1. Résumé / Abstract
Le Compulsive Sexual Behavior Disorder Diagnostic Inventory (CSBD-DI), développé par Joshua B. Grubbs et ses collaborateurs en 2023, constitue un instrument d’évaluation psychométrique et de dépistage standardisé conçu pour identifier les manifestations cliniques du trouble du comportement sexuel compulsif (TCSC, ou Compulsive Sexual Behavior Disorder – CSBD). Sa conception s’enracine rigoureusement dans les critères nosographiques récents établis par l’Organisation mondiale de la santé au sein de la Classification internationale des maladies (11e révision, CIM-11), ainsi que dans la proposition antérieure de diagnostic du trouble hypersexuel (Hypersexual Disorder, HD) formulée pour le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5).
Le CSBD-DI se compose initialement d’une structure à 9 items évaluant la présence des symptômes au cours des six derniers mois : six items reflètent les dimensions cliniques communes à la CIM-11 et au DSM-5 (perte de contrôle, détresse significative, poursuite du comportement malgré les conséquences négatives, altération du fonctionnement socio-professionnel), un item opérationnalise un critère propre à la CIM-11 (persistance du comportement malgré une satisfaction ou un plaisir réduits), et deux items capturent la dimension d’adaptation ou de régulation émotionnelle spécifique au modèle du trouble hypersexuel du DSM-5. Les analyses factorielles confirmatoires ont mis en évidence qu’une version unidimensionnelle resserrée à 7 items (excluant les deux items de coping affectif) offre un ajustement psychométrique optimal et une validité transculturelle robuste.
L’inventaire adopte une échelle ordinale temporelle en trois points (« Cela a été vrai pendant au moins 6 mois au cours des 12 derniers mois », « Cela a été vrai au cours de ma vie mais pas au cours des 12 derniers mois », et « Cela n’a jamais été vrai pour moi »). Validé sur des échantillons représentatifs et communautaires multinationaux (États-Unis, Allemagne, Hongrie, Pologne, Malaisie), le CSBD-DI démontre une consistance interne satisfaisante (indices oméga de McDonald et alpha de Cronbach variant généralement de 0,78 à 0,82), une invariance de mesure stricte entre pays et scalaire selon le genre, ainsi qu’une excellente capacité diagnostique (courbes ROC) justifiant un seuil de coupure de 1 ou 2 pour orienter vers une évaluation clinique approfondie.
2. Mots-clés / Keywords
Trouble du comportement sexuel compulsif, CSBD-DI, addiction comportementale, hypersexualité, CIM-11, DSM-5, psychométrie, dépistage clinique, validité transculturelle, invariance de mesure, échelle d’évaluation, contrôle des impulsions.
3. Auteurs / Authors
Le développement et la validation internationale du CSBD-DI résultent d’un consortium international d’experts en santé sexuelle, psychiatrie et psychométrie computationnelle :
- Joshua B. Grubbs, Ph.D. — Bowling Green State University, Département de psychologie, États-Unis (ORCID). Courriel de correspondance : [email protected].
- Rory C. Reid, Ph.D., LCSW — University of California Los Angeles (UCLA), Semel Institute for Neuroscience and Human Behavior, États-Unis (ORCID).
- Beáta Bőthe, Ph.D. — Université du Québec à Trois-Rivières, Département de psychologie, Canada (ORCID).
- Zsolt Demetrovics, Ph.D. — ELTE Eötvös Loránd University, Institut de psychologie, Budapest, Hongrie ; et Centre d’excellence en santé mentale, Université de Gibraltar (ORCID).
- Eli Coleman, Ph.D. — University of Minnesota Medical School, Institute for Sexual and Gender Health, États-Unis.
- Neil Gleason, Ph.D. — University of Washington, États-Unis.
- Michael H. Miner, Ph.D. — University of Minnesota Medical School, États-Unis.
