Échelle d’Aarhus du trouble du deuil prolongé (A-PGDs)

Découvrez l’Échelle d’Aarhus du trouble du deuil prolongé (A-PGDs), un instrument psychométrique mesurant le trouble du deuil prolongé selon la CIM-11 et le DSM-5-TR, avec propriétés psychométriques, cotation et items complets.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 15, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 15, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’Aarhus du trouble du deuil prolongé (Aarhus Prolonged Grief Disorder Scale, A-PGDs ; O’Connor et al., 2023) est un instrument psychométrique auto-rapporté novateur, conçu pour opérationnaliser et évaluer de manière standardisée le trouble du deuil prolongé (TDP) tel qu’il a été simultanément défini par l’Organisation mondiale de la santé dans la Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) et par l’American Psychiatric Association dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition révisée (DSM-5-TR). L’instrument se compose d’un tronc principal de 20 items d’évaluation symptomatique et contextuelle, enrichi de sous-questions mesurant l’altération fonctionnelle au quotidien (items 17a à 17d) ainsi que les critères de déviance culturelle et de durée temporelle (items 18 à 20). Les items symptomatiques primaires sont mesurés via une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de « Not at all » (Pas du tout) à « Overwhelmingly » (De manière écrasante), tandis que les dimensions de retentissement fonctionnel et de déviance normative intègrent un format binaire dichotomique (Oui/Non).

Le développement de l’A-PGDs s’est appuyé sur une démarche méthodologique rigoureuse combinant une revue systématique des instruments antérieurs d’évaluation du deuil compliqué, une dérivation directe des critères sémiologiques nosographiques officiels et une consultation d’experts par groupes de discussion (focus groups). Les propriétés psychométriques initiales, établies auprès d’un échantillon normatif d’adultes endeuillés au Danemark, démontrent une excellente cohérence interne, avec un coefficient alpha de Cronbach de 0,88 pour le modèle algorithmique de la CIM-11 et de 0,90 pour celui du DSM-5-TR. La modélisation par équations structurelles exploratoires (ESEM) et les analyses factorielles confirmatoires ont mis en évidence une organisation bi-factorielle sous-jacente articulant les symptômes cardinaux de séparation d’avec le défunt et les symptômes associés d’altération cognitive et émotionnelle. La fidélité test-retest s’est avérée particulièrement solide (r ≥ 0,59 à 0,72+), attestant de la stabilité temporelle du construit. L’A-PGDs s’impose ainsi comme une échelle de référence internationale pour le dépistage clinique, le diagnostic différentiel et la recherche empirique sur le deuil pathologique.

2. Mots-clés / Keywords

Trouble du deuil prolongé, A-PGDs, CIM-11, DSM-5-TR, Deuil compliqué, Psychométrie, Analyse factorielle, Modélisation par équations structurelles exploratoires, Fidélité test-retest, Détresse de séparation, Altération fonctionnelle, Évaluation psychiatrique.

3. Auteurs / Authors

L’échelle A-PGDs a été développée et validée par un consortium international de chercheurs spécialistes du psychotraumatisme et de l’endeuillemet :

  • Maja O’Connor — Unité de recherche sur le deuil (Unit for Bereavement Research), Département de psychologie, Université d’Aarhus, Danemark. Courriel institutionnel : [email protected]
  • Maria Louison Vang (ORCID : 0000-0001-7031-4070) — Centre national de psychotraumatologie (National Center for Psychotraumatology), Université du Danemark du Sud (SDU), Odense, Danemark.
  • Mark Shevlin — École de psychologie (School of Psychology), Université d’Ulster, Coleraine, Irlande du Nord, Royaume-Uni.
  • Ask Elklit — Centre national de psychotraumatologie (National Center for Psychotraumatology), Université du Danemark du Sud (SDU), Odense, Danemark.
  • Katrine B. Komischke-Konnerup — Unité de recherche sur le deuil, Département de psychologie, Université d’Aarhus, Danemark.
  • Marie Lundorff (ORCID : 0000-0003-0162-5750) — Unité de recherche sur le deuil, Département de psychologie, Université d’Aarhus, Danemark.
  • Richard A. Bryant — École de psychologie (School of Psychology), Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW Sydney), Sydney, Australie.

