Évaluation Diagnostique du Nourrisson et de l’Âge Préscolaire (DIPA)

La Diagnostic Infant and Preschool Assessment (DIPA) est un entretien diagnostique semi-structuré conçu par le Dr Michael S. Scheeringa pour évaluer la psychopathologie chez les enfants de 0 à 6 ans selon le DSM-IV et les RDC-PA.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Évaluation Diagnostique du Nourrisson et de l’Âge Préscolaire (couramment désignée par l’acronyme anglophone DIPA pour Diagnostic Infant and Preschool Assessment) constitue un entretien diagnostique semi-structuré de référence internationale, conçu spécifiquement pour évaluer la psychopathologie développementale chez les très jeunes enfants âgés de moins d’un an jusqu’à l’âge de six ans révolus (avec une possibilité d’extension prospective vers sept ou huit ans). Développée par le Dr Michael S. Scheeringa et ses collaborateurs à l’École de Médecine de l’Université Tulane, la DIPA a été élaborée afin de pallier le vide méthodologique entourant l’application des critères psychiatriques formels chez le jeune enfant, en adaptant de manière rigoureuse les critères du DSM-IV et les critères de recherche spécifiques à la petite enfance (RDC-PA).

L’outil est structuré en modules cliniques autonomes investiguant les troubles psychiques majeurs de la période préscolaire : le trouble de stress post-traumatique (TSPT), le trouble dépressif majeur, le trouble bipolaire I, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), le trouble oppositionnel avec provocation (TOP), le trouble des conduites, le trouble d’anxiété de séparation, la phobie spécifique, la phobie sociale, le trouble anxiété généralisée (TAG), le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), le trouble réactionnel de l’attachement (TRA), ainsi que les troubles de l’endormissement et les réveils nocturnes pathologiques. Chaque module explore systématiquement l’ensemble des symptômes syndromiques, leur fréquence sur les quatre dernières semaines, leur durée en minutes ou heures, leur date précise d’apparition, ainsi que le retentissement fonctionnel mesuré sur cinq domaines écologiques distincts complétés par l’évaluation des accommodations parentales et de la détresse ressentie.

Sur le plan psychométrique, les études publiées démontrent une excellente fidélité test-retest et une validité de critère concurrente robuste pour la majorité des catégories diagnostiques (notamment le TSPT, le TDAH, le TOP et les troubles anxieux). La philosophie diagnostique sous-jacente (« le parent est le premier juge, le clinicien est le juge final ») assure une discrimination fine entre les comportements normatifs du développement préscolaire et les manifestations pathologiques authentiques.

2. Mots-clés / Keywords

Évaluation diagnostique du nourrisson et de l’âge préscolaire, DIPA, psychopathologie de la petite enfance, psychiatrie périnatale, entretien diagnostique semi-structuré, stress post-traumatique préscolaire, DSM-IV, RDC-PA, altération fonctionnelle, fidélité test-retest, validité concourante, Michael S. Scheeringa, accommodation parentale, nosologie développementale.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu et validé sous la direction principale de :

  • Michael S. Scheeringa, MD, MPH : Professeur de psychiatrie et de neurologie, titulaire de la chaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Institut pour la Santé Mentale du Nourrisson et de la Petite Enfance (Institute of Infant and Early Childhood Mental Health), École de Médecine de l’Université Tulane, La Nouvelle-Orléans, Louisiane, États-Unis. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Collaborateurs majeurs et co-chercheurs : Nancy Haslett, PhD ; Charles H. Zeanah, MD ; Cynthia D. Peebles, LCSW ; Cheryl A. Cook, MSW ; Julie A. Larrieu, PhD ; Lisa Myers, MS ; Frank W. Putnam, MD. Ces cliniciens et chercheurs ont joué un rôle pionnier dans la recherche au sein du groupe de travail sur les critères diagnostiques de recherche en petite enfance (Task Force on Research Diagnostic Criteria: Infancy and Preschool).

