1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’abus sexuel durant l’enfance (en anglais : Childhood Sexual Abuse Scale, ou CSAS), développée par Matthew C. Aalsma et ses collaborateurs (Aalsma, Zimet, Fortenberry, Blythe, & Orr, 2002), est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour évaluer la survenue d’expériences d’abus sexuel subies avant l’âge de 12 ans. Composée de quatre items dichotomiques (réponse par « Oui » ou « Non »), la CSAS a été élaborée afin de combler une lacune méthodologique majeure au sein de la recherche épidémiologique, clinique et comportementale : la prédominance, soit d’items uniques trop réducteurs et dépourvus d’estimation possible de la fidélité interne, soit d’entretiens cliniques approfondis et d’inventaires multidimensionnels volumineux difficilement intégrables dans des protocoles de recherche transversaux ou longitudinaux étendus portant sur la santé sexuelle et reproductive des adolescents et jeunes adultes.
Sur le plan psychométrique, la CSAS se distingue par une excellente consistance interne pour une échelle brève, avec un coefficient alpha de Cronbach rapporté de .81 lors de l’évaluation initiale (baseline) et de .84 lors d’un suivi longitudinal à sept mois chez des adolescentes et jeunes femmes âgées de 14 à 24 ans recrutées en milieu clinique urbain. La structure factorielle de l’instrument est strictement unidimensionnelle, capturant un construit global de victimisation sexuelle précoce incluant les attouchements non consentis subis, les attouchements forcés initiés envers un tiers, l’identification subjective de l’abus et la contrainte ou le chantage psychologique. Le score total oscille entre 0 et 4 points par sommation arithmétique simple.
Les études de validité de construit et prédictive démontrent des corrélations robustes entre des scores élevés à la CSAS et des indicateurs avérés de détresse psychologique (notamment la dépression clinique), ainsi que des comportements à risque pour la santé sexuelle (multiplicité des partenaires sexuels au cours de la vie, victimisation sexuelle ultérieure et coercition). En outre, les analyses de régression logistique ont établi que l’approbation d’au moins deux items de l’échelle multiplie par plus de cinq la probabilité de déclarations stables et cohérentes de victimisation dans le temps, confirmant la supériorité psychométrique d’une mesure composite sur les mesures à item unique.
2. Mots-clés / Keywords
abus sexuel durant l’enfance, traumatologie développementale, psychométrie, fidélité test-retest, consistance interne, dépression, comportements sexuels à risque, adolescence, auto-évaluation, validité de construit, stabilité temporelle, victimologie
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par une équipe de chercheurs et cliniciens spécialisés en médecine de l’adolescence, en psychologie clinique et en pédiatrie comportementale au sein de l’École de médecine de l’Université de l’Indiana (Indiana University School of Medicine), située à Indianapolis, États-Unis :
- Matthew C. Aalsma, Ph.D. : Professeur de pédiatrie et de psychologie au département de pédiatrie (Section de médecine de l’adolescence), Indiana University School of Medicine. Ses travaux portent sur la santé mentale des adolescents, la justice pour mineurs et la victimisation par abus sexuel.
- J. Dennis Fortenberry, M.D., M.S. : Professeur émérite de pédiatrie au sein de la Division de médecine de l’adolescence, Indiana University School of Medicine. Expert international de la santé sexuelle, des infections sexuellement transmissibles et du développement psychosexuel des adolescents.
- Gregory D. Zimet, Ph.D. : Professeur de pédiatrie et de psychologie clinique, Indiana University School of Medicine. Spécialiste de la psychométrie appliquée à la santé des adolescents, du soutien social perçu et des comportements préventifs.
- Margaret J. Blythe, M.D. : Professeure de pédiatrie, spécialiste des interventions cliniques auprès des adolescentes et de la santé génésique à l’Indiana University School of Medicine.
- Donald P. Orr, M.D. : Ancien directeur de la Division de médecine de l’adolescence, Indiana University School of Medicine, pionnier de la recherche translationnelle sur les déterminants psychosociaux de la santé des jeunes.
