1. Résumé
L’Échelle d’anxiété liée au physique social (en anglais, Social Physique Anxiety Scale ou SPAS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation développé initialement par Elizabeth A. Hart, Mark R. Leary et W. Jack Rejeski en 1989. Cet outil standardisé a été conçu dans le but d’opérationnaliser et de quantifier l’anxiété spécifique ressentie par un individu lorsqu’il perçoit ou anticipe que son apparence corporelle, sa silhouette, son tonus musculaire ou ses proportions physiques font l’objet d’une observation et d’une évaluation critique par autrui. S’inscrivant au croisement de la psychologie sociale, de la psychologie de la santé et des sciences du sport et de l’exercice, l’échelle évalue une facette particulière de l’anxiété sociale axée sur la présentation corporelle.
Le questionnaire original comporte 12 items formulés sous forme d’affirmations déclaratives. Les sujets y répondent au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points, s’échelonnant de 1 (« Pas du tout caractéristique de moi » / Not at all characteristic of me) à 5 (« Extrêmement caractéristique de moi » / Extremely characteristic of me). L’instrument intègre à la fois des items formulés de manière directe (reflétant une gêne ou une détresse corporelle) et des items inversés (décrivant une aisance ou une neutralité affective face à l’exposition physique). Bien que conçue initialement comme un modèle unifactoriel global reflétant l’anxiété liée au physique social, de nombreuses analyses factorielles ultérieures ont mis en lumière une partition bidimensionnelle, distinguant le confort face à l’exposition corporelle (items inversés) et l’anxiété d’évaluation négative du physique (items directs), ce qui a conduit au développement de variantes abrégées à 9 ou 7 items (telles que la SPAS-7 ou la SPAS-9).
Sur le plan psychométrique, la SPAS présente une cohérence interne élevée (avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,80 et 0,92 selon les populations étudiées) et une excellente stabilité temporelle test-retest (r > 0,80 à plusieurs semaines d’intervalle). Sa validité convergente et de construit est solidement établie par des corrélations positives robustes avec la peur de l’évaluation négative, l’insatisfaction corporelle, les troubles des conduites alimentaires et le perfectionnisme socialement prescrit, ainsi que des corrélations négatives avec l’estime de soi corporelle et l’auto-efficacité perçue envers l’exercice physique. La validité de critère a été corroborée en laboratoire, les individus présentant des scores élevés démontrant une réactivité émotionnelle et un stress psychophysiologique significativement accrus lors de situations concrètes d’exposition corporelle publique.
2. Mots-clés
Anxiété liée au physique social, SPAS, image corporelle, auto-présentation, évaluation sociale négative, psychométrie, psychologie du sport, insatisfaction corporelle, estime de soi physique, échelle d’anxiété.
3. Auteurs
L’échelle d’anxiété liée au physique social a été créée et validée par une équipe de chercheurs de renom en psychologie et en sciences du sport :
- Mark R. Leary, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie et de neurosciences à l’Université Duke (Durham, Caroline du Nord, États-Unis). Théoricien de renommée internationale dans le domaine de la gestion des impressions (impression management), de l’anxiété sociale et de l’auto-présentation. Il a conceptualisé le rôle central de l’évaluation sociale dans la détresse psychologique humaine.
- Elizabeth A. Hart, M.S. : Chercheuse au Département de santé et des sciences de l’exercice à l’Université Wake Forest (Winston-Salem, Caroline du Nord, États-Unis) au moment de l’élaboration de la mesure.
