1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’anxiété sexuelle (Sexual Anxiety Scale, SAS), développée par Erin E. Fallis, Christina Gordon et Christine Purdon au sein de l’Université de Waterloo, est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer les réactions affectives d’un individu face à une multitude de stimuli et de contextes sexuels. Cette mesure s’inscrit au cœur de la conceptualisation bidirectionnelle de l’érotophobie et de l’érotophilie, théorisée initialement comme la prédisposition générale à réagir aux indices sexuels par des affects négatifs (peur, anxiété, gêne) ou positifs (plaisir, enthousiasme, curiosité). Contrairement aux échelles antérieures telles que le Sexual Opinion Survey (SOS), qui se focalisaient de manière prépondérante sur l’homosexualité, la pornographie médiatique et un éventail restreint de pratiques, la SAS offre une évaluation nettement plus exhaustive englobant la sphère publique, privée, relationnelle et médicale de la sexualité.
Dans sa forme standardisée complète, la SAS comprend 56 items évalués au moyen d’une échelle de type Likert en 11 points variant de 0 (Extrêmement agréable / Extremely Pleasurable) à 100 (Extrêmement inconfortable / Extremely Discomforting), en passant par un point neutre à 50. La structure factorielle de l’instrument s’articule autour de trois dimensions robustes identifiées par analyse factorielle exploratoire (N = 889) expliquant 49,5 % de la variance totale : Expression sexuelle solitaire et impersonnelle (Solitary and Impersonal Sexual Expression, 23 items), Exposition à l’information (Exposure to Information, 14 items) et Communication sexuelle (Sexual Communication, 16 items). Les propriétés psychométriques démontrent une consistance interne exceptionnelle (alpha de Cronbach de .96 chez des étudiants de premier cycle et de .95 dans un échantillon communautaire ; coefficients de sous-échelles entre .87 et .95) ainsi qu’une excellente stabilité temporelle test-retest (r = .87 à intervalle temporel contrôlé). Les indices de validité convergente et discriminante confirment que la SAS évalue une dimension affective et attitudinale spécifique liée au fonctionnement sexuel, indépendamment des états d’anxiété généralisée, de la dépression ou des traits de personnalité généraux comme le névrosisme.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’anxiété sexuelle, Sexual Anxiety Scale, SAS, érotophobie, érotophilie, psychométrie, communication sexuelle, fonctionnement sexuel, attitudes sexuelles, détresse sexuelle, évaluation clinique, sexologie cognitive.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’anxiété sexuelle a été élaborée au sein du Département de psychologie de l’Université de Waterloo (Ontario, Canada) par :
- Erin E. Fallis, Ph.D. : Chercheuse en psychologie clinique, spécialisée dans les relations de couple, la communication conjugale et le bien-être sexuel. Correspondance : Département de psychologie, Université de Waterloo, 200 University Avenue West, Waterloo, Ontario N2L 3G1, Canada (Courriel institutionnel d’origine :
[email protected]). - Christina Gordon, M.A. : Chercheuse clinicienne affiliée aux travaux sur l’anxiété, le perfectionnisme et l’affectivité sexuelle à l’Université de Waterloo.
- Christine Purdon, Ph.D., C.Psych. : Professeure titulaire en psychologie clinique à l’Université de Waterloo, directrice de recherche renommée dans le domaine des troubles obsessionnels compulsifs, de l’anxiété et des pensées intrusives relatives à la sexualité.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Sexual Anxiety Scale est d’opérationnaliser et de quantifier avec précision la réponse affective individuelle déclenchée par une panoplie diversifiée de stimuli sexuels. Historiquement, l’évaluation de l’anxiété sexuelle et de l’érotophobie reposait presque exclusivement sur le Sexual Opinion Survey (SOS) développé par Fisher, Byrne, White et Kelley (1988). Bien que le SOS ait apporté une contribution inestimable à la recherche sexologique, les cliniciens et chercheurs ont souligné des limites importantes quant à son contenu : une surreprésentation des questions relatives à l’homosexualité masculine, une focalisation marquée sur la consommation de médias pornographiques traditionnels, et une quasi-absence d’évaluation des interactions dyadiques intimes et des communications verbales au sein du couple.