4. Objectif / Purpose

L’objectif central de l’Aarhus Prolonged Grief Disorder Scale (A-PGDs) est de fournir une mesure psychométrique unifiée, standardisée et rigoureusement étalonnée permettant d’opérationnaliser le trouble du deuil prolongé en comblant le fossé sémiologique existant entre les deux nomenclatures diagnostiques majeures de la psychiatrie moderne : la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé et le DSM-5-TR de l’American Psychiatric Association. Historiquement, le deuil pathologique a fait l’objet de diverses appellations et conceptualisations (« deuil compliqué », « deuil traumatique », « deuil complexe persistant »), ce qui a engendré une fragmentation méthodologique considérable au sein de la littérature scientifique et clinique. L’introduction formelle du trouble du deuil prolongé dans la CIM-11 (code 6B42) et dans le DSM-5-TR a marqué une avancée historique, mais s’est accompagnée de divergences textuelles et conceptuelles quant au nombre de symptômes requis, à la durée minimale écoulée depuis le décès et à la configuration des clusters symptomatiques.

L’A-PGDs a été spécifiquement conceptualisée pour surmonter cette hétérogénéité diagnostique. Sur le plan clinique, l’échelle permet aux praticiens (psychologues, psychiatres, psycho-oncologues, équipes de soins palliatifs) d’administrer un outil unique capable d’extraire simultanément un score continu de sévérité symptomatique et un statut diagnostique catégoriel selon l’un ou l’autre des systèmes de classification. Cette double applicabilité prévient la nécessité d’utiliser des instruments multiples, rationalisant ainsi le processus d’évaluation diagnostique auprès de populations vulnérables chez qui la charge cognitive et émotionnelle liée aux tests doit être minimisée. L’échelle isole précisément la détresse de séparation (désir persistant et douloureux du défunt, préoccupation mentale envahissante) des symptômes de rupture identitaire, d’évitement cognitivo-comportemental et d’inhibition émotionnelle.

Sur le plan de la recherche, l’A-PGDs répond à une exigence d’harmonisation transculturelle et nosologique. Elle offre aux chercheurs en épidémiologie psychiatrique et en psychologie clinique la capacité de comparer directement les taux de prévalence du trouble du deuil prolongé dérivés des critères de la CIM-11 par rapport à ceux du DSM-5-TR au sein d’une même cohorte empirique. En outre, l’instrument fournit une sensibilité au changement particulièrement fine, permettant de mesurer avec précision l’efficacité différentielle des interventions psychothérapeutiques ciblées (telles que la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le deuil compliqué ou la thérapie d’acceptation et d’engagement) tout au long des trajectoires post-perte.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit théorique évalué par l’A-PGDs est le trouble du deuil prolongé, défini comme une réaction de deuil cliniquement débilitante, envahissante et persistante qui s’écarte de manière significative des normes socioculturelles et religieuses attendues pour le groupe d’appartenance de l’individu. Ce syndrome ne se résume pas à une simple intensification ou prolongation chronologique de la peine normale consécutive au décès, mais représente une organisation psychopathologique distincte caractérisée par une fixation traumatique sur la perte et une incapacité à réorganiser son système de buts et d’attachement. L’architecture factorielle et clinique de l’A-PGDs capture deux grands domaines dimensionnels :

1. Les symptômes cardinaux (Core Symptoms) / Détresse de séparation

Ce cluster constitue le noyau dur pathognomonique du trouble. Il se manifeste par un état de nostalgie douloureuse, une aspiration lancinante et intense (yearning/longing) envers la personne décédée (Item 1), ainsi qu’une préoccupation cognitive persistante et intrusive centrée sur le défunt ou sur les circonstances entourant son décès (Item 2). L’endeuillé consacre une part prépondérante de son activité mentale éveillée à des réminiscences douloureuses, à la rumination ou à la tentative de maintenir un lien de proximité physique ou symbolique illusoire avec le défunt, souvent au détriment de l’attention accordée à son environnement immédiat.