- Johannes Fuss, M.D. — University of Duisburg-Essen, Institute for Forensic Psychiatry and Sexology, Allemagne.
- Verena Klein, Ph.D. — University of Southampton, School of Psychology, Royaume-Uni (ORCID).
- Karol Lewczuk, Ph.D. — Cardinal Stefan Wyszyński University in Warsaw, Institut de psychologie, Pologne (ORCID).
- Mateusz Gola, Ph.D. — University of California San Diego, Department of Psychiatry, États-Unis ; et Institute of Psychology, Polish Academy of Sciences, Varsovie, Pologne.
- David P. Fernandez, Ph.D. — Nottingham Trent University, Department of Psychology, Royaume-Uni.
- Elaine F. Fernandez, Ph.D. — Pratique indépendante, Malaisie.
- Stefanie Carnes, Ph.D. — International Institute for Trauma and Addiction Professionals (IITAP), États-Unis.
- Michal Lew-Starowicz, M.D., Ph.D. — Centre of Postgraduate Medical Education, Department of Psychiatry, Varsovie, Pologne.
- Drew Kingston, Ph.D. — Royal Ottawa Health Care Group, Institute of Mental Health Research, Canada.
- Shane W. Kraus, Ph.D. — University of Nevada, Las Vegas, Department of Psychology, États-Unis (ORCID).
4. Objectif / Purpose
Le Compulsive Sexual Behavior Disorder Diagnostic Inventory (CSBD-DI) a été élaboré pour pallier une faille méthodologique majeure dans le champ de la sexologie clinique et de la psychopathologie : l’absence d’outils de dépistage standardisés, concis et directement alignés sur la nosographie moderne établie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pendant plusieurs décennies, la recherche empirique et l’évaluation clinique de la sexualité dite « hors de contrôle » ou addictive reposaient sur des instruments hétérogènes — tels que le Sexual Addiction Screening Test (SAST) ou le Hypersexual Behavior Inventory (HBI). Ces échelles antérieures présentaient des limites substantielles, notamment la sur-pathologisation de pratiques sexuelles non conventionnelles, la confusion entre une fréquence élevée d’activités sexuelles et un trouble clinique, ou encore l’absence de distinction nette entre une souffrance liée à une incongruence morale/religieuse et une véritable incapacité à inhiber ses pulsions sexuelles.
L’objectif fondamental du CSBD-DI est de fournir un instrument de dépistage bref, précis et transculturellement invariant, capable d’isoler la sémiologie fondamentale du trouble du comportement sexuel compulsif (code CIM-11 : 6C72). Cet inventaire opérationnalise méticuleusement les critères diagnostiques temporels et comportementaux de la CIM-11 : une incapacité répétée et persistante à contrôler des impulsions ou pulsions sexuelles intenses, conduisant à des comportements sexuels répétés sur une période minimale de six mois, et générant une détresse marquée ou une altération fonctionnelle substantielle dans les domaines personnel, relationnel, familial, éducatif ou professionnel.
Sur le plan pratique, le CSBD-DI répond à un triple impératif :
- En milieu clinique ambulatoire et hospitalier : Il sert d’outil d’évaluation préliminaire rapide permettant aux psychiatres, psychologues et sexologues de repérer les patients nécessitant un bilan diagnostique complet, évitant ainsi les faux positifs issus d’un désir sexuel simplement élevé mais harmonieux.
- En recherche épidémiologique et fondamentale : Il offre une métrique unifiée pour estimer la prévalence réelle du trouble dans des populations générales ou cliniques sans biaiser l’échantillonnage par des notions moralisatrices d’« addiction sexuelle ».