La SAS a donc été créée pour pallier ces lacunes méthodologiques en couvrant à la fois la sphère publique et la sphère privée du vécu sexuel. Elle vise à comprendre pourquoi et comment certains individus éprouvent des réactions émotionnelles négatives intenses allant de l’aversion au dégoût et à la panique en présence de stimuli sexuels, tandis que d’autres y réagissent avec curiosité et gratification. L’enjeu dépasse le simple cadre de l’attitude morale : l’anxiété sexuelle inhibe l’accès à la santé sexuelle, perturbe le traitement cognitif des stimuli érotiques, et constitue l’un des mécanismes étiologiques centraux des dysfonctions sexuelles masculines et féminines (telles que le trouble de l’érection, l’éjaculation prématurée, la dyspareunie, le vaginisme et le trouble de l’intérêt et de l’excitation sexuelle).
Sur le plan des applications cliniques et de la recherche :
- Évaluation diagnostique et formulation de cas : La SAS permet au clinicien de cartographier finement les déclencheurs anxiogènes spécifiques d’un patient. Une personne peut tolérer des activités sexuelles solitaires sans la moindre anxiété tout en présentant un blocage sévère lors de la verbalisation de ses désirs ou lors de l’exposition à des informations éducatives.
- Planification thérapeutique : Dans les approches cognitivo-comportementales et les thérapies sexologiques (comme le protocole de Masters et Johnson), les scores détaillés de la SAS guident l’élaboration de hiérarchies d’exposition in vivo ou graduée, ciblant précisément les situations les plus inconfortables.
- Mesure de l’efficacité thérapeutique : Utilisée en pré-traitement et post-traitement, l’échelle objective la désensibilisation affective et la réduction de l’évitement comportemental.
- Recherche fondamentale et épidémiologique : La SAS permet de documenter les corrélats psychosociaux de l’érotophilie, tels que l’adoption de comportements sexuels protégés, l’utilisation de méthodes contraceptives, la réceptivité aux campagnes de santé publique sur les infections transmissibles sexuellement (ITSS) et la tolérance envers les minorités sexuelles.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la Sexual Anxiety Scale est le continuum affectif érotophobie – érotophilie appliqué aux situations concrètes de la vie quotidienne. Selon la psychologie de la sexualité, ce concept ne renvoie pas à une simple approbation idéologique ou morale de la sexualité, mais à un patron d’apprentissage affectif conditionné déterminant la valence (plaisir versus déplaisir) et l’intensité de la réaction émotionnelle face à des indices sexuels.
L’analyse psychométrique et factorielle menée par Fallis, Gordon et Purdon a isolé trois dimensions fondamentales qui structurent le construit :
Facteur 1 : Expression sexuelle solitaire et impersonnelle (Solitary and Impersonal Sexual Expression)
Ce premier facteur, composé de 23 items, représente le cœur de l’anxiété liée à la sexualité non relationnelle, médiatique ou désincarnée. Il évalue le niveau de malaise généré par la masturbation individuelle, l’utilisation d’accessoires érotiques en solitaire, le visionnement de photographies ou de films érotiques/pornographiques explicites (avec pénétration et gros plans génitaux), la navigation sur des sites Internet pour adultes, ainsi que les rapports sexuels anonymes ou sans lendemain (one-night stands). Les items explorent également l’angoisse sociale associée à la transgression du secret (par exemple, la crainte qu’un tiers découvre la consommation de matériel pornographique) ou le fait d’entendre des inconnus avoir des relations sexuelles. Un score élevé sur cette dimension reflète une forte inhibition, une culpabilité morale intériorisée et une réactivité aversive face aux manifestations brutes de l’érotisme.
Facteur 2 : Exposition à l’information (Exposure to Information)
Cette dimension regroupe 14 items et quantifie le degré d’inconfort suscité par le contact cognitif et discursif avec des faits biologiques, médicaux ou éducatifs liés à la sexualité. Elle englobe des situations telles que recevoir des renseignements sur les infections transmissibles sexuellement (ITSS), s’informer sur les contraceptifs nécessitant une manipulation génitale intime (diaphragme, éponge, mousse spermicide), discuter de menstruations, de grossesse ou de fertilité, répondre à des questionnaires sur sa propre sexualité, ou encore être confronté aux pathologies des organes reproducteurs (cancer du col, du testicule, de la prostate). De surcroît, ce facteur capture l’anxiété générée par la visibilité de la nudité non sexuelle ou de corps vulnérables (changer de vêtements dans un vestiaire public collectif, voir des personnes âgées ou handicapées avoir des désirs sexuels, observer un défilé de la Fierté gaie). Les sujets présentant une érotophobie élevée sur ce facteur évitent activement les canaux d’apprentissage et de prévention sanitaire.