2. Les symptômes associés (Associated Symptoms) / Altérations cognitives, affectives et comportementales

Ce cluster regroupe un ensemble hétérogène de manifestations secondaires mais fonctionnellement dévastatrices résultant de l’impact de la rupture d’attachement sur l’organisation psychique :

  • Perturbation de l’identité personnelle (Item 9) : sentiment qu’une part fondamentale de soi-même est morte avec le défunt, entraînant une désorientation existentielle et une perte du sens de soi.
  • Incrédulité et refus de la réalité (Items 6 et 8) : incapacité subjective persistante à accepter le caractère définitif, irrévocable et permanent du décès, se traduisant par un état de stupeur incrédule ou d’attente magique du retour de l’être cher.
  • Émoussement affectif et anhédonie sélective (Items 10 et 11) : anesthésie émotionnelle perçue, sensation d’être psychiquement « pétrifié » ou déconnecté de ses affects habituels, et incapacité profonde à éprouver de la joie, de l’intérêt ou de la satisfaction dans des activités préalablement gratifiantes.
  • Évitement phobique des rappels de la perte (Item 14) : stratégies délibérées visant à fuir les stimuli internes (souvenirs, pensées, émotions) ou externes (lieux, objets, musiques, interactions sociales) confrontant l’individu à l’absence de l’être disparu.
  • Désespoir existentiel et amertume (Items 15 et 16) : conviction inébranlable que l’existence est devenue dénuée de sens, futile ou vide depuis la perte, fréquemment accompagnée d’un ressentiment amer, de colère dirigée contre le destin ou les tiers (Item 5), et d’auto-accusation ou culpabilité excessive (Items 4 et 7).
  • Retrait social et solitude subjective (Items 12 et 13) : sentiment aigu d’isolement psychologique, même au sein d’un entourage soutenant, et difficulté marquée à investir de nouveaux liens relationnels.

3. Les critères d’impact contextuel et normatif

Au-delà de la symptomatologie subjective, le construit opérationnalisé par l’A-PGDs intègre des dimensions critérielles indispensables au diagnostic psychiatrique : une dégradation objective et significative du fonctionnement global, socioprofessionnel et familial (Items 17 et 17a-d), la vérification d’une discordance par rapport aux normes culturelles du deuil (Item 18 et 19), et le respect d’une temporalité pathologique minimale (Item 20, spécifiant la persistance des difficultés sur une période d’au moins 6 mois post-décès conformément aux seuils de la CIM-11 et du DSM-5-TR).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’assise conceptuelle de l’A-PGDs prend racine dans les grands paradigmes psychologiques contemporains du deuil et de l’attachement, intégrant plus de six décennies de développements théoriques et empiriques :

1. La théorie de l’attachement de John Bowlby

La perspective fondamentale guidant la conceptualisation du trouble du deuil prolongé repose sur la théorie de l’attachement formulée par John Bowlby (1969, 1980) et enrichie par Colin Murray Parkes. Selon ce cadre, la perte d’une figure d’attachement primaire déclenche l’activation réflexe et instinctive du système comportemental d’attachement, dont la fonction adaptative évolutive est de restaurer la proximité avec la base de sécurité par des comportements de recherche active, de protestation et de détresse de séparation. Dans le deuil normal, la reconnaissance progressive et itérative de l’absence physique conduit à une désactivation adaptative du système d’attachement et à une réorganisation des modèles opérants internes (Internal Working Models). En revanche, dans le deuil prolongé, le système d’attachement demeure chroniquement « hyperactivé » : l’individu reste piégé dans une quête incessante mais vaine de réunification, générant un désespoir persistant et une incapacité à tolérer la séparation irrémédiable.