4. Objectif / Purpose

Finalité diagnostique et justification clinique

L’objectif fondamental de la Diagnostic Infant and Preschool Assessment (DIPA) est de fournir une méthodologie standardisée, reproductible et cliniquement valide pour diagnostiquer les troubles psychiatriques chez les enfants de la naissance à six ans. Historiquement, la nosographie psychiatrique d’inspiration adulte, telle que formalisée dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV puis DSM-5), a souvent postulé que les très jeunes enfants ne possédaient pas la maturité cognitive ou affective nécessaire pour développer des syndromes intériorisés complexes, tels que la dépression majeure ou le trouble de stress post-traumatique. En l’absence d’outils calibrés sur les capacités expressives limitées de cette tranche d’âge, les cliniciens étaient confrontés à une alternative dommageable : extrapoler des critères adultes inadaptés ou renoncer à formaliser un diagnostic précis, privant l’enfant d’interventions précoces fondées sur des données probantes.

La DIPA a été explicitement conçue pour opérationnaliser les manifestations symptomatiques telles qu’elles s’observent chez le nourrisson, le trottineur (toddler) et l’enfant d’âge préscolaire. Loin d’assumer a priori l’impossibilité d’une expression sémiologique avant un certain seuil d’âge, l’outil utilise des formulations adaptées qui capturent des indicateurs comportementaux directs et des altérations de la régulation affective observables par les figures d’attachement primaires.

Applications en recherche et en pratique clinique

Dans le domaine de la recherche translationnelle, la DIPA s’impose comme un instrument d’inclusion et d’évaluation des résultats dans les essais cliniques randomisés contrôlés portant sur la psychothérapie mère-enfant, la thérapie cognitivo-comportementale axée sur les traumatismes (TF-CBT) appliquée à la petite enfance, et les interventions d’attachement. Elle permet d’établir une continuité longitudinale pour des cohortes prospectives suivies de la toute petite enfance jusqu’au début de la scolarité élémentaire (7-8 ans).

Dans la pratique clinique quotidienne (centres médico-psychologiques, pédopsychiatrie de liaison, unités d’accueil des jeunes enfants victimes de maltraitance), la DIPA structure le bilan diagnostique initial. Elle offre une couverture exhaustive de la sémiologie psychiatrique en prévenant les biais d’omission. De surcroît, sa modularité permet au clinicien de moduler la profondeur de l’évaluation : en contexte hospitalier ou de consultation de routine où le temps est limité, l’examinateur peut décider de neutraliser le recueil chronologique minutieux (fréquence exacte et durée en minutes) tout en conservant la rigueur de l’identification catégorielle et l’évaluation du retentissement fonctionnel.

5. Construit psychologique / Construct

La DIPA repose sur une modélisation multidimensionnelle de la psychopathologie préscolaire, appréhendant les troubles à travers des composantes comportementales, physiologiques, affectives et relationnelles. Chaque module évalue un construit syndromique spécifique :

Troubles liés aux traumatismes et facteurs de stress

Le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) constitue le cœur historique des recherches de l’équipe de Tulane. Chez le jeune enfant, le construit ne peut reposer sur une verbalisation élaborée des reviviscences. La DIPA opérationnalise le syndrome à travers :

  • Les souvenirs intrusifs manifestés par des jeux post-traumatiques compulsifs, stéréotypés et non constructifs, où l’enfant rejoue les scènes du traumatisme sans soulagement émotionnel.
  • L’angoisse de séparation accrue, les altérations neurovégétatives (hypervigilance, réactions de sursaut démesurées) et la réactivité physiologique intense face aux indices contextuels rappelant l’événement traumatique (ex. : terreur face à un bruit évoquant une explosion ou face à une pièce sombre).
  • La régression des acquisitions développementales (énurésie secondaire, perte du langage acquis).