- En pharmacovigilance et suivi psychothérapeutique : Il propose un cadre standardisé permettant d’évaluer la rémission des symptômes sous l’effet de thérapies cognitivo-comportementales (TCC), d’interventions basées sur la pleine conscience ou de traitements pharmacologiques ciblant l’impulsivité.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le CSBD-DI est le Trouble du comportement sexuel compulsif (TCSC). Au plan nosologique, ce trouble se définit comme un schéma persistant d’incapacité à contrôler des pulsions sexuelles intenses et répétitives, entraînant des comportements sexuels itératifs qui interfèrent gravement avec la vie de l’individu. Contrairement aux approches populaires non scientifiques de l’addiction sexuelle, le construit ne qualifie pas un comportement de pathologique en fonction de sa nature (ex. consommation de pornographie, masturbation, rapports consensuels multiples), mais exclusivement au regard de la perte de contrôle, de la chronicité et des conséquences délétères.
L’architecture conceptuelle initiale du CSBD-DI explore plusieurs dimensions fondamentales :
Perte de contrôle comportemental (Impaired Control)
Cette dimension constitue le noyau sémiologique du trouble. Elle renvoie à l’expérience subjective et objective de multiples tentatives infructueuses pour réduire, limiter ou stopper les activités sexuelles. L’individu constate une rupture récurrente entre son intention déclarée et son comportement effectif (par exemple, planifier de ne pas consommer de matériel pornographique ou de ne pas solliciter de partenaires sexuels, mais y consacrer plusieurs heures de manière involontaire).
Détresse cliniquement significative (Subjective Distress)
Le trouble implique une détresse psychologique aiguë qui découle directement des pulsions, des pensées ou des conduites sexuelles. Cette détresse ne doit pas résulter uniquement d’un sentiment de culpabilité morale ou religieuse vis-à-vis d’une sexualité normative, mais d’une souffrance existentielle liée à l’impuissance face au comportement et à la désorganisation de l’existence.
Altération fonctionnelle et conséquences adverses (Functional Impairment & Adverse Consequences)
Le construit capture la poursuite obstinée des comportements sexuels en dépit des risques majeurs encourus (menaces sur l’emploi, rupture maritale, contamination par des infections sexuellement transmissibles, problèmes financiers ou légaux). Le comportement sexuel supplante les obligations fondamentales de la vie quotidienne.
Prépondérance et saillance de la sexualité (Salience & Neglect)
Cette composante traduit le phénomène par lequel l’activité sexuelle devient le point focal de l’existence de l’individu. Les autres sphères vitales — soins personnels, hygiène de vie, loisirs, relations familiales et engagements professionnels — sont marginalisées ou totalement négligées au profit de la planification, de l’exécution ou de la récupération consécutive aux activités sexuelles.
Diminution de la satisfaction (Diminished Satisfaction)
Caractéristique diagnostique clé propre à la CIM-11, cette dimension reflète un processus d’automatisme compulsif où le sujet continue de s’engager compulsivement dans le comportement sexuel tout en n’en retirant que peu ou pas de plaisir ou de gratification érotique. Le comportement perd sa valence hédonique positive pour devenir une compulsion rigide.
Régulation émotionnelle et coping négatif (Emotion Regulation / Coping)
Héritée des critères du trouble hypersexuel du DSM-5, cette facette concerne l’utilisation du comportement sexuel comme mécanisme d’évitement ou d’apaisement d’états affectifs dysphoriques (anxiété, dépression, ennui, stress). Bien que cliniquement pertinente, la modélisation factorielle de Grubbs et al. (2023) a démontré que ces items s’écartent du noyau compulsif strict ; ainsi, la version optimale à 7 items du CSBD-DI exclut ces composantes de coping pour se focaliser sur l’impulsivité/compulsivité pure.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique sous-jacent au CSBD-DI s’articule autour des neurosciences cognitives, de la nosologie psychiatrique moderne et des modèles contemporains des addictions comportementales et des troubles du contrôle des impulsions.