2. Le modèle cognitivo-comportemental de Boelen, van den Hout et van den Bout

L’A-PGDs s’inscrit également dans le modèle cognitivo-comportemental du deuil compliqué développé par Paul Boelen et ses collaborateurs (2006). Ce modèle postule que la fixation pathologique résulte de trois processus interreliés : (a) une intégration mnésique déficitaire de la réalité de la perte au sein du réseau autobiographique global, de sorte que l’information du décès est traitée comme une menace actuelle permanente ; (b) des interprétations et croyances négatives globales concernant ses propres réactions émotionnelles (« si je lâche ma peine, je trahis le défunt » ou « je ne pourrai jamais survivre sans lui ») et le futur ; et (c) l’utilisation de stratégies de contrôle dysfonctionnelles, au premier rang desquelles figure l’évitement anxieux ou dépressif des déclencheurs de deuil, qui bloque le processus naturel de confrontation émotionnelle et de traitement de l’information.

3. Le modèle du double processus d’adaptation au deuil (Stroebe & Schut)

Sur le plan dynamique, l’échelle fait écho au Dual Process Model of Coping with Bereavement formulé par Margaret Stroebe et Henk Schut (1999). Ce paradigme théorique démontre qu’une adaptation saine à la perte requiert une oscillation fluide entre deux types de stresseurs : les stresseurs orientés vers la perte (confrontation à la douleur, exploration du lien brisé) et les stresseurs orientés vers la restauration (réinvestissement du quotidien, apprentissage de nouveaux rôles, création de nouveaux projets). Dans le cadre opérationnalisé par l’A-PGDs, le trouble du deuil prolongé se manifeste par une rigidification sévère de ce mécanisme d’oscillation : l’endeuillé demeure captif de l’orientation exclusive vers la perte, subissant une anesthésie affective vis-à-vis des possibilités de restauration, ce qui précipite l’effondrement fonctionnel documenté à l’item 17.

7. Validité / Validity

L’étude princeps menée par O’Connor et al. (2023) a établi les propriétés métrologiques fondamentales de l’A-PGDs auprès d’un échantillon danois d’adultes confrontés à la perte d’un proche, attestant d’une robustesse psychométrique de haut niveau :

Validité de construit et validité structurelle

La validité structurelle de l’échelle a été confirmée à l’aide de modélisations factorielles confirmatoires et d’équations structurelles exploratoires. L’analyse a validé la décomposition des symptômes en facteurs distincts représentant les symptômes cardinaux de séparation et les symptômes associés. Les indices d’adéquation globale ont soutenu la configurabilité théorique de l’instrument tant pour la taxonomie de la CIM-11 que pour celle du DSM-5-TR, démontrant que l’A-PGDs capture fidèlement les dimensions latentes postulées par les comités nosographiques internationaux.

Validité concourante et prédictive

Des analyses de régression multiple et de modélisation longitudinale ont documenté des profils de validité concourante particulièrement informatifs :

  • Les symptômes initiaux de deuil prolongé mesurés à la ligne de base se sont révélés être des prédicteurs puissants et spécifiques des symptômes cardinaux ultérieurs, démontrant la continuité phénoménologique du trouble.
  • En revanche, les mesures concomitantes de symptomatologie dépressive n’ont prédit que les symptômes associés non spécifiques du deuil, confirmant que le noyau dur du deuil prolongé (nostalgie douloureuse et aspiration au défunt) possède une spécificité psychopathologique irréductible à un épisode dépressif caractérisé.
  • De manière remarquable, parmi l’ensemble des facteurs factoriels identifiés au sein de l’A-PGDs, seul le facteur regroupant les symptômes associés s’est avéré être un prédicteur statistiquement significatif de l’altération fonctionnelle globale dans la vie quotidienne des participants. Ce résultat apporte une justification clinique majeure à l’inclusion de ces symptômes au sein des critères diagnostiques du DSM-5-TR et de la CIM-11, prouvant qu’ils constituent les vecteurs directs de l’invalidité psychosociale.