- W. Jack Rejeski, Ph.D. : Professeur titulaire de recherche au Département de santé et des sciences de l’exercice et au Département de médecine interne de l’Université Wake Forest. Expert reconnu des dimensions biopsychosociales du vieillissement, de l’adhésion à l’activité physique et de la santé comportementale.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la Social Physique Anxiety Scale est de fournir une évaluation psychométrique standardisée, valide et fidèle de l’anxiété d’évaluation corporelle en situation interpersonnelle. Dans les sociétés contemporaines, les individus font face à des pressions socioculturelles omniprésentes diffusant des standards esthétiques normatifs rigides, valorisant la minceur, la musculature définie et des proportions corporelles idéalisées. Lorsqu’un individu perçoit un écart entre son apparence physique réelle et ces idéaux intériorisés, il tend à appréhender que ses partenaires d’interaction ne posent un jugement défavorable sur sa silhouette. L’anxiété liée au physique social (SPA) est précisément la résultante émotionnelle de cette anticipation d’un jugement négatif ciblant les attributs corporels (masse graisseuse, tonus musculaire, silhouette générale).
Applications en recherche fondamentale et appliquée
Dans le domaine de la recherche, la SPAS constitue l’étalon-or pour explorer l’interaction complexe entre la perception corporelle, les motivations comportementales et l’engagement physique. Elle permet d’étudier :
- L’adhésion et le renoncement à l’activité physique : La recherche a démontré que l’anxiété liée au physique social exerce un double effet paradoxal sur les conduites d’exercice. Chez certains individus, elle agit comme un puissant moteur extrinsèque poussant à la pratique sportive pour modifier l’apparence physique. Chez d’autres, particulièrement en milieu collectif (salles de conditionnement physique, piscines, cours collectifs), elle suscite des stratégies d’évitement comportemental aiguës, conduisant à la sédentarité par peur du regard d’autrui.
- La vulnérabilité aux troubles du comportement alimentaire : La SPAS est largement exploitée dans les modèles étiologiques de l’anorexie mentale, de la boulimie et de l’orthorexie, en tant que médiateur ou modérateur entre l’intériorisation des idéaux médiatiques et les comportements compensatoires pathologiques.
- La psychologie différentielle et le genre : L’outil documente les disparités développementales et de genre, identifiant les périodes critiques de transition (adolescence, post-partum, vieillissement) où la sensibilité au regard social sur le corps s’amplifie.
Applications cliniques et contextes d’intervention
Sur le plan clinique et de la santé publique, la SPAS permet aux psychologues, psychiatres et kinésiologues :
- De dépister l’inconfort social invalidant lié à l’apparence physique chez des patients consultant pour des motifs d’anxiété sociale, de dysmorphophobie ou de détresse corporelle.
- D’adapter les programmes d’activité physique adaptée (APA) en concevant des environnements d’entraînement sécurisants, à faible saillance évaluative (suppression des miroirs dans les salles d’entraînement, tenue vestimentaire libre, éclairage tamisé, vestiaires individuels).
- D’évaluer l’efficacité thérapeutique des interventions psychothérapeutiques cognitives et comportementales (TCC), des programmes d’acceptation corporelle (ACT) et des protocoles de pleine conscience axés sur la réduction de l’hypervigilance somato-sociale.
5. Construit psychologique
L’anxiété liée au physique social se définit comme un état émotionnel aversif ou une disposition affective caractérisée par de l’appréhension, de la nervosité et de la tension éprouvées lorsqu’un sujet se trouve dans des situations où son apparence corporelle peut être observée ou évaluée de manière défavorable par autrui (Hart et al., 1989). Ce construit délimite spécifiquement la dimension corporelle de l’anxiété sociale globale.
Spécificité du construit et composantes
Contrairement à l’insatisfaction corporelle générale — qui représente une évaluation cognitive et affective subjective de son propre corps (« Je n’aime pas mon ventre ») — l’anxiété liée au physique social implique intrinsèquement une perspective triadique : le soi corporel, la présence réelle ou imaginée d’un évaluateur social, et la prédiction d’un jugement dévalorisant (« Si les autres voient mes cuisses ou mon absence de muscles, ils vont me juger négativement et me rejeter »). Le concept englobe les dimensions corporelles clés suivantes :
- La masse et la répartition adipeuse : L’angoisse d’être perçu comme en surpoids, flasque ou non conforme aux canons de minceur ou de définition athlétique.