Facteur 3 : Communication sexuelle (Sexual Communication)
Composée de 16 items, cette dimension constitue l’apport le plus novateur de la SAS par rapport aux outils plus anciens. Elle sonde l’anxiété affective vécue au sein d’une relation intime consensuelle lorsqu’il s’agit d’échanger verbalement ou gestuellement autour du plaisir et du consentement. Elle examine l’aisance à exprimer vocalement son plaisir pendant l’acte, à formuler ses préférences ou ses réticences à son partenaire, à guider les caresses, à explorer les zones érogènes respectives, à partager ses fantasmes intimes, ou à accepter de modifier des positions pour atteindre l’orgasme. L’anxiété sur cette sous-échelle est hautement prédictive de détresse conjugale, d’anorgasmie et de dysfonctions sexuelles relationnelles, car elle traduit une peur paralysante du jugement de l’autre et une vulnérabilité affective intolérable.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique de la SAS repose principalement sur le modèle d’érotophobie-érotophilie formalisé par Donn Byrne et ses collaborateurs (Fisher et al., 1988). Selon ce cadre théorique issu de la psychologie de la personnalité et de la théorie de l’apprentissage social, les individus développent très tôt, à travers la socialisation familiale, les doctrines religieuses, les messages culturels et les expériences vécues, une disposition affective bipolaire stable face aux indices sexuels. L’érotophobie représente le pôle négatif, caractérisé par l’évitement, la culpabilité et la détresse émotionnelle, tandis que l’érotophilie représente le pôle positif, marqué par la recherche de sensations, l’affect positif et l’acceptation ouverte des stimuli sexuels.
Ce modèle postule que les réactions émotionnelles automatiques conditionnent directement les réponses cognitives et comportementales ultérieures :
- Traitement de l’information : Les érotophobes développent un biais attentionnel aversif ; ils retiennent moins d’informations d’ordre sexuel ou anatomique, présentent des déficits de connaissances relatives à la procréation et éprouvent des difficultés à conceptualiser rationnellement les risques liés aux comportements intimes.
- Comportements de prévention : Paradoxalement, l’anxiété sexuelle accrue entrave la planification contraceptive. Pour se procurer ou utiliser un préservatif, un individu doit reconnaître sa participation imminente à un acte érotique ; or, l’évitement cognitif chez l’érotophobe empêche cette anticipation pragmatique, augmentant l’exposition aux grossesses imprévues et aux ITSS.
- Dynamique relationnelle et échange social : En s’appuyant sur le modèle d’échange interpersonnel de la satisfaction sexuelle (Lawrance & Byers, 1995), la SAS montre que la capacité d’un partenaire à négocier des gratifications sexuelles mutuelles et à clarifier les coûts émotionnels dépend directement de son niveau de confort affectif (faible érotophobie communicationnelle).
- Cognitivisme et pensées intrusives : Sous l’influence des travaux de Christine Purdon sur les obsessions et les ruminations, la SAS intègre également le cadre cognitivo-comportemental de l’interprétation des pensées. Chez certains individus, la simple irruption d’une pensée érotique spontanée (sans lien avec le partenaire actuel) déclenche une interprétation catastrophique et un sentiment d’inconfort immédiat, assimilé à une faute morale ou à une perte de contrôle.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la SAS a été rigoureusement documentée par les auteurs à travers des études comparatives menées sur un échantillon étudiant (n = 376) et un échantillon communautaire d’adultes (n = 188), complétant un échantillon initial d’analyse de 701 participants (N total combiné pour les analyses factorielles = 889).