Validité de contenu

La validité de contenu a été rigoureusement assurée lors de la phase de création instrumentale : les items ont été rédigés sur la base exacte des descriptions sémiologiques des classifications officielles, confrontés aux instruments de première génération tels que l’Inventory of Complicated Grief (ICG ; Ito et al., 2012 ; Prigerson et al., 2009), puis affinés à la lumière des retours qualitatifs recueillis auprès d’un groupe d’utilisateurs et d’endeuillés (focus group) afin de garantir la pertinence écologique, l’intelligibilité et la sensibilité clinique des formulations.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité métrologique de l’A-PGDs a été examinée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle par test-retest :

Cohérence interne

Les estimations de consistance interne démontrent une homogénéité des items et une précision de mesure remarquables, dépassant largement les seuils conventionnels recommandés pour l’évaluation diagnostique individuelle (≥ 0,80) :

  • Pour le sous-ensemble d’items opérationnalisant les critères de la CIM-11, le coefficient alpha de Cronbach atteint α = 0,88.
  • Pour le sous-ensemble d’items opérationnalisant les critères du DSM-5-TR, le coefficient alpha de Cronbach s’élève à α = 0,90.

Ces indices chiffrés confirment l’absence de redondance excessive tout en garantissant un haut degré de corrélation inter-items au sein de chacun des algorithmes nosologiques respectifs.

Fidélité test-retest

Une sous-cohorte de participants a complété l’A-PGDs lors d’une session de re-test à intervalle standardisé. Les analyses de stabilité temporelle ont mis en évidence une concordance hautement significative sur l’ensemble de l’instrument (p < 0,001) :

  • Des coefficients de corrélation bivariée élevés ont été observés pour tous les items pris individuellement entre la mesure initiale et le re-test, avec un plancher minimal de r ≥ 0,59.
  • Une divergence dimensionnelle remarquable a été documentée : la stabilité test-retest s’est avérée significativement plus élevée pour les items rattachés au cluster des symptômes cardinaux (nostalgie intense et préoccupation mentale) de la CIM-11 et du DSM-5-TR, atteignant des valeurs de r ≥ 0,72 (à l’exception de l’item d’auto-accusation/culpabilité).
  • À titre de comparaison, le cluster des symptômes secondaires et associés a présenté une stabilité relative légèrement inférieure mais substantielle (r ≥ 0,59), ce qui correspond à la nature plus fluctuante et réactive des manifestations émotionnelles annexes face aux fluctuations environnementales du quotidien.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle latente de l’A-PGDs a fait l’objet d’investigations approfondies au moyen de la modélisation par équations structurelles exploratoires (ESEM) et de l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) réalisées par O’Connor et al. (2023), en testant des solutions concurrentes échelonnées de 1 à 4 facteurs :

Modélisation des critères de la CIM-11

L’évaluation des modèles factoriels pour l’algorithme CIM-11 a révélé les résultats métrologiques suivants :

  • Les modèles 2, 3 et 4 ont tous démontré des niveaux d’erreur résiduelle acceptables selon les critères conventionnels de Hu et Bentler, affichant des valeurs d’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) et de résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) strictement inférieures à 0,08.
  • En ce qui concerne les indices d’ajustement comparatif, seul le Modèle 4 a atteint des valeurs pleinement satisfaisantes simultanément pour l’indice d’ajustement comparatif (CFI) et pour l’indice de Tucker-Lewis (TLI).
  • Cependant, l’examen du critère d’information bayésien (BIC) a révélé une pénalisation substantielle liée à la parcimonie : le gain marginal de précision obtenu dans le Modèle 4 n’a pas compensé le désavantage inhérent à sa complexité paramétrique accrue (ΔBIC = 14,2 en faveur de modèles plus parcimonieux). En conséquence, une solution factorielle d’ordre supérieur ou bi-factorielle plus restreinte synthétisant les symptômes de séparation et d’altération affective demeure conceptuellement et empiriquement privilégiée.