- Le développement musculaire et le tonus : La crainte de paraître physiquement faible, chétif ou dépourvu de fermeté musculaire, une dimension particulièrement prégnante chez la population masculine (en lien avec le complexe d’Adonis ou la dysmorphie musculaire).
- Les proportions corporelles globales : L’évaluation perçue de l’harmonie morphologique d’ensemble dans l’espace social.
Manifestations cognitives, affectives et comportementales
Le construit opérationnalisé par la SPAS se traduit à travers plusieurs niveaux fonctionnels :
- Cognitif : Pensées automatiques dépréciatives, biais attentionnels dirigés vers les signaux de rejet social, anticipation anxieuse des contextes exigeant une exposition du corps (plage, essayage de vêtements, consultations médicales, vestiaires sportifs), et focalisation sur les défauts physiques perçus.
- Affectif : Émotions de honte, de gêne, de malaise intérieur, d’embarras et de panique sociale anticipatoire.
- Comportemental : Mise en place de stratégies de dissimulation (port de vêtements amples, sombres ou superposés), évitement strict de situations sociales impliquant le dévêtement ou le port de maillots de bain, évitement du contact visuel, et surcompensation par l’exercice physique compulsif ou les régimes drastiques.
Structure unifactorielle vs bidimensionnelle
Si Hart, Leary et Rejeski (1989) ont initialement conçu la SPAS comme une mesure unidimensionnelle de l’anxiété liée au physique social, les développements théoriques et empiriques ultérieurs (notamment Eklund et al., 1996 ; Martin et al., 1997) ont proposé une structure à deux facteurs intercorrélés :
- L’anxiété d’évaluation du physique (Physique Anxiety / Negative Evaluation Concerns) : Représentée par les items formulés dans le sens direct (items 3, 4, 6, 7, 9, 10, 12). Elle capture la détresse active, la gêne et les craintes explicites d’évaluation défavorable par autrui.
- Le confort lié à la présentation du physique (Physique Comfort) : Représentée par les items formulés de manière inversée (items 1, 2, 5, 8, 11). Elle reflète le sentiment d’aisance corporelle, l’absence d’appréhension et la détente subjective lors de l’exposition physique. Plusieurs chercheurs recommandent l’utilisation de versions abrégées unifactorielles (supprimant les items inversés) afin d’éviter les artéfacts méthodologiques liés à la valence linguistique des formulations.
6. Cadre théorique
L’élaboration de la SPAS est ancrée dans la théorie de l’auto-présentation (self-presentation theory) ou de la gestion des impressions, développée initialement en sociologie par Erving Goffman (1959) et formalisée en psychologie sociale par Mark R. Leary et Robin M. Kowalski (1990).
Le modèle de l’auto-présentation de Leary et Kowalski
Selon cette perspective, les êtres humains possèdent une motivation fondamentale à contrôler et modeler les impressions que les autres forment à leur sujet, afin d’optimiser leurs récompenses sociales (approbation, inclusion, statut, opportunités relationnelles) et d’éviter les punitions sociales (exclusion, réprobation, stigmatisation). L’anxiété sociale émerge précisément lorsque deux conditions psychologiques coexistent :
- L’individu est fortement motivé à faire une impression particulière et valorisante auprès d’un public réel ou imaginé ;
- L’individu doute de sa capacité à projeter avec succès cette impression souhaitée (faible auto-efficacité d’auto-présentation).
Dans le cadre précis de l’anxiété liée au physique social, le vecteur d’impression est le corps lui-même. Le corps constitue le premier stimulus socialement accessible lors d’une interaction. L’individu désire projeter une image corporelle attrayante, saine et socialement valorisée. Cependant, s’il perçoit son enveloppe physique comme défaillante, non conforme ou vulnérable à la critique, il anticipe une rupture dans la gestion de son image, ce qui déclenche un état de panique évaluative.