Validité de construit et convergente
La validité convergente de la SAS a été établie en examinant ses corrélations avec le standard de référence historique, le Sexual Opinion Survey (SOS ; Fisher et al., 1988). Dans l’échantillon communautaire, les scores à la SAS présentaient une forte corrélation positive avec le SOS (un score élevé à la SAS et un score faible au SOS traduisant l’érotophobie). De plus, des scores plus faibles à la SAS (indiquant une plus grande érotophilie et un moindre inconfort) étaient significativement associés à :
- Une plus grande satisfaction sexuelle globale, mesurée par la Global Measure of Sexual Satisfaction (GMSS ; Lawrance & Byers, 1995) ;
- Un meilleur fonctionnement sexuel général, évalué par le Sexual Functioning Questionnaire (SFQ ; Lawrance & Byers, 1992) dans la cohorte communautaire et par le Golombok-Rust Inventory of Sexual Satisfaction (GRISS ; Rust & Golombok, 1998) dans la cohorte étudiante ;
- Une baisse des attitudes négatives envers les personnes homosexuelles, évaluée par la Heterosexual Attitudes Toward Homosexuality Scale (Larsen, 1998) dans l’échantillon communautaire (dans l’échantillon étudiant, un effet plancher a limité la variance sur cette variable) ;
- Des attitudes plus positives face à l’éducation sexuelle des enfants des deux sexes ;
- Un niveau significativement supérieur de connaissances objectives sur la sexualité (anatomie, reproduction, contraception, ITSS) et une fréquence accrue de recours effectif à la contraception et aux protections contre les infections transmissibles.
Des analyses de régression multiple ont révélé que la SAS, et plus particulièrement son facteur Sexual Communication, prédisait le fonctionnement sexuel avec une précision statistique supérieure à celle du SOS historique, démontrant la plus-value incrémentielle de la mesure.
Validité discriminante
Pour démontrer que la SAS n’est pas un simple artefact mesurant la détresse psychologique générale ou une tendance générale à l’anxiété névrotique, les auteurs ont administré la Depression Anxiety Stress Scale (DASS ; Lovibond & Lovibond, 1995) ainsi que l’International Personality Item Pool (IPIP ; Goldberg, 1999). Les résultats indiquent que les scores totaux de la SAS ne sont que très faiblement corrélés à l’anxiété générale de la DASS et ne corrèlent pas avec le névrosisme ou les autres traits fondamentaux du Big Five. L’anxiété sexuelle mesurée par la SAS constitue donc une entité clinique et attitudinale indépendante de la vulnérabilité émotionnelle non spécifique.
Différences de groupes
La validité criterion/groupe a révélé des constats conformes à la littérature sexologique :
- Dans les deux échantillons, les hommes ont rapporté des scores SAS significativement plus faibles (plus érotophiles) que les femmes : t(370) = -5,16, p < .01 (étudiants) et t(185) = -3,19, p < .01 (communauté).
- Les participants sans pratique religieuse active présentaient des scores de gêne sexuelle significativement inférieurs à ceux pratiquant activement une religion : t(164) = 2,23, p < .05.
- En revanche, les scores à la SAS ne présentaient aucune différence significative en fonction de l’orientation sexuelle des répondants.
8. Fidélité / Reliability
L’Échelle d’anxiété sexuelle démontre des indices de consistance interne et de stabilité métrologique remarquables au sein de populations diversifiées :
- Consistance interne (Alpha de Cronbach) : Le coefficient alpha global pour l’ensemble de l’échelle de 56 items atteint .96 dans la population étudiante (n = 376) et .95 dans l’échantillon communautaire (n = 188). Ces valeurs témoignent d’une homogénéité exemplaire sans redondance sémantique excessive.
- Homogénéité des sous-échelles : Les trois facteurs conservent une consistance interne robuste de manière indépendante, avec des coefficients alpha s’échelonnant de .87 à .95 selon les sous-échelles et les groupes étudiés.
- Fidélité test-retest (Stabilité temporelle) : Évaluée auprès d’un sous-groupe d’étudiants (n = 42) réévalués à plusieurs semaines d’intervalle, la stabilité temporelle globale s’avère excellente avec un coefficient de corrélation de Pearson de r = .87 (p < .01), confirmant que l’érotophobie mesurée par l’instrument constitue bien un trait affectif stable et non un simple état d’humeur transitoire.
Les données normatives de dispersion (moyennes et écarts-types) obtenues lors des études de validation sont résumées ci-dessous :
- Échantillon Étudiant Global : Score Total SAS = 2563,3 (É-T = 842,4) ; Hommes = 2339,4 (É-T = 765,9) ; Femmes = 2775,3 (É-T = 858,4).