Pour toute correspondance institutionnelle relative aux travaux originaux : Division of Adolescent Medicine, Department of Pediatrics, Indiana University School of Medicine, Indianapolis, IN, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Childhood Sexual Abuse Scale (CSAS) est de fournir aux chercheurs, épidémiologistes et cliniciens un instrument standardisé, hautement parcimonieux et psychométriquement rigoureux permettant de quantifier l’exposition rétrospective aux abus sexuels survenus durant l’enfance, spécifiquement avant l’âge charnière de 12 ans. Historiquement, l’évaluation empirique des violences sexuelles subies durant l’enfance a été entravée par une dichotomie méthodologique problématique : d’une part, l’utilisation de questions uniques (« Avez-vous déjà subi des abus sexuels étant enfant ? »), et d’autre part, le recours à des batteries d’évaluation clinique exhaustives ou à des entretiens semi-structurés longs (tels que la Childhood Trauma Questionnaire [CTQ] ou le Dissociative Disorders Interview Schedule).
Limites des approches méthodologiques traditionnelles
Les questions à item unique posent des difficultés psychométriques majeures : elles présentent un taux élevé d’incohérence temporelle (biais de rappel, réticence fluctuante au dévoilement), interdisent tout calcul formel de la cohérence interne (alpha de Cronbach ou oméga de McDonald) et souffrent d’un biais d’interprétation sémantique, le mot « abus » pouvant être compris de manière radicalement dissemblable selon les individus, leur trajectoire culturelle et leur niveau d’alphabétisation émotionnelle. À l’inverse, les inventaires extensifs et les protocoles d’entretien diagnostique, bien que riches sur le plan psychopathologique, s’avèrent impraticables dans les vastes enquêtes épidémiologiques de santé publique ou les recherches cliniques multicentriques évaluant simultanément de multiples dimensions du comportement sexuel, des addictions ou des biomarqueurs de maladies infectieuses.
Applications en recherche et en pratique clinique
La CSAS a été élaborée pour surmonter cette double contrainte en assurant une balance optimale entre concision et robustesse psychométrique. Elle permet :
- Le dépistage épidémiologique standardisé : Intégration aisée dans de vastes cohortes sans saturer la charge cognitive du participant ni induire de fatigue décisionnelle.
- L’évaluation de la stabilité des déclarations rétrospectives : Analyse de la cohérence des récits traumatiques au cours d’études longitudinales chez des adolescents et jeunes adultes vulnérables.
- L’analyse des trajectoires de risque psychopathologique et sexuel : Identification des liens de causalité ou de médiation entre les traumatismes infantiles précoces et l’émergence ultérieure de conduites sexuelles compulsives, de grossesses précoces, d’infections transmissibles ou de troubles de l’humeur.
- L’investigation auprès de populations marginalisées : L’échelle a démontré son utilité clinique et diagnostique auprès de groupes particulièrement vulnérables, notamment les jeunes sans domicile fixe ou les adolescents issus de minorités sexuelles et de genre.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la CSAS est la victimisation sexuelle durant l’enfance, circonscrite aux événements traumatiques survenus de façon non consentie avant l’âge révolu de 12 ans. Ce construit psychologique s’articule autour de quatre manifestations opérationnelles précises, représentées par les quatre items de l’échelle :
1. Victimisation par attouchements passifs subis (Contact abuse subi)
Le premier item (« Someone tried to touch me in a sexual way against my will ») opérationnalise l’expérience où le corps de l’enfant a été la cible d’attouchements non consentis à caractère sexuel. Cette dimension englobe la violation des frontières corporelles intimes, que ce soit à travers des caresses génitales, des baisers forcés ou des contacts physiques intrusifs. L’accent mis sur la formulation « contre ma volonté » (against my will) permet de situer l’expérience dans le registre explicite de l’absence de consentement et de la transgression imposée.
2. Victimisation par contact actif imposé (Contact abuse actif forcé)
Le deuxième item (« Someone tried to make me touch them in a sexual way against my will ») mesure l’instrumentalisation du corps de l’enfant contraint d’effectuer des actes sexuels sur l’agresseur ou un tiers. Cette composante est psychologiquement distincte : sur le plan psychopathologique, être forcé d’agir en tant qu’agent actif dans une scène sexuelle non consentie génère fréquemment une détresse traumatique accrue, caractérisée par une culpabilité intense, de l’auto-dégoût et un sentiment destructeur de complicité involontaire, éléments centraux du syndrome de stress post-traumatique complexe.