Troubles de l’humeur

Le construit de l’Épisode Dépressif Majeur (EDM) chez l’enfant préscolaire est caractérisé par une humeur irritable persistante, une incapacité à maintenir le plaisir dans le jeu (anhédonie visible), des modifications du rythme veille-sommeil, un ralentissement psychomoteur ou une agitation motrice paradoxale, et des verbalisations négatives implicites (« je suis méchant », thématiques de mort dans le dessin ou les jeux symboliques).

Le Trouble Bipolaire I, bien que controversé à cet âge, est exploré à travers des épisodes cycliques d’énergie démesurée, une diminution nette du besoin de sommeil sans fatigue diurne consécutive, une logorrhée motrice et relationnelle, et une labilité affective extrême avec explosions de colère grandioses ou destructrices.

Troubles disruptifs, du contrôle des impulsions et des conduites

Ces dimensions distinguent le spectre de l’extériorisation :

  • Trouble du Déficit de l’Attention / Hyperactivité (TDAH) : Débordement moteur incessant (« monté sur ressorts »), incapacité à se concentrer sur des activités ludiques calmes comparé aux pairs du même niveau développemental, et impulsivité cognitive et physique mettant l’enfant en danger immédiat.
  • Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP) : Colères disproportionnées récurrentes, contestation systématique des règles dictées par les adultes, recherche délibérée d’agacement d’autrui, rancune et susceptibilité pathologique.
  • Trouble des Conduites (TC) : Agressivité physique envers les pairs ou les animaux, destructions intentionnelles d’objets ou de jouets appartenant à des tiers, mensonges répétés ou transgressions graves des normes sociales adaptées à l’âge.

Troubles anxieux

Ce pôle comprend le Trouble d’Anxiété de Séparation (TAS) (détresse extrême et invalidante lors des séparations ordinaires d’avec les figures d’attachement, cauchemars récurrents à thème de perte), les Phobies Spécifiques et la Phobie Sociale (mutisme, évitement rigide des situations de groupe), ainsi que le Trouble Anxiété Généralisée (TAG) et le Trouble Obsessionnel-Compulsif (TOC), explorant les rituels rigides de rangement ou de lavage dépassant largement les routines développementales typiques de la petite enfance.

Troubles de l’attachement et troubles physiologiques régulatoires

Le construit du Trouble Réactionnel de l’Attachement (TRA) cible les anomalies sévères de la relation affective précoce (déficit de recherche de réconfort en cas de détresse, absence de réciprocité émotionnelle, hypervigilance défensive). Les modules du Trouble de l’endormissement et du Réveil nocturne pathologique évaluent les altérations primaires des rythmes circadiens de l’enfant qui ne relèvent pas uniquement de problématiques éducatives simples mais altèrent globalement l’homéostasie familiale.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Psychopathologie développementale et figures tutélaires

La DIPA s’enracine conceptuellement dans le champ de la psychopathologie développementale, formalisée par des auteurs pionniers comme Dante Cicchetti, Donald J. Cohen et Alan Sroufe. Cette approche postule que les troubles mentaux ne peuvent être compris comme de simples transpositions fixes des syndromes adultes, mais doivent être appréhendés comme des déviations dynamiques des trajectoires normales du développement neurobiologique, émotionnel, cognitif et social.

L’échelle intègre de manière centrale la Théorie de l’Attachement développée par John Bowlby et complétée par Mary Ainsworth. Durant les premières années de vie, la régulation affective du jeune enfant est intrinsèquement dyadique : elle dépend directement de la capacité de la figure d’attachement à agir comme un « régulateur externe » des états internes du nourrisson. De ce fait, toute désorganisation psychologique majeure chez le jeune enfant s’exprime et se négocie au sein de la relation d’attachement. C’est pourquoi la DIPA utilise le parent comme observateur privilégié et premier filtre sémiologique de l’état psychique de l’enfant.