- Facteur 1 (Solitaire/Impersonnel) : Global = 1119,4 (É-T = 457,8) ; Hommes = 909,6 (336,4) ; Femmes = 1318,2 (447,6).
- Facteur 2 (Information) : Global = 776,9 (É-T = 201,1) ; Hommes = 793,3 (204,2) ; Femmes = 761,4 (197,5).
- Facteur 3 (Communication) : Global = 497,9 (É-T = 309,5) ; Hommes = 476,2 (274,5) ; Femmes = 518,4 (338,9).
- Échantillon Communautaire Global : Score Total SAS = 1946,5 (É-T = 674,0) ; Hommes = 1736,2 (É-T = 565,9) ; Femmes = 2058,3 (É-T = 704,6).
- Facteur 1 (Solitaire/Impersonnel) : Global = 815,6 (É-T = 406,9) ; Hommes = 596,1 (291,4) ; Femmes = 937,2 (412,6).
- Facteur 2 (Information) : Global = 679,1 (É-T = 170,8) ; Hommes = 731,7 (152,3) ; Femmes = 676,4 (177,1).
- Facteur 3 (Communication) : Global = 295,1 (É-T = 193,3) ; Hommes = 278,5 (161,2) ; Femmes = 301,8 (208,1).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement initial de l’instrument a débuté par la formulation d’un grand nombre d’items couvrant l’ensemble du spectre de l’érotisme par les membres de l’équipe de recherche de Christine Purdon à l’Université de Waterloo, revus et affinés par deux experts indépendants en sexologie clinique. Cette démarche a abouti à la version expérimentale à 56 items.
Une analyse factorielle exploratoire (AFE) a été réalisée sur l’ensemble combiné des réponses des participants étudiants et communautaires (N = 889). Les critères de factorisabilité de la matrice de données étaient largement satisfaits. L’extraction factorielle a mis en évidence une solution à trois facteurs distincts rendant compte de 49,5 % de la variance totale des scores :
- Facteur 1 (Expression sexuelle solitaire et impersonnelle) : Explique à lui seul la majorité de la variance, soit 35,8 %. Il intègre 23 items avec de fortes saturations (> .45) portant sur le visionnement de scènes pornographiques, la masturbation, l’usage de sextoys en solitaire et les interactions sexuelles fortuites.
- Facteur 2 (Exposition à l’information) : Explique 8,1 % de la variance totale. Il comprend 14 items saturant principalement sur les situations de réception ou d’émission de données sanitaires, anatomiques ou médicales entourant la sexualité.
- Facteur 3 (Communication sexuelle) : Explique 5,6 % de la variance. Il rassemble 16 items axés sur la négociation, le partage verbal des fantasmes, l’exploration intime conjointe et la démonstration dyadique du désir.
Au cours des protocoles initiaux, les chercheurs avaient également demandé aux sujets d’évaluer dans quelle mesure ils approchaient ou évitaient concrètement chacun des stimuli afin de vérifier l’écart entre attitudes affectives et comportements. Cependant, les analyses de corrélation ont mis en lumière une redondance statistique quasi-parfaite entre l’inconfort rapporté et l’évitement comportemental (corrélations r > .92 dans tous les sous-groupes). En vertu du principe de parcimonie psychométrique, cette seconde modalité de réponse a été écartée, la cotation unique du malaise suffisant à appréhender la dimension comportementale associée.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelle d’anxiété sexuelle (Sexual Anxiety Scale, SAS)
- Auteurs : Erin E. Fallis, Christina Gordon et Christine Purdon (Université de Waterloo)
- Format d’administration : Questionnaire d’auto-évaluation individuel papier-crayon ou informatisé
- Durée moyenne de passation : Entre 5 et 15 minutes
- Nombre total d’items : 56 items
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 11 points (allant de 0 à 100 par pas de 10) :
- 0 = Extrêmement agréable (Extremely Pleasurable)
- 10, 20, 30, 40 = Paliers de plaisir décroissant / faible inconfort
- 50 = Neutre (Neutral)
- 60, 70, 80, 90 = Paliers d’inconfort croissant
- 100 = Extrêmement inconfortable (Extremely Discomforting)
- Modalités de cotation :
- Score total SAS : Somme directe des valeurs attribuées à l’ensemble des 56 items (étendue théorique de 0 à 5600). Un score plus élevé indique une érotophobie / anxiété sexuelle plus marquée, tandis qu’un score faible dénote une forte érotophilie.