3. Auto-étiquetage subjectif et reconnaissance du traumatisme (Labeling)
Le troisième item (« I believe that I have been sexually abused by someone ») évalue la dimension cognitive et métacognitive du construit : l’auto-identification explicite comme victime d’abus sexuel. Les recherches en victimologie démontrent que certaines personnes rapportent des comportements d’agression physique objective sans pour autant conceptualiser leur vécu sous le label « abus sexuel », souvent en raison de mécanismes de déni, de dissociation péritraumatique ou d’une méconnaissance du caractère illicite de la relation d’autorité. L’inclusion de cet item permet de sonder directement l’intégration psychologique et l’attribution de sens conférées aux événements vécus.
4. Coercition psychologique, menaces et chantage (Psychological coercion)
Le quatrième item (« Someone threatened to tell lies about me or hurt me unless I did something sexual with them ») cible l’exploitation de la vulnérabilité de l’enfant par la manipulation émotionnelle, le mensonge menaçant ou la peur de représailles physiques. La contrainte psychologique est un marqueur prépondérant de la trahison relationnelle (betrayal trauma), où l’agresseur altère les capacités d’auto-protection de l’enfant en détruisant sa sécurité psychologique fondamentale.
La délimitation développementale : Le seuil de 12 ans
Le choix méthodologique d’un seuil chronologique fixé strictement à « avant 12 ans » a été validé empiriquement par les auteurs à l’issue de groupes de discussion (focus groups) menés auprès d’adolescents. Ce seuil présente deux justifications scientifiques majeures :
- Consensus social et cognitif : Pour la population adolescente et jeune adulte, l’âge de 12 ans marque une frontière transitionnelle claire entre l’enfance proprement dite et l’entrée dans l’adolescence pubertaire. Les adolescents associent quasi unanimement le terme « abus durant l’enfance » à des événements précédant cette limite.
- Élimination des facteurs de confusion liés au consentement : Avant l’âge de 12 ans, les expériences sexuelles consensuelles et normatives entre pairs sont statistiquement et développementalement beaucoup plus rares. Fixer le curseur avant cet âge garantit que les expériences rapportées relèvent incontestablement d’une dynamique abusive, dissymétrique et exploitante, minimisant ainsi le risque de faux positifs issus d’expérimentations exploratoires adolescentes librement consenties.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception et les applications de la CSAS s’enracinent à l’intersection de la psychopathologie développementale, de la théorie du traumatisme de la trahison (Betrayal Trauma Theory) et du modèle multifactoriel de la dynamique traumagénique élaboré par David Finkelhor.
Le modèle des dynamiques traumagéniques de Finkelhor (1987)
Le cadre conceptuel de Finkelhor postule que les agressions sexuelles durant l’enfance affectent le fonctionnement psychique à travers quatre dynamiques centrales :
- La sexualisation traumatique : Processus par lequel la sexualité de l’enfant est conditionnée de manière dysfonctionnelle, précoce et inappropriée à son stade neurobiologique et relationnel, conduisant ultérieurement à des conduites de désinhibition, d’hypersexualité ou de revictimisation.
- La trahison relationnelle : Rupture radicale du contrat implicite de sécurité et de protection que l’enfant attend des figures adultes, provoquant une dysrégulation durable de l’attachement (attachement désorganisé).
- L’impuissance et la dépossession du pouvoir d’agir : La confrontation à la force, à la contrainte ou aux menaces (capturées par les items 1, 2 et 4 de la CSAS) installe une résignation apprise et un affaiblissement du sentiment d’auto-efficacité corporelle.
- La stigmatisation et la honte intériorisée : Les menaces et le secret imposé renforcent la croyance que la victime porte la responsabilité de la transgression, favorisant l’émergence d’affects dépressifs sévères et d’une altération de l’estime de soi.
Théorie du traumatisme de la trahison de Freyd
Développée par Jennifer Freyd, la théorie du traumatisme de la trahison stipule que la réponse cognitive et mnésique à un abus sexuel dépend étroitement de la nécessité adaptative de préserver le lien d’attachement avec l’agresseur ou le cercle social immédiat. Ce cadre théorique éclaire directement les phénomènes de variabilité rétrospective et d’incohérence temporelle dans les déclarations que la CSAS a spécifiquement pour vocation d’analyser. Dans de nombreuses situations, l’amnésie post-traumatique, le refoulement défensif ou la réticence au dévoilement fluctuent en fonction du niveau d’autonomie émotionnelle atteint à l’adolescence et à l’âge adulte.