La théorie de l’objectification corporelle
Bien que développée postérieurement à la publication princeps de la SPAS, la théorie de l’objectification de Fredrickson et Roberts (1997) fournit un éclairage conceptuel majeur pour comprendre les processus sous-jacents mesurés par l’échelle, particulièrement chez les femmes et les minorités de genre. Cette théorie postule que les cultures occidentales traitent le corps féminin comme un objet destiné à être regardé et évalué sur la base de son apparence.
L’intériorisation de ce regard externe pousse l’individu à adopter une perspective d’observateur sur son propre corps (l’auto-objectification). Ce monitoring corporel incessant engendre des affects négatifs récurrents, au premier rang desquels figurent la honte corporelle et l’anxiété d’évaluation sociale. La SPAS capture de manière opérationnelle cette résonance affective de l’auto-objectification en situation de visibilité publique.
Modèles sociocognitifs de l’image du corps
L’échelle s’inscrit également dans le modèle tripartite d’influence socioculturelle de Thompson et al. (1999). Les pressions émanant des pairs, des parents et des médias favorisent l’intériorisation des idéaux corporels et accentuent les comportements de comparaison sociale descendante ou ascendante (théorie de Festinger). Lorsque la comparaison sociale ascendante est défavorable, l’anxiété sociale physique s’active, créant une hypervigilance somato-attentionnelle chronique.
7. Validité
Les propriétés de validité de la SPAS ont fait l’objet de dizaines d’enquêtes psychométriques approfondies à travers divers contextes culturels, tranches d’âge et populations cliniques ou sportives.
Validité convergente
La validité convergente de la SPAS est étayée par des corrélations statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec de multiples construits psychologiques :
- Peur de l’évaluation négative : Dans l’étude princeps de Hart et al. (1989), la SPAS présentait une corrélation positive substantielle avec la Brief Fear of Negative Evaluation Scale (BFNE) (r = 0,40 à 0,65, p < 0,001), confirmant que l’anxiété corporelle est étroitement liée à l’anxiété d’évaluation sociale globale, sans s’y réduire totalement.
- Anxiété sociale générale et interactionnelle : Des associations modérées à élevées sont systématiquement rapportées avec l’Interaction Anxiousness Scale (IAS) (r = 0,33 à 0,48).
- Insatisfaction et détresse corporelle : La SPAS corrèle très fortement avec les sous-échelles d’insatisfaction corporelle du Multidimensional Body-Self Relations Questionnaire (MBSRQ) et du Body Dissatisfaction de l’EDI (r = 0,55 à 0,72).
- Perfectionnisme social : Des liens significatifs sont observés avec le perfectionnisme socialement prescrit (r = 0,35 à 0,45), reflétant la conviction que l’entourage exige une perfection physique absolue.
Validité discriminante
La SPAS a démontré sa capacité à se distinguer des dimensions générales d’affectivité négative :
- Les corrélations avec le névrosisme généralisé (Big Five) et l’anxiété-trait non sociale (STAI-T) se situent généralement dans une fourchette modérée (r = 0,25 à 0,38). Une fois contrôlée l’anxiété d’évaluation générale, la SPAS conserve une part substantielle de variance unique prédisant les comportements corporels.
- L’instrument discrimine avec succès l’anxiété physique de la compétence physique perçue : un individu peut se percevoir comme très performant sur le plan athlétique tout en éprouvant une anxiété aiguë relative à l’apparence esthétique de son corps.
Validité prédictive et de critère (données expérimentales)
La validité écologique et de critère a été établie dans l’étude inaugurale de Hart, Leary et Rejeski (1989) ainsi que dans des travaux ultérieurs en laboratoire :
- Corrélation avec les données anthropométriques réelles : Les scores à la SPAS corrèlent significativement avec l’indice de masse corporelle (IMC) (r = 0,25 à 0,40 chez les femmes) et le pourcentage de masse grasse mesuré par impédancemétrie ou plis cutanés. Les femmes ayant un taux de masse grasse plus élevé obtiennent des scores de SPAS substantiellement supérieurs.