- Sous-échelle 1 (Expression sexuelle solitaire et impersonnelle) : Somme des 23 items indexés par la lettre « a » (items 2, 3, 5, 6, 7, 9, 11, 12, 13, 21, 24, 30, 31, 32, 33, 35, 36, 37, 42, 45, 47, 49, 53).
- Sous-échelle 2 (Exposition à l’information) : Somme des 14 items indexés par la lettre « b » (items 14, 18, 27, 28, 29, 38, 40, 41, 44, 51, 52, 54, 55, 56).
- Sous-échelle 3 (Communication sexuelle) : Somme des 16 items indexés par la lettre « c » (items 1, 8, 10, 16, 17, 19, 20, 22, 23, 25, 26, 34, 39, 46, 48, 50).
- Note : Les items 4, 15 et 43 figurent dans l’inventaire général de 56 items mais ne saturent pas de manière exclusive dans la structure factorielle orthogonale finale à trois facteurs.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement et présentation initiale : 2005 (présentée sous forme de communication scientifique au congrès de l’Association for the Advancement of Behavior and Cognitive Therapies à Washington, DC, puis publiée dans le répertoire spécialisé des instruments de mesure de la sexualité).
- Droits d’auteur et permissions : L’échelle est la propriété intellectuelle de ses concepteurs (Erin E. Fallis, Christina Gordon et Christine Purdon, Université de Waterloo).
- Conditions d’utilisation : La SAS est mise à disposition à des fins de recherche scientifique académique et d’évaluation clinique non commerciale sans frais d’acquisition de licence logicielle. Les praticiens et chercheurs sont invités à citer formellement les publications des auteurs lorsqu’ils exploitent l’instrument ou ses données dérivées.
- Contact institutionnel : Les demandes de réutilisation ou d’adaptation dans d’autres langues peuvent être adressées au Département de psychologie de l’Université de Waterloo (Ontario, Canada).
12. Références / References
- Fisher, W. A., Byrne, D., White, L. A., & Kelley, K. (1988). Erotophobia-erotophilia as a dimension of personality. The Journal of Sex Research, 25(1), 123–151. https://doi.org/10.1080/00224498809551448
- Goldberg, L. R. (1999). A broad-bandwidth, public domain, personality inventory measuring the lower-level facets of several five-factor models. In I. Mervielde, I. Deary, F. De Fruyt, & F. Ostendorf (Eds.), Personality psychology in Europe (Vol. 7, pp. 7–28). Tilburg University Press.
- Larsen, K. S. (1998). Heterosexual attitudes toward homosexuality scale. In C. M. Davis, W. L. Yarber, R. Bauserman, G. Schreer, & S. L. Davis (Eds.), Handbook of sexuality-related measures (pp. 394–395). Sage Publications.
- Lawrance, K., & Byers, E. S. (1992). Sexual satisfaction: A social exchange perspective. Paper presented at the Annual Meeting of the Canadian Psychological Association, Quebec, Canada.
- Lawrance, K., & Byers, E. S. (1995). Sexual satisfaction in long-term heterosexual relationships: The Interpersonal Exchange Model of Sexual Satisfaction. Personal Relationships, 2(4), 267–285. https://doi.org/10.1111/j.1475-6811.1995.tb00092.x
- Lovibond, P. F., & Lovibond, S. H. (1995). The structure of negative emotional states: Comparison of the Depression Anxiety Stress Scales (DASS) with the Beck Depression and Anxiety Inventories. Behaviour Research and Therapy, 33(3), 335–343. https://doi.org/10.1016/0005-7967(94)00075-U
- Purdon, C., & Gordon, C. (2005, November). Development of the Sexual Anxiety Scale. Poster presented at the Association for the Advancement of Behavior and Cognitive Therapies (AABCT) Annual Meeting, Washington, DC.