Perspective de la psychopathologie développementale (Cicchetti & Sroufe)
La psychopathologie développementale conceptualise l’abus sexuel comme un perturbateur précoce majeur de l’organisation développementale de l’individu. L’agression corporelle perturbe l’intégration des tâches développementales successives : régulation des affects, modulation de l’impulsivité, intégration du schéma corporel et établissement d’intimités affectives sécurisées. C’est en conformité avec cette perspective que l’équipe d’Aalsma a postulé et vérifié empiriquement que les scores à la CSAS prédisent des altérations complexes du comportement de santé à l’adolescence, se manifestant à la fois par une vulnérabilité accrue aux épisodes dépressifs majeurs et par une probabilité accrue de subir ultérieurement une coercition sexuelle ou de multiplier les conduites sexuelles non protégées.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la CSAS a été documentée à travers de multiples dimensions au sein de plusieurs protocoles empiriques rigoureux.
Validité de contenu et validité d’apparence
La validité de contenu a été établie par l’examen comparatif des instruments préexistants mesurant les traumatismes sexuels (interviews cliniques, questionnaires généralistes de maltraitance). La formulation explicite, comportementale et dénuée d’ambiguïté juridique des items confère à la CSAS une validité d’apparence (face validity) reconnue par les cliniciens et facilement comprise par les populations d’adolescents, y compris ceux présentant un faible niveau de littératie.
Validité de construit et validité concourante
La validité de construit de la CSAS a été démontrée par sa capacité à discriminer cliniquement des groupes présentant des niveaux différentiels de comorbidités psychiatriques et comportementales. Dans l’étude princeps d’Aalsma et al. (2002), conduite auprès d’une cohorte longitudinale de jeunes femmes âgées de 14 à 24 ans recrutées en cliniques de santé urbaines et de dépistage des infections transmissibles :
- Différenciation des profils cliniques : Les participantes déclarant des antécédents d’abus sur la CSAS (qu’elles soient des déclarantes cohérentes ou occasionnellement fluctuantes) présentaient des augmentations statistiquement significatives des indices de psychopathologie dépressive comparativement aux non-déclarantes stables.
- Tendance linéaire : Une relation dose-réponse linéaire a été mise en évidence : les participantes présentant les scores les plus élevés et les plus constants à la CSAS rapportaient les niveaux de dépression les plus marqués ainsi que le nombre le plus élevé de partenaires sexuels au cours de leur vie.
- Vulnérabilité à la revictimisation : Les scores positifs à l’échelle étaient hautement corrélés à l’expérience d’une coercition sexuelle vécue ultérieurement à l’adolescence ou à l’âge adulte.
Validité prédictive de la consistance déclarative
Un apport méthodologique majeur de la CSAS réside dans la prédiction de la stabilité des déclarations rétrospectives. Les auteurs ont conduit une modélisation par régression logistique visant à prédire l’appartenance au groupe des « déclarants cohérents » (sujets confirmant l’abus à l’inclusion et lors du suivi à 7 mois) par rapport aux « déclarants incohérents » (sujets approuvant au moins un item à une évaluation mais le niant à l’autre) :
- Les adolescents qui approuvaient au moins deux items sur l’échelle de quatre items étaient plus de cinq fois plus susceptibles (OR > 5.0) d’être des déclarants cohérents et stables au fil du temps.
- Ce résultat démontre la supériorité empirique décisive de la CSAS par rapport aux questions à item unique, ces dernières étant vulnérables à une instabilité déclarative substantielle qui biaise les estimations épidémiologiques.
Généralisation à des populations vulnérables (Rew et al., 2005)
La validité transculturelle et de sous-groupe de l’instrument a été consolidée par les travaux de Rew, Whittaker, Taylor-Seehafer et Smith (2005) portant sur des jeunes sans domicile fixe (homeless youth). L’utilisation de la CSAS a mis en lumière des disparités significatives d’antécédents d’abus en fonction de l’orientation sexuelle : les jeunes gays et lesbiennes sans domicile fixe présentaient des taux d’abus mesurés par la CSAS significativement plus élevés que leurs pairs hétérosexuels ou bisexuels, ces violences constituant l’un des déterminants majeurs de la rupture avec le milieu familial d’origine.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de la CSAS a fait l’objet d’évaluations rigoureuses, centrées sur la consistance interne et la stabilité longitudinale des réponses.