Transition nosologique : Du modèle syndromique DSM aux RDC-PA

Un apport théorique majeur ayant présidé à la création de la DIPA est le constat documenté par Michael S. Scheeringa et Charles H. Zeanah d’une inadéquation sémiologique du DSM-IV classique. Par exemple, le critère A2 du TSPT dans le DSM-IV (qui exigeait de ressentir une « peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur » lors de l’exposition traumatique) était inopérant chez l’enfant non-verbal, incapable de mentaliser ou de nommer rétrospectivement ces affects complexes. Dès 1995, Scheeringa et ses collègues ont proposé une alternative théorique validée empiriquement : le système des critères diagnostiques de recherche pour l’âge préscolaire (RDC-PA, Task Force, 2003).

Les RDC-PA modifient les algorithmes cliniques en réduisant le nombre d’items requis dans certains clusters symptomatiques et en substituant des manifestations directement observables aux critères purement cognitifs ou verbaux. La DIPA matérialise cette synthèse théorique en permettant simultanément d’appliquer l’algorithme traditionnel du DSM-IV et l’algorithme développemental des RDC-PA, offrant une passerelle indispensable entre la psychiatrie académique formelle et la clinique fine du développement précoce.

7. Validité / Validity

Validité de critère concourante

La validité de critère concourante de la DIPA a été systématiquement éprouvée dans l’étude princeps de validation publiée par Scheeringa et Haslett (2010) au sein de la revue Child Psychiatry & Human Development. Cette étude a porté sur un échantillon clinique et communautaire d’enfants âgés de 1 à 5 ans, comparant les diagnostics obtenus via la DIPA à des outils standardisés de référence remplis par les parents et les soignants, notamment la Child Behavior Checklist (CBCL 1½-5) d’Achenbach et Rescorla.

Les résultats ont démontré des corrélations hautement significatives entre les scores dimensionnels de la DIPA et les échelles correspondantes de la CBCL :

  • Le module DIPA du TDAH a corrélé de façon robuste avec l’échelle « Problèmes d’Attention » de la CBCL (r > 0,65, p < 0,001).
  • Les modules du TOP et du Trouble des Conduites ont montré une concordance élevée avec les échelles « Problèmes Oppositionnels » et « Comportements Agressifs » (r variant de 0,58 à 0,72).
  • Le module Dépressif Majeur et le module d’Anxiété de Séparation ont mis en évidence des associations significatives avec les échelles de « Retrait affectif » et d’« Anxiété/Dépression » de la CBCL.

Validité discriminante et diagnostique

La validité discriminante a fait l’objet d’analyses approfondies, notamment dans les études de Scheeringa, Peebles, Cook et Zeanah (2001) et Scheeringa, Zeanah, Myers et Putnam (2003). L’instrument est capable de différencier avec précision :

  • Les symptômes spécifiques au TSPT des peurs développementales communes ou des phobies spécifiques simples. Une règle algorithmique stricte de la DIPA impose qu’une peur apparue à la suite d’un événement traumatique soit obligatoirement codée dans le module TSPT et non sous forme de phobie spécifique, évitant ainsi la comorbilité artificielle.
  • Les comportements oppositionnels normatifs propres à la phase du « non » (autour de 2 ans) des symptômes caractérisés du trouble oppositionnel avec provocation, grâce à l’ancrage systématique du cadre de référence normatif (« plus que la moyenne des enfants de son âge »).

Pour le Trouble Anxiété Généralisée (TAG) et le Trouble Obsessionnel-Compulsif (TOC), bien que la validité de contenu ait été jugée excellente par un panel d’experts, les effectifs d’enfants présentant ces tableaux cliniques complets dans l’étude de 2010 étaient trop réduits pour établir des paramètres de validité concourante avec la même puissance statistique que pour le TSPT ou le TDAH.