Modélisation des critères du DSM-5-TR

L’évaluation parallèle réalisée sur les items opérationnalisant le système diagnostique du DSM-5-TR a montré une configuration différentielle :

  • Les indices d’adéquation absolue et incrémentielle ont témoigné d’une amélioration continue et monotone de la qualité d’ajustement à mesure que le nombre de dimensions latentes augmentait de 1 à 4 facteurs.
  • Tout comme pour la CIM-11, les Modèles 2 à 4 ont présenté des indices SRMR et RMSEA inférieurs à 0,08. Toutefois, seuls les Modèles 3 et 4 ont satisfait aux exigences strictes de validité pour le CFI et le TLI.
  • À la différence du scénario CIM-11, le critère BIC a indiqué que le gain de précision du Modèle à 4 facteurs compensait presque intégralement le coût de sa complexité (ΔBIC = 10,9).
  • De surcroît, une réduction significative de l’erreur d’approximation (ΔRMSEA = 0,019) est venue confirmer la supériorité statistique du modèle à quatre dimensions pour le DSM-5-TR, corroborée de façon unanime par l’ensemble des indicateurs d’adéquation globale.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (Self-report scale).
  • Format : Formulaire combinant une échelle de fréquence/intensité de type Likert en 5 points pour les items de symptômes (1 à 17), suivie d’une série de questions dichotomiques (Oui/Non) évaluant la persistance quotidienne, les domaines d’altération fonctionnelle spécifique (17a à 17d), la conformité aux normes socioculturelles (18 et 19) et le critère de durée post-perte (20).
  • Nombre d’items : 20 items cardinaux, complétés par 4 sous-items contextuels (17a, 17b, 17c, 17d), totalisant 24 entrées d’évaluation.
  • Échelle de réponse (Items 1 à 17) :
    1. Not at all (Pas du tout)
    2. A little (Un peu)
    3. To some extent (Dans une certaine mesure)
    4. Very much (Beaucoup)
    5. Overwhelmingly (De manière écrasante)
  • Système de cotation et algorithmes diagnostiques :
    • Score continu de sévérité : Calculé en sommant les points des items Likert (cotés de 1 à 5), fournissant un indice global de l’intensité de la détresse liée au deuil.
    • Règle de décision catégorielle CIM-11 : Requiert l’endossement clinique d’au moins un symptôme cardinal (Item 1 ou 2 avec un score ≥ 3 ou 4 selon le seuil clinique choisi), accompagné d’un nombre déterminé de symptômes associés parmi les items compatibles CIM-11, de la présence d’une altération fonctionnelle confirmée (Item 17 coté ≥ 2 avec endorsement à l’item de chronicité quotidienne) et de la validation de la durée temporelle (≥ 6 mois, Item 20).
    • Règle de décision catégorielle DSM-5-TR : Requiert la présence obligatoire d’au moins un symptôme d’aspiration ou de préoccupation (Item 1 ou 2), la confirmation d’au moins trois symptômes additionnels parmi le cluster défini par le DSM-5-TR (incluant rupture identitaire, incrédulité, évitement, etc.), la présence d’un retentissement fonctionnel cliniquement significatif (Items 17 et 17a-d), la déviance par rapport aux normes culturelles (Items 18 et 19) et le respect du seuil chronologique minimal (Item 20, soit au moins 12 mois selon les critères officiels stricts du DSM-5-TR pour adultes, exploré ici sur une base minimale de 6 mois).
  • Langues disponibles : Version originale en danois et en anglais ; adaptations linguistiques en cours de validation internationale.
  • Population cible : Adultes (18 ans et plus) ayant subi le décès d’un être cher (conjoint, parent, enfant, fratrie, ami proche).
  • Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2023.
  • Statut des droits et conditions d’utilisation : L’A-PGDs est un instrument en libre accès pour la recherche scientifique et la pratique clinique non commerciale (Open Access).
  • Licence de diffusion : Publié sous licence internationale Creative Commons Attribution 4.0 (CC BY 4.0). Les praticiens et les chercheurs sont autorisés à reproduire, distribuer et adapter l’instrument, sous réserve d’attribuer de façon explicite la paternité du test aux auteurs originaux (O’Connor et al., 2023).
  • Tarification : Gratuit (aucun droit d’enregistrement ou redevance financière requis).

