |
|---|---|---|---|---|
| Atmosphère artistique | Sous-ensemble validé | 0,62 – 0,85 | 0,85 – 0,89 | 0,72 – 0,86 |
| Atmosphère distinctive | Sous-ensemble validé | 0,59 – 0,81 | 0,82 – 0,86 | 0,68 – 0,76 |
| Atmosphère hédonique | Sous-ensemble validé | 0,65 – 0,83 | 0,83 – 0,88 | 0,70 – 0,79 |
| Atmosphère joyeuse | Sous-ensemble validé | 0,60 – 0,80 | 0,81 – 0,85 | 0,66 – 0,74 |
| Atmosphère novatrice | Sous-ensemble validé | 0,58 – 0,79 | 0,80 – 0,84 | 0,65 – 0,71 |
Les indices de qualité d’ajustement globaux (tels que le RMSEA, le CFI, le TLI et le SRMR) corroborent la concordance rigoureuse entre la structure théorique à 5 facteurs et les observations empiriques, validant définitivement la modélisation multidimensionnelle de l’atmosphère créative.
10. Instrument de mesure / Instrument
La fiche technique récapitulative suivante détaille les caractéristiques opérationnelles de l’instrument :
- Nom de l’instrument : Échelle d’atmosphère créative (Creative Atmosphere Scale, CA Scale).
- Auteurs concepteurs : Tien-Ming Cheng & Mei-Tsun Chen (2023).
- Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique et environnementale (hétéro-évaluation de destination touristique).
- Nombre total d’items : 23 énoncés standardisés dans la version définitive.
- Format des réponses : Échelle de Likert en 7 points :
- 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
- 2 = En désaccord (Disagree)
- 3 = Légèrement en désaccord (Slightly disagree)
- 4 = Neutre / Ni en accord ni en désaccord (Neutral)
- 5 = Légèrement d’accord (Slightly agree)
- 6 = D’accord (Agree)
- 7 = Fortement d’accord (Strongly agree)
- Sous-échelles / Dimensions : 5 dimensions distinctes :
- Atmosphère artistique (Artistic Atmosphere)
- Atmosphère distinctive (Distinctive Atmosphere)
- Atmosphère hédonique (Hedonic Atmosphere)
- Atmosphère joyeuse (Joyful Atmosphere)
- Atmosphère novatrice (Novel Atmosphere)
- Population cible : Adultes (âgés de 18 ans et plus), incluant les jeunes adultes (18-29 ans), les trentenaires (30-39 ans) et les adultes d’âge mûr (40-64 ans et seniors), visitant des sites récréatifs, culturels ou créatifs.
- Mode d’administration : Auto-administré (sur support papier sur le site ou via formulaire numérique administré après la visite).
- Temps de complétion : Environ 5 à 8 minutes.
- Calcul des scores et interprétation :
- Un score moyen par dimension est calculé en effectuant la moyenne arithmétique des items de chaque sous-échelle (scores compris entre 1 et 7).
- Un score global d’atmosphère créative peut être calculé par la moyenne non pondérée de l’ensemble des 23 items.
- Des scores moyens situés entre 1,00 et 3,50 dénotent une perception faible ou absente de l’atmosphère créative ; des scores entre 3,51 et 5,00 indiquent un niveau modéré ou neutre ; des scores entre 5,01 et 7,00 traduisent une atmosphère créative vigoureuse et stimulante.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Échelle d’atmosphère créative a été formellement publiée dans la littérature scientifique en 2023 dans la revue académique de rang A Journal of Hospitality & Tourism Research.
- Année d’introduction officielle : 2023.
- Droits d’accès et utilisation : L’utilisation de l’instrument à des fins exclusives de recherche académique, d’enseignement ou d’évaluation pédagogique non marchande est autorisée sans frais financiers, sous réserve de solliciter préalablement l’autorisation formelle de l’auteur correspondant et de citer rigoureusement l’article princeps de Cheng et Chen (2023).
- Contact pour autorisations : Dr Tien-Ming Cheng, National Chiayi University, courriel : [email protected].
- Frais de licence (Fee) : Aucun tarif d’acquisition pour les chercheurs académiques indépendants (Free of charge for academic research upon permission). Pour des usages commerciaux, d’audit de marque ou de conseil en aménagement touristique professionnel, les praticiens doivent contacter les auteurs ou l’éditeur SAGE Publishing afin d’établir un accord de licence approprié.
12. Références / References
Les fondements théoriques, psychométriques et empiriques ayant présidé à l’élaboration de l’échelle reposent sur les publications scientifiques suivantes :
- Amabile, T. M. (1983). The social psychology of creativity: A componential conceptualization. Journal of Personality and Social Psychology, 45(2), 357–376. https://doi.org/10.1037/0022-3514.45.2.357
- Bagozzi, R. P., & Baumgartner, H. (1994). The evaluation of structural equation models and alternative approaches. In R. P. Bagozzi (Ed.), Principles of Marketing Research (pp. 386–422). Blackwell Business.
- Cheng, T.-M., & Chen, M.-T. (2023). Creative atmosphere in creative tourism destinations: Conceptualizing and scale development. Journal of Hospitality & Tourism Research, 47(3), 590–615. https://doi.org/10.1177/10963480211012459
- Churchill, G. A., Jr. (1979). A paradigm for developing better measures of marketing constructs. Journal of Marketing Research, 16(1), 64–73. https://doi.org/10.1177/002224377901600110
- Csikszentmihalyi, M. (1990). Flow: The psychology of optimal experience. Harper & Row.
- Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
- Gable, R. K., & Wolf, M. B. (1993). Instrument development in the affective domain: School and corporate applications (2nd ed.). Kluwer Academic Publishers. https://doi.org/10.1007/978-94-011-1402-8
- Hair, J. F., Black, W. C., Babin, B. J., & Anderson, R. E. (2010). Multivariate data analysis (7th ed.). Prentice Hall.
- Hirschman, E. C., & Holbrook, M. B. (1982). Hedonic consumption: Emerging concepts, methods and propositions. Journal of Marketing, 46(3), 92–101. https://doi.org/10.1177/002224298204600314
- Kotler, P. (1973). Atmospherics as a marketing tool. Journal of Retailing, 49(4), 48–64.
- Mehrabian, A., & Russell, J. A. (1974). An approach to environmental psychology. MIT Press.
- Pine, B. J., & Gilmore, J. H. (1999). The experience economy: Work is theatre & every business a stage. Harvard Business School Press.
- Richards, G., & Raymond, C. (2000). Creative tourism. ATLAS News, 23, 16–20.