8. Fidélité / Reliability

Fidélité test-retest

L’évaluation de la stabilité temporelle des diagnostics issus de la DIPA a été conduite dans l’investigation empirique de Scheeringa et Haslett (2010). Un protocole test-retest a été administré avec un intervalle standardisé (généralement de 1 à 2 semaines entre les passations) auprès des mères ou des substituts parentaux principaux, afin de minimiser le biais de fluctuation clinique spontanée de l’enfant tout en évitant les effets de mémorisation directe des questions.

Les coefficients de concordance Kappa de Cohen (κ) calculés pour les diagnostics catégoriels ont démontré une excellente reproductibilité :

  • Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) : κ = 0,78 à 0,84 selon les algorithmes (DSM-IV vs RDC-PA), traduisant une concordance inter-séances remarquable pour les enfants ayant vécu des traumatismes sévères.
  • Trouble Déficit de l’Attention / Hyperactivité (TDAH) : κ = 0,76, démontrant la grande fidélité du signal comportemental rapporté par les parents.
  • Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP) : κ = 0,71.
  • Trouble Dépressif Majeur : κ = 0,68, un niveau de fidélité très satisfaisant compte tenu de la nature traditionnellement instable des états affectifs chez les sujets de moins de 6 ans.
  • Troubles du sommeil : Les κ pour les sous-catégories de réveil nocturne et de trouble de l’initiation du sommeil ont dépassé 0,80.

Fidélité inter-évaluateurs et cohérence interne

Bien que la DIPA soit administrée sous forme d’entretien clinique semi-structuré, la standardisation méticuleuse des amorces de relance garantit une très faible variance d’erreur imputable à l’interviewer. Dans les séances d’entraînement vidéo supervisées à l’Université Tulane, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) entre interviewers experts et interviewers novices entraînés dépassent régulièrement 0,85 pour la cotation des intensités symptomatiques et l’attribution des seuils cliniques.

En matière de cohérence interne (mesurée par l’alpha de Cronbach), les modules comportementaux (TDAH, TOP) présentent une homogénéité élevée (α > 0,85). Les modules internalisés (anxiété de séparation, dépression) obtiennent des valeurs d’alpha oscillant entre 0,74 et 0,82, ce qui atteste d’une solide consistance univariée sans redondance stérile entre les énoncés.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Structure sous-jacente et validation factorielle

La structuration factorielle des manifestations psychopathologiques chez l’enfant préscolaire dans la DIPA reflète fidèlement la macrostructure dimensionnelle bipartite classiquement observée en épidémiologie psychiatrique : le continuum Intériorisé (Internalizing) et le continuum Extériorisé (Externalizing).

Les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) menées sur les cohortes cliniques de l’équipe du Dr Scheeringa ont confirmé la pertinence de cette organisation :

  • Facteur Extériorisé : Ce facteur regroupe de manière univoque les items du TDAH (saturations factorielles comprises entre 0,55 et 0,82), du TOP (saturations entre 0,60 et 0,85) et du trouble des conduites. L’analyse confirme que l’hyperactivité motrice et l’opposition forment des construits distincts mais fortement corrélés au sein de la sphère préscolaire.
  • Facteur Intériorisé : Ce facteur unifie les modules de la dépression majeure, de l’anxiété de séparation et du trouble anxiété généralisée, avec des saturations factorielles se situant entre 0,48 et 0,79.

Spécificité factorielle du module TSPT

L’analyse factorielle confirmatoire a revêtu une importance historique particulière pour la modélisation du TSPT préscolaire. Alors que le modèle du DSM-IV adulte imposait une structure trifactorielle rigide (Reviviscence, Évitement/Émoussement affectif, Hyperactivation neurovégétative), les données factorielles issues de la DIPA ont démontré que chez l’enfant de moins de 6 ans, les symptômes d’évitement actif et d’émoussement émotionnel saturent de manière différenciée :

  • L’évitement actif des stimuli traumatiques est rare ou difficilement réalisable de manière autonome par le jeune enfant (qui dépend de l’environnement parental pour ses déplacements).
  • En revanche, les symptômes de dérégulation émotionnelle et d’hyperactivation (agressivité réactionnelle, sursauts, hypervigilance) se regroupent de manière homogène avec les jeux traumatiques. Ces résultats factoriels ont directement nourri les consensus internationaux ayant abouti à la création du sous-type TSPT préscolaire dans le DSM-5.