- Réactivité émotionnelle en situation d’exposition : Hart et al. (1989) ont confronté des participantes à une évaluation physique réelle (mesures anthropométriques menées par un examinateur de sexe opposé). Les sujets ayant obtenu un score élevé à la SPAS ont rapporté une anxiété-état (STAI-S) considérablement plus intense durant l’épreuve que les sujets ayant un score faible (t = 4,21, p < 0,001).
- Comportement vestimentaire et d’évitement : Crawford et Eklund (1994) ont montré que les scores de SPAS prédisent le choix de vêtements de sport amples et l’évitement délibéré des miroirs ou des premières lignes dans les cours d’aérobie.
8. Fidélité
Les qualités métrologiques de fidélité de la SPAS ont été évaluées de manière extensive à travers de multiples échantillons cliniques, universitaires et athlétiques.
Cohérence interne
Dans l’échantillon initial de validation mené par Hart, Leary et Rejeski (1989), regroupant des étudiantes et des femmes adultes :
- Le coefficient alpha de Cronbach global de l’échelle à 12 items atteignait α = 0,90, témoignant d’une excellente homogénéité des items.
- Dans les études subséquentes de réplication (Eklund, 1993 ; Martin et al., 1997 ; Motl & Conroy, 2000), les coefficients alpha pour la version intégrale à 12 items s’échelonnent régulièrement entre 0,82 et 0,92 chez les femmes, et entre 0,80 et 0,89 chez les hommes.
- Pour les versions réduites à 7 ou 9 items composées exclusivement d’items directs, la cohérence interne demeure tout aussi robuste (généralement α ≥ 0,86).
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest de l’instrument a confirmé que la SPAS capture une disposition de type trait relativement stable dans le temps en l’absence d’intervention thérapeutique :
- Hart et al. (1989) ont rapporté un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,82 sur un intervalle de 8 semaines au sein d’une cohorte d’étudiantes universitaires.
- Des études longitudinales menées sur des périodes allant de 2 à 12 semaines retrouvent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) ou des corrélations de Pearson oscillant entre 0,78 et 0,88, confirmant une stabilité temporelle adéquate pour une utilisation en recherche pré/post-test.
9. Analyse factorielle
La structure factorielle de la SPAS a suscité l’un des débats méthodologiques les plus stimulants de la littérature psychométrique en psychologie du sport et de l’exercice au cours des décennies 1990 et 2000.
L’analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale
Dans l’étude originale de Hart et al. (1989), une analyse en composantes principales (ACP) avec rotation oblique menée sur un échantillon de 184 sujets a révélé un facteur prédominant unique expliquant 46,9 % de la variance totale. Les saturations factorielles de l’ensemble des 12 items oscillaient entre 0,44 et 0,79. Sur cette base empirique, les auteurs originaux ont conclu à l’unidimensionnalité du construit.
Controverse et analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Dès le début des années 1990, plusieurs chercheurs (notamment Eklund, 1993 ; Eklund et al., 1996 ; Petrie et al., 2002) ont soumis la matrice des 12 items à des analyses factorielles confirmatoires (AFC). Ces études ont systématiquement révélé que le modèle unifactoriel à 12 items présentait des indices d’adéquation statistiques insatisfaisants :
- Chi-deux significatif avec ratio χ²/df > 3,5 ;
- Indices d’ajustement comparatif : CFI (Comparative Fit Index) souvent < 0,88 ; TLI < 0,85 ;
- Indice d’erreur d’approximation : RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) oscillant entre 0,085 et 0,110.
L’analyse détaillée des résidus a mis en évidence que les 5 items formulés de manière inversée (items 1, 2, 5, 8 et 11) saturaient systématiquement sur un facteur secondaire distinct. Deux interprétations théorico-méthodologiques se sont alors opposées :
- L’hypothèse substantielle bidimensionnelle : La SPAS mesure deux dimensions psychologiques distinctes : la détresse d’évaluation physique (items directs) et le confort physique (items inversés).
- L’hypothèse de l’artéfact de méthode (effet de formulation) : L’émergence du second facteur ne traduit pas une dimension théorique distincte, mais constitue un biais purement méthodologique induit par l’inversion linguistique des items (phénomène très fréquent dans les échelles d’attitude).