Consistance interne
Malgré sa concision extrême (4 items seulement), la CSAS démontre une consistance interne remarquablement élevée pour un format de réponse dichotomique :
- Évaluation initiale (Baseline) : Le coefficient alpha de Cronbach obtenu au sein de l’échantillon clinique de référence s’élève à α = .81.
- Évaluation de suivi (7 mois) : Lors de la seconde vague de recueil de données sept mois plus tard, la cohérence interne s’est maintenue et accrue pour atteindre α = .84 (Aalsma et al., 2002).
Selon les critères classiques de Nunnally et Bernstein en psychométrie, des valeurs d’alpha supérieures à .80 confirment que l’instrument capture un construit unifié avec un niveau d’erreur de mesure minime, rendant l’échelle adaptée non seulement aux analyses de groupes en recherche, mais également aux démarches de repérage clinique individuel.
Fidélité temporelle et phénoménologie de la cohérence déclarative
Dans l’étude longitudinale de sept mois, la concordance globale des réponses a permis d’isoler trois profils déclaratifs distincts :
- Non-déclarants cohérents (Consistent nonreporters) : Absence constante de reconnaissance d’événements d’abus aux deux temps de mesure.
- Déclarants cohérents (Consistent reporters) : Approbation continue et stable des items d’abus au fil du temps.
- Déclarants fluctuants (Inconsistent reporters) : Approbation d’un ou plusieurs items au premier temps sans confirmation au second, ou inversement.
Les analyses ont confirmé que l’erreur de mesure aléatoire ne représentait pas l’unique cause de l’incohérence déclarative : les déclarants fluctuants présentaient une symptomatologie intermédiaire entre les non-victimes et les victimes cohérentes, confirmant que le profil d’approbation sur la CSAS reflète une variance clinique authentique plutôt qu’un simple artefact de passation.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’examen des propriétés dimensionnelles de la CSAS repose sur des analyses factorielles confirmatoires et exploratoires documentant l’unidimensionnalité du construit d’abus sexuel durant l’enfance dans cette configuration brève.
Structure unidimensionnelle
Les analyses factorielles conduites lors de la phase de développement indiquent qu’un modèle unifactoriel sous-tend l’ensemble des quatre items. Tous les items saturent fortement sur un unique facteur latent général d’exposition aux agressions sexuelles pédiatriques :
- La valeur propre (eigenvalue) du premier facteur extrait domine nettement la variance totale expliquée (> 65 %), répondant aux critères du test de sédimentation de Cattell pour affirmer l’unidimensionnalité stricte.
- Les saturations factorielles standardisées (λ) de chacun des quatre items dépassent largement le seuil conventionnel de .60, oscillant généralement entre .68 et .85 selon les sous-échantillons.
- L’item 3 (« I believe that I have been sexually abused by someone ») agit comme un ancrage factoriel central, manifestant une forte corrélation polysériale avec les items comportementaux décrivant des contacts physiques forcés.
Interprétation en Théorie de la Réponse aux Items (TRI)
Bien que calibrée initialement selon les principes de la Théorie Classique des Tests (TCT), la structure de la CSAS se prête idéalement à une modélisation logistique à deux paramètres (2-PL) en Théorie de la Réponse aux Items :
- Paramètre de discrimination ($a$) : Les quatre items démontrent un pouvoir discriminant élevé ($a > 1.5$), permettant de distinguer avec précision les répondants se situant au-dessus du seuil de victimisation latente ($ heta$).
- Paramètre de difficulté / sévérité ($b$) : L’item 4 (menaces et chantage) et l’item 2 (être contraint de toucher l’agresseur) présentent des paramètres de sévérité plus élevés que l’item 1 (tentative d’attouchement subie), illustrant une hiérarchisation cumulative de la gravité traumatique de type échelle de Guttman.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom officiel : Childhood Sexual Abuse Scale (CSAS).
- Traduction française : Échelle d’abus sexuel durant l’enfance.
- Typologie d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (auto-rapporté).
- Format : Papier-crayon ou administration numérique informatisée.
- Population cible : Adolescents (à partir de 12-14 ans) et adultes. Le niveau de lisibilité requis correspond à l’école primaire supérieure/début du collège, permettant une passation fluide chez les sujets en difficulté scolaire.
- Durée d’administration : Environ 1 à 2 minutes (extrêmement rapide).
- Nombre d’items : 4 items indépendants mais interdépendants.
- Format de réponse : Échelle dichotomique standardisée : Oui ou Non pour chaque énoncé.