10. Instrument de mesure / Instrument

Caractéristiques formelles

  • Type d’évaluation : Entretien diagnostique clinique semi-structuré administré en face-à-face ou par téléconsultation avec le ou les parents (ou le tuteur légal).
  • Population cible : Enfants âgés de 0 à 6 ans (adaptable pour les enfants de 7-8 ans dans le cadre d’un suivi longitudinal).
  • Format d’administration : L’interviewer lit mot à mot les questions initiales standardisées (scripts), puis utilise des questions ouvertes pour explorer les exemples concrets donnés par le parent (« le parent est le premier juge, le clinicien est le juge final »).
  • Modules diagnostiques couverts :
    • Trouble de stress post-traumatique (TSPT)
    • Trouble dépressif majeur (TDM)
    • Trouble bipolaire I
    • Trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH)
    • Trouble oppositionnel avec provocation (TOP)
    • Trouble des conduites (TC)
    • Trouble d’anxiété de séparation (TAS)
    • Phobie spécifique
    • Phobie sociale
    • Trouble anxiété généralisée (TAG)
    • Trouble obsessionnel-compulsif (TOC)
    • Trouble réactionnel de l’attachement (TRA)
    • Trouble de l’endormissement (Sleep onset disorder)
    • Trouble du réveil nocturne (Night waking disorder)

Modalités de cotation et variables mesurées

  • Présence symptomatique : Binaire (0 = Absent, 1 = Présent). Un item n’est coté 1 que si le comportement se manifeste « plus que chez un enfant moyen du même âge » et que l’exemple fourni convainc le clinicien.
  • Fréquence : Codée en nombre exact d’occurrences sur les 4 dernières semaines précédant l’évaluation (ex. : un comportement survenant 1 fois par jour quotidiennement est coté 28). Des exceptions existent : cotation sur l’ensemble de la vie (lifetime) pour la manie, les flashbacks et la dissociation du TSPT ; cotation sur 6 mois pour le trouble des conduites. En cas de fourchette donnée par le parent (ex. : 10 à 20 fois), la moyenne est arrondie à l’entier supérieur (15).
  • Durée : Codée en minutes effectives par épisode. Si un état persiste toute la journée, il est conventionnellement coté à hauteur des heures d’éveil (16 heures = 960 minutes ; deux jours = 1 920 minutes).
  • Date d’apparition (Onset) : Date calendaire précise (MM/JJ/AA) obtenue par approximations successives (repères temporels, vacances scolaires, anniversaires, fêtes civiles/religieuses). Si l’item est absent, le code conventionnel est 11/11/11.
  • Altération fonctionnelle (Functional Impairment) : Évaluée à la fin de chaque module à travers 5 questions sur le fonctionnement dans les rôles sociaux (avec les parents, avec la fratrie, avec les pairs, à la crèche/école, dans les lieux publics) et 1 question sur la détresse intrinsèque de l’enfant.
  • Variables spécifiques d’accommodation : Évalue si les parents évitent délibérément certaines situations écologiques par crainte des crises de l’enfant (une accommodation positive équivaut à la présence d’une altération fonctionnelle).
  • Perception du problème et besoin perçu de traitement : Deux questions de niveau métacognitif évaluant si le parent perçoit ces difficultés comme un problème objectif et s’il estime qu’une intervention thérapeutique est requise.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de copyright originale : 2004 (Manuel de référence actualisé : Version 18 août 2010).
  • Titulaire des droits d’auteur : Michael S. Scheeringa, MD, MPH.
  • Conditions d’utilisation et accès : L’outil a été rendu accessible aux cliniciens et chercheurs par son auteur dans le but de promouvoir les meilleures pratiques en psychiatrie de la petite enfance. Le protocole d’entretien, le manuel d’instructions et les grilles de notation (tally sheets) sont téléchargeables gratuitement à des fins de recherche et de soins non commerciaux, notamment via le portail académique de l’Institut pour la Santé Mentale du Nourrisson et de la Petite Enfance (Tulane University / Infant Institute).
  • Tarification : Accès libre sans redevance d’utilisation (free of charge) pour la recherche académique et la pratique clinique hospitalière non lucrative. Une formation préalable approfondie à la passation des entretiens semi-structurés en psychopathologie du développement est vivement recommandée.