- Rust, J., & Golombok, S. (1998). The GRISS: A psychometric scale and profile of sexual dysfunction. In C. M. Davis, W. L. Yarber, R. Bauserman, G. Schreer, & S. L. Davis (Eds.), Handbook of sexuality-related measures (pp. 192–194). Sage Publications.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: For each item presented below, you are asked to rate how much discomfort you would experience using the following scale: How much discomfort would you feel in each situation? (Place this rating under column “D”)
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Extremely Pleasurable Neutral Extremely Discomforting
Subscale Key:
a = Solitary and Impersonal Sexual Expression (Factor 1)
b = Exposure to Information (Factor 2)
c = Sexual Communication (Factor 3)
- Wearing clothes that show off my sexually attractive features c
- Seeing two people kissing or fondling each other a
- Watching a movie scene from a major box office movie in which people were naked a
- Talking with my friends about my sex life
- Masturbating a
- Looking at hardcore or pornographic photos in a magazine (explicit scenes of the genitals and penetration) a
- Using sex toys, such as a vibrator, during sex with my partner a
- Exploring the erogenous, or sexually exciting, parts of my partner’s body c
- Hearing about someone engaging in a consensual sexual act that I personally would never want to engage in a
- Discussing my sexual fantasies with my partner c
- Having arousing sexual thoughts that are unrelated to my current sexual partner a
- Hearing about a woman who enjoyed sex and was sexually adventurous a
- Watching a “hardcore” or “pornographic” film a
- Being exposed to information about sexually transmitted infections b
- Kissing or fondling my partner in a public place
- Vocalizing my pleasure during sex with my partner c
- Watching a movie scene from a major box office movie in which people were kissing or fondling each other c
- Hearing about someone who has a biological sexual abnormality, such as undescended testicles, or a fertility problem b
- Reading books with sexually explicit passages c
- Agreeing to try sexual activities or positions that I find unusual but my partner suggests c
- Using sex toys, such as a vibrator, when I am alone a
- Engaging in foreplay with my partner c
- Finding myself becoming sexually aroused in response to something I never would have expected myself to be aroused by c
- Visiting Internet sites that feature erotic or softcore photos or video clips a
- Having arousing sexual thoughts that are related to my current sexual partner c
- Talking with my partner about his/her sexual fantasies c
- Talking with my friends about general matters of a sexual nature, such as menstruation, pregnancy, childbirth b
- Changing my clothes in a public change room that does not have privacy cubicles b
- Being exposed to information about contraceptive devices that require intimate genital contact (e.g., diaphragm, sponge, foam) b
- Overhearing other people (not parents) having sex a
- Watching a scene from a major box office movie in which people were engaging in sex a
- Exploring erogenous, or sexually exciting, parts of my body when I am alone a
- Someone knowing that I look at/watch erotic photos/films a
- Suggesting new sexual activities or positions to my partner c
- Visiting Internet sites that features hardcore or pornographic photos or video clips a
- Engaging in a casual sexual encounter (e.g., a one-night stand) a
- Being invited by an acquaintance/friend/partner to engage in an unusual sexual act a
- Hearing about sexual issues or matters from the newspaper or TV b
- Fantasizing about arousing sexual acts during sex with my partner in order to enhance my sexual excitement c
- Disclosing to my friends that I have a sexual problem b
- Answering questions about sexual matters such as conception b
- Someone overhearing me and my partner having sex a
- Being around others who are changing their clothes
- Being exposed to information about diseases of the sex organs, such as cervical cancer, testicular cancer, prostate cancer, breast cancer b
- Watching an “erotic” or “softporn” film (no explicit scenes of the genitals or penetration) a
- Allowing my partner to explore my erogenous, or sexually exciting, parts of my body c
- Someone knowing that I look at/watch pornographic photos/films a
- Changing activities or positions during sex with a partner to help ensure that I have an orgasm c
- Looking at erotic or softcore photos in a magazine a
- Telling my partner what pleases me and does not please me sexually c
- Hearing about people I don’t consider to be sexual engaging in sex, such as the elderly, my parents, disabled people b
- Having a conversation with my friends about their sex lives b
- Fantasizing about arousing sexual thoughts during masturbation in order to enhance my sexual excitement a
- Watching coverage of the Gay Pride Day parade b
- Being exposed to information about contraceptives and contraceptive use b
- Completing questionnaires about my sexuality b