Modèles abrégés et versions optimisées (SPAS-9 et SPAS-7)
Afin de résoudre cette ambiguïté structurelle :
- Martin, Rejeski, Leary et al. (1997) ont testé et recommandé une version unifactorielle à 9 items (excluant les items 1, 2 et 5 en raison de faibles saturations ou de complexité factorielle), améliorant notablement les indices d’ajustement (CFI > 0,93, RMSEA < 0,06).
- Motl et Conroy (2000) ont procédé à une évaluation rigoureuse de l’invariance de mesure et ont démontré que la version à 7 items directs (supprimant l’intégralité des 5 items inversés : items 1, 2, 5, 8 et 11) représentait la modélisation la plus parcimonieuse, stable et psychométriquement robuste du construit d’anxiété liée au physique social (CFI > 0,96, RMSEA < 0,05).
En pratique contemporaine, l’administration de l’échelle originale à 12 items demeure courante pour permettre des comparaisons historiques, mais les analystes procèdent fréquemment à l’extraction du score unifactoriel basé sur les versions SPAS-7 ou SPAS-9 lors des modélisations par équations structurelles.
10. Instrument de mesure
- Type de passation : Auto-questionnaire standardisé sur support papier-crayon ou format informatisé.
- Population cible : Adolescents (à partir de 12-13 ans) et adultes de tous âges. Applicable en population générale, chez des sportifs récréatifs ou de compétition, et au sein de populations cliniques.
- Nombre total d’items : 12 items dans la version princeps originale.
- Format des réponses : Échelle de type Likert en 5 points :
- 1 = Not at all characteristic of me (Pas du tout caractéristique de moi)
- 2 = Slightly characteristic of me (Légèrement caractéristique de moi)
- 3 = Moderately characteristic of me (Modérément caractéristique de moi)
- 4 = Very characteristic of me (Très caractéristique de moi)
- 5 = Extremely characteristic of me (Extrêmement caractéristique de moi)
- Règles de cotation et calcul des scores :
- Items inversés : Les 5 items suivants doivent impérativement être inversés avant le calcul du score total : Item 1, Item 2, Item 5, Item 8 et Item 11.
Formule d’inversion : Valeur recodée = 6 – Réponse brute (ex. 1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, 5 devient 1). - Items directs : Les 7 items suivants conservent leur cotation brute directe : Item 3, Item 4, Item 6, Item 7, Item 9, Item 10 et Item 12.
- Score total de la SPAS-12 : Somme de l’ensemble des 12 items (après recodage des items inversés). Le score total théorique est compris entre 12 et 60.
- Score de la version abrégée SPAS-7 : Somme directe des items 3, 4, 6, 7, 9, 10 et 12 (score théorique s’étalant de 7 à 35).
- Interprétation générale : Un score total élevé reflète un niveau sévère d’anxiété liée au physique social, caractérisé par une hypervigilance vis-à-vis du regard d’autrui et une détresse marquée face à l’exposition de son corps.
- Items inversés : Les 5 items suivants doivent impérativement être inversés avant le calcul du score total : Item 1, Item 2, Item 5, Item 8 et Item 11.
- Durée moyenne de passation : Environ 3 à 5 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication princeps : 1989.
- Statut des droits d’auteur : L’article original a été publié dans le Journal of Sport and Exercise Psychology (Human Kinetics Publishers). Les auteurs originaux (Hart, Leary & Rejeski) ont placé l’échelle à la disposition de la communauté académique.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit pour la recherche académique, l’enseignement et les contextes cliniques non commerciaux. Aucune redevance n’est exigée pour l’administration du questionnaire à des fins scientifiques.
- Procédure d’obtention : L’instrument peut être extrait librement de la publication originale (Hart et al., 1989) ou reproduit dans le respect des règles d’intégrité académique en citant rigoureusement la source princeps. Toute intégration au sein d’une plateforme commerciale payante nécessite l’accord explicite préalable des ayants droit ou de l’éditeur de la revue.