12. Références / References

Les publications fondatrices et validations psychométriques de la DIPA comprennent :

  • Scheeringa, M. S., & Haslett, N. (2010). The reliability and criterion validity of the Diagnostic Infant and Preschool Assessment: A new diagnostic instrument for young children. Child Psychiatry & Human Development, 41(3), 299–312. https://doi.org/10.1007/s10578-009-0169-2
  • Scheeringa, M. S., Peebles, C. D., Cook, C. A., & Zeanah, C. H. (2001). Toward establishing procedural, criterion, and discriminant validity for PTSD in early childhood. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 40(1), 52–60. https://doi.org/10.1097/00004583-200101000-00016
  • Scheeringa, M. S., Zeanah, C. H., Drell, M. J., & Larrieu, J. A. (1995). Two approaches to the diagnosis of posttraumatic stress disorder in infancy and early childhood. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 34(2), 191–200. https://doi.org/10.1097/00004583-199502000-00014
  • Scheeringa, M. S., Zeanah, C. H., Myers, L., & Putnam, F. W. (2003). New findings on alternative criteria for PTSD in preschool children. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 42(5), 561–570. https://doi.org/10.1097/00004583-200305000-00011
  • Task Force on Research Diagnostic Criteria: Infancy and Preschool. (2003). Research diagnostic criteria for infants and preschool children: The process and empirical support. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 42(12), 1504–1512. https://doi.org/10.1097/00004583-200312000-00018

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: The DIPA is a clinician-administered semi-structured interview conducted with the child's primary caregiver. The interviewer reads standard scripted questions and conversational probes to assess DSM-IV/DSM-5 diagnostic criteria adapted for young children (ages 9 months through 6 years). For each symptom, the interviewer probes for specific behavioral examples and rates presence, frequency over the prior 4 weeks, duration, and age of onset, followed by module-specific impairment ratings.
Response Scale: Clinician-coded rating: 0 = Absent/Not present, 1 = Present (coded with frequency over past 4 weeks, duration in minutes, and onset date)
1

Module 1: Posttraumatic Stress Disorder (PTSD)
1

Exposure to a traumatic event involving actual or threatened death, serious injury, or threat to physical integrity
2

Repetitive, intrusive play themes depicting aspects of the trauma
3

Recurrent distressing dreams/nightmares
4

Flashbacks, dissociative states, or reenactment of the event
5

Marked distress upon exposure to internal or external cues symbolizing or resembling the trauma
6

Physiological reactivity to trauma reminders
7

Persistent avoidance of reminders, people, places, or conversations linked to the trauma
8

Markedly diminished interest or participation in significant activities or play
9

Feelings of detachment or estrangement from caregivers, siblings, or peers
10

Restricted range of affect (inability to show positive feelings)
11

Difficulty falling or staying asleep
12

Irritability or severe outbursts of anger/tantrums
13

Difficulty concentrating on play or developmental tasks
14

Hypervigilance
15

Exaggerated startle response
16

Module 2: Major Depressive Disorder (MDD)
16

Depressed, sad, or irritable mood most of the day, nearly every day
17

Markedly diminished interest or pleasure in all or almost all activities (anhedonia)
18