12. Références / References

Les sources académiques fondant la conception et la validation psychométrique de l’A-PGDs sont les suivantes :

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Aarhus Prolonged Grief Disorder Scale (A-PGDs)

The following items are part of the Aarhus Prolonged Grief Disorder Self-Report Scale, designed for use with ICD-11 and DSM-5-TR PGD (The Aarhus PGD-scale).

Please consider the name of the person you lost and respond to the questions in relation to your loss.

Response Scale for Items 1 to 17:

  • 1 = Not at all
  • 2 = A little
  • 3 = To some extent
  • 4 = Very much
  • 5 = Overwhelmingly

1. Have you longed for [deceased’s name] during the past month?

2. Have you during the past month found yourself preoccupied with thoughts of [deceased’s name] even when you did not want to be thinking about them?

3. Have you had feelings of sadness or sorrow during the past month?

4. Have you felt guilty during the past month?

5. Have you felt angry during the past month?

6. During the past month, has it been hard for you to believe that [deceased’s name] is dead?

7. Have you blamed yourself for your loss during the past month?

8. During the past month, have you had trouble accepting that [deceased’s name] is dead?

9. During the past month, have you felt that you have lost a part of yourself? (e.g., feeling as though a part of you has died)

10. During the past month, have you been unable to experience positive emotions?

11. During the past month, have you felt emotionally numb? (e.g., having difficulties with feeling emotions as you used to do, being emotionally stunned)

12. Have you had difficulty engaging in social or other activities during the past month?

13. Have you felt loneliness during the past month?

14. During the past month, have you tried to avoid reminders that [deceased’s name] is dead? (e.g., avoiding certain thoughts, feelings, places, music, conversation topics, etc. or keeping yourself constantly going)

15. During the past month, have you felt that life is meaningless since [deceased’s name] has died?

16. Have you felt bitterness during the past month?

17. Overall, have these difficulties led to a decline in your level of functioning? (i.e., your ability to function in everyday life)

If you answered "A little" (2) or higher to question 17, have you then experienced this every day or almost every day? [Response: Yes / No]

17a. Does this apply in relation to your work/study/daily tasks? [Response: Yes / No]

17b. Does this apply to your social life? [Response: Yes / No]

17c. Does this apply to your family life/domestic obligations? [Response: Yes / No]

17d. Does this apply to other areas than those mentioned? [Response: Yes / No]

18. Have any of your acquaintances expressed concern about your grief reaction? (e.g., that they feel that it exceeds what they consider normal in relation to your social, cultural or religious norms). [Response: Yes / No]

19. Are you worried about your own grief reaction, including that it is more severe or intense than you expected? (e.g., compared to the people you surround yourself with or what you think is normal). [Response: Yes / No]

20. Would you say that you felt this way during the last 6 months? (Please answer this question in relation to your total response to the questions above). [Response: Yes / No]

★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 15). Échelle d’Aarhus du trouble du deuil prolongé (A-PGDs). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-aarhus-trouble-deuil-prolonge-a-pgds
Looti, Mohammed. “Échelle d’Aarhus du trouble du deuil prolongé (A-PGDs).” Base de données de psychologie en français, 15 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-aarhus-trouble-deuil-prolonge-a-pgds.
Looti, Mohammed. “Échelle d’Aarhus du trouble du deuil prolongé (A-PGDs).” Base de données de psychologie en français. octobre 15, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-aarhus-trouble-deuil-prolonge-a-pgds.