12. Références
- Crawford, S., & Eklund, R. C. (1994). Social physique anxiety, reasons for exercising, and exercise behavior. Journal of Sport and Exercise Psychology, 16(4), 376-389. https://doi.org/10.1123/jsep.16.4.376
- Eklund, R. C. (1993). Social physique anxiety: Factorial validity and gender invariance. Journal of Sport and Exercise Psychology, 15(4), 438-449. https://doi.org/10.1123/jsep.15.4.438
- Eklund, R. C., Kelley, B., & Wilson, P. (1996). The Social Physique Anxiety Scale: Men, women, and the effects of negative item wording. Journal of Sport and Exercise Psychology, 18(3), 249-265. https://doi.org/10.1123/jsep.18.3.249
- Fredrickson, B. L., & Roberts, T. A. (1997). Objectification theory: Toward understanding women’s lived experiences and mental health risks. Psychology of Women Quarterly, 21(2), 173-206. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1997.tb00108.x
- Goffman, E. (1959). The Presentation of Self in Everyday Life. Anchor Books.
- Hart, E. A., Leary, M. R., & Rejeski, W. J. (1989). The measurement of social physique anxiety. Journal of Sport and Exercise Psychology, 11(1), 94-104. https://doi.org/10.1123/jsep.11.1.94
- Leary, M. R., & Kowalski, R. M. (1990). Impression management: A literature review and two-component model. Psychological Bulletin, 107(1), 34-47. https://doi.org/10.1037/0033-2909.107.1.34
- Maïano, C., Morin, A. J., Eklund, R. C., & Ninot, G. (2010). The Social Physique Anxiety Scale: A test of measurement invariance across adolescent boys and girls. Psychology of Sport and Exercise, 11(4), 312-320. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2010.02.010
- Martin, K. A., Rejeski, W. J., Leary, M. R., McAuley, E., & Bane, S. (1997). Validation of the 9-item Social Physique Anxiety Scale. Journal of Sport and Exercise Psychology, 19(2), 159-172. https://doi.org/10.1123/jsep.19.2.159
- Motl, R. W., & Conroy, D. E. (2000). Validity and factor structure of the Social Physique Anxiety Scale in college men. Journal of Sport and Exercise Psychology, 22(3), 231-250. https://doi.org/10.1123/jsep.22.3.231
- Petrie, T. A., Diehl, N. S., Rogers, R., & Johnson, C. (2002). The Social Physique Anxiety Scale: A confirmatory factor analysis with college athletes. Journal of Sport and Exercise Psychology, 24(4), 418-426. https://doi.org/10.1123/jsep.24.4.418
- Thompson, J. K., Heinberg, L. J., Altabe, M., & Tantleff-Dunn, S. (1999). Exacting beauty: Theory, assessment, and treatment of body image disturbance. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10312-000
13. Questions et items du questionnaire
Instructions: Read each item carefully and indicate how characteristic it is of you according to the following scale.
1 = Not at all characteristic of me
2 = Slightly characteristic of me
3 = Moderately characteristic of me
4 = Very characteristic of me
5 = Extremely characteristic of me
- I am comfortable with the appearance of my physique or figure.
- I would never worry about wearing clothes that might make me look too thin or overweight.
- I wish I wasn’t so up-tight about my physique or figure.
- There are times when I am bothered by thoughts that other people are evaluating my weight or muscular development negatively.
- When I look in the mirror I feel good about my physique or figure.
- Unattractive features of my physique or figure make me nervous in certain social settings.
- In the presence of others, I feel apprehensive about my physique or figure.
- I am comfortable with how fit my body appears to others.
- It would make me uncomfortable to know others were evaluating my physique or figure.
- When it comes to displaying my physique or figure to others, I am a shy person.
- I usually feel relaxed when it’s obvious that others are looking at my physique or figure.
- When in a bathing suit, I often feel nervous about how well proportioned my body is.