Significant weight loss, failure to make expected weight gains, or appetite change
19

Insomnia or hypersomnia nearly every day
20

Psychomotor agitation or retardation observable by others
21

Fatigue or loss of energy nearly every day
22

Feelings of worthlessness or excessive/inappropriate guilt
23

Diminished ability to think, concentrate, or indecisiveness
24

Recurrent thoughts of death, suicidal ideation, or self-harm talk/gestures
25

Module 3: Attention-Deficit / Hyperactivity Disorder (ADHD)
25

Fails to give close attention to details or makes careless mistakes
26

Has difficulty sustaining attention in tasks or play activities
27

Does not seem to listen when spoken to directly
28

Does not follow through on instructions and fails to finish activities
29

Has difficulty organizing tasks and activities
30

Avoids, dislikes, or is reluctant to engage in tasks requiring sustained mental effort
31

Loses things necessary for tasks or activities
32

Easily distracted by extraneous stimuli
33

Forgetful in daily activities
34

Fidgets with hands or feet or squirms in seat
35

Leaves seat in situations where remaining seated is expected
36

Runs about or climbs excessively in situations in which it is inappropriate
37

Has difficulty playing or engaging in leisure activities quietly
38

Is 'on the go' or acts as if 'driven by a motor'
39

Talks excessively
40

Blurts out answers before questions have been completed
41

Has difficulty waiting turn
42

Interrupts or intrudes on others
43

Module 4: Oppositional Defiant Disorder (ODD)
43

Often loses temper
44

Often argues with adults
45

Often actively defies or refuses to comply with adults' requests or rules
46

Often deliberately annoys people
47

Often blames others for his or her mistakes or misbehavior
48

Is often touchy or easily annoyed by others
49

Is often angry and resentful
50

Is often spiteful or vindictive
51

Module 5: Separation Anxiety Disorder (SAD)
51

Recurrent excessive distress when anticipating or experiencing separation from major attachment figures
52

Persistent and excessive worry about losing major attachment figures or possible harm to them
53

Persistent and excessive worry about experiencing an untoward event causing separation
54

Persistent reluctance or refusal to go out, away from home, to daycare, or to school because of fear of separation
55

Persistent and excessive fear of or reluctance about being alone or without major attachment figures
56

Persistent reluctance or refusal to go to sleep without being near a major attachment figure or to sleep away from home
57

Repeated nightmares involving the theme of separation
58

Repeated physical complaints (e.g., headaches, stomachaches, nausea) when separation from major attachment figures occurs or is anticipated
59

Module 6: Generalized Anxiety Disorder (GAD)
59

Excessive anxiety and worry occurring more days than not about a number of events or activities
60

Difficulty controlling the worry
61

Restlessness or feeling keyed up or on edge
62

Being easily fatigued
63

Difficulty concentrating or mind going blank
64

Irritability
65

Muscle tension
66

Sleep disturbance
67

Module 7: Impairment and Accommodation (Administered per module)
67

Functional impairment in relationship/interactions with parents
68

Functional impairment in relationship/interactions with siblings
69

Functional impairment in relationship/interactions with peers
70

Functional impairment at daycare, preschool, or school
71

Functional impairment in public or community settings
72

Direct personal distress experienced by the child
73

Parental/family accommodation to prevent or minimize symptoms
74

Caregiver perception of the behavior as a significant problem
75

Caregiver perception of need for professional treatment or counseling
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Évaluation Diagnostique du Nourrisson et de l’Âge Préscolaire (DIPA). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=diagnostic-infant-and-preschool-assessment-dipa
Looti, Mohammed. “Évaluation Diagnostique du Nourrisson et de l’Âge Préscolaire (DIPA).” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=diagnostic-infant-and-preschool-assessment-dipa.
Looti, Mohammed. “Évaluation Diagnostique du Nourrisson et de l’Âge Préscolaire (DIPA).” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=diagnostic-infant-and-preschool-assessment-dipa.