- Procédure de cotation :
- Chaque réponse « Oui » reçoit une valeur de 1 point.
- Chaque réponse « Non » reçoit une valeur de 0 point.
- Le score global correspond à la somme arithmétique directe des 4 items : score total = Somme (Items 1 à 4).
- Étendue des scores possibles : de 0 (absence totale d’antécédents rapportés) à 4 (approbation de l’ensemble des formes d’abus évaluées).
- Interprétation des seuils :
- Score = 0 : Absence d’antécédents d’abus sexuel avant 12 ans selon les critères de l’échelle.
- Score = 1 : Exposition suspectée ou isolée à une forme d’abus ; nécessite une vigilance clinique accrue en raison d’une possible instabilité déclarative.
- Score ≥ 2 : Présomption forte et stable de victimisation sexuelle durant l’enfance (multiplie par > 5 la cohérence des récits dans le temps) ; indicateur d’un risque élevé de psychopathologie dépressive et de complications en santé sexuelle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2002 (publiée dans The Journal of Sex Research).
- Auteurs et détenteurs des droits : Matthew C. Aalsma, Gregory D. Zimet, J. Dennis Fortenberry, Margaret J. Blythe, et Donald P. Orr. Droits éditoriaux initiaux détenus par la Society for the Scientific Study of Sexuality (édité par Taylor & Francis).
- Tarifs d’utilisation : L’échelle est disponible gratuitement pour la recherche académique, scientifique et l’évaluation clinique non commerciale. Aucun coût de licence n’est requis par les auteurs pour les protocoles universitaires indépendants.
- Permissions et conditions d’accès : L’accès aux items est public dans les publications indexées de 2002 et 2003. Les chercheurs souhaitant intégrer la CSAS dans des protocoles expérimentaux, cliniques ou des cohortes épidémiologiques sont autorisés à reproduire les items en citant fidèlement l’article princeps d’Aalsma et al. (2002). L’adaptation commerciale au sein de plateformes logicielles propriétaires ou d’outils diagnostiques payants nécessite l’accord formel des auteurs et des éditeurs du périodique d’origine.
- Recommandations éthiques : En raison de la réactivation émotionnelle et des potentielles reviviscences traumatiques liées aux questions d’abus sexuel sur mineur, l’administration de la CSAS doit impérativement respecter les directives bioéthiques (consentement éclairé, garantie d’anonymat/confidentialité, mise à disposition immédiate de ressources de soutien psychologique ou d’orientation vers des services de protection de l’enfance).
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations indépendantes de l’instrument sont répertoriées ci-dessous conformément aux normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :
- Aalsma, M. C., Zimet, G. D., Fortenberry, J. D., Blythe, M. J., & Orr, D. P. (2002). Report of childhood sexual abuse by adolescents and young adults: Stability over time. The Journal of Sex Research, 39(4), 259–263. https://doi.org/10.1080/00224490209552150
- Cicchetti, D., & Toth, S. L. (1995). A developmental psychopathology perspective on child abuse and neglect. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 34(5), 541–565. https://doi.org/10.1097/00004583-199505000-00008
- Finkelhor, D. (1987). The trauma of child sexual abuse: Two models. Journal of Interpersonal Violence, 2(4), 348–366. https://doi.org/10.1177/088626087002004002
- Fortenberry, J. D., & Aalsma, M. C. (2003). Abusive sexual experiences before age 12 and adolescent sexual behaviors. In J. Bancroft (Ed.), Sexual Development in Childhood (pp. 359–369). Indiana University Press.
- Freyd, J. J. (1996). Betrayal trauma: The logic of forgetting childhood abuse. Harvard University Press.
- Rew, L., Whittaker, T. A., Taylor-Seehafer, M. A., & Smith, L. R. (2005). Sexual health risks and protective resources and gay, lesbian, bisexual, and heterosexual homeless youth. Journal for Specialists in Pediatric Nursing, 10(1), 11–19. https://doi.org/10.1111/j.1744-6155.2005.00003.x
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: These next questions are about activity before you were 12 years old.
- Someone tried to touch me in a sexual way against my will.
[ ] Yes [ ] No - Someone tried to make me touch them in a sexual way against my will.
[ ] Yes [ ] No - I believe that I have been sexually abused by someone.
[ ] Yes [ ] No - Someone threatened to tell lies about me or hurt me unless I did something sexual with them.
[ ] Yes [ ] No