Historiquement, deux grands paradigmes théoriques se sont opposés pour expliquer les conduites sexuelles excessives :
- Le modèle addictif classique : Popularisé initialement par Patrick Carnes dans les années 1980, ce modèle postule une trajectoire analogue à la dépendance aux substances, incluant tolérance, sevrage physique/psychologique et escalade progressive. Bien que séduisante sur le plan clinique, cette conceptualisation manquait d’appuis neurobiologiques solides chez l’humain et souffrait d’un flou diagnostique propice aux jugements moraux.
- Le modèle du trouble hypersexuel (DSM-5) : Proposé par Martin Kafka et Rory Reid pour le DSM-5, ce paradigme mettait l’accent sur une pulsion sexuelle exacerbée couplée à un déficit de régulation émotionnelle (le comportement sexuel utilisé pour gérer le stress ou les affects négatifs). Cependant, l’Association Américaine de Psychiatrie (APA) a rejeté son inclusion dans le DSM-5 par manque de preuves empiriques d’une entité diagnostique distincte.
Le CSBD-DI s’ancre dans le consensus nosographique de l’Organisation mondiale de la santé, qui a formellement intégré le CSBD dans la CIM-11 non pas comme une addiction formelle, mais au sein de la catégorie des Troubles du contrôle des impulsions (Impulse Control Disorders). Ce choix théorique repose sur le fait que la caractéristique déterminante est l’échec récurrent à résister à une impulsion ou envie d’accomplir un acte nuisible pour soi ou autrui, indépendamment du fait que cet acte procure initialement du plaisir.
Au niveau cognitivo-comportemental, le modèle théorique intègre le modèle I-PACE (Interaction of Person-Affect-Cognition-Execution) développé par Matthias Brand et ses collègues (2016, 2019). Selon l’I-PACE, le trouble résulte d’une interaction complexe entre :
- Des vulnérabilités individuelles sous-jacentes (neurobiologiques, tempéramentales, traumatismes précoces) ;
- Des biais cognitifs et une réactivité exacerbée aux stimuli érotiques ;
- Une dégradation progressive des fonctions exécutives d’inhibition dans les circuits fronto-striataux, transformant un comportement initialement orienté vers un but gratifiant (système de récompense dopaminergique) en une routine compulsive et automatisée (système dorsal striatal).
Par ailleurs, les travaux théoriques de Grubbs, Perry et d’autres chercheurs sur l’incongruence morale (moral incongruence model) ont profondément influencé la sélection des items du CSBD-DI. Ce cadre théorique démontre qu’une grande proportion d’individus qui se perçoivent comme « accros au sexe » ou à la pornographie ne présentent aucune perte réelle de contrôle comportemental, mais éprouvent une intense détresse issue du conflit entre leurs valeurs morales/religieuses et leurs pratiques sexuelles privées normatives. Le CSBD-DI a donc été théoriquement conçu pour neutraliser ce biais en posant des questions strictement comportementales portant sur la désorganisation fonctionnelle concrète plutôt que sur la perception morale de soi.
7. Validité / Validity
Les propriétés psychométriques de validité du CSBD-DI ont été évaluées de manière exhaustive à travers deux études majeures englobant des populations représentatives et communautaires diversifiées à l’échelle internationale (Grubbs et al., 2023).
Validité convergente
La validité convergente du CSBD-DI (en particulier sa forme unifactorielle à 7 items) est attestée par des corrélations statistiquement significatives et d’amplitudes modérées à élevées avec les instruments de référence préexistants mesurant l’hypersexualité et la sexualité compulsive :
- Corrélations positives robustes ($r = 0,65$ à $0,75, p < 0,001$) avec l'Hypersexual Behavior Inventory (HBI) et le Brief Compulsive Sexual Behavior Inventory.
- Associations significatives avec des indicateurs comportementaux objectifs, tels que la fréquence hebdomadaire de consommation de pornographie, le temps alloué à la masturbation et le nombre de partenaires sexuels occasionnels.
- Corrélations modérées avec des indices de détresse psychologique générale, d’anxiété et de dépression, confirmant que le construit s’inscrit au sein d’une psychopathologie globale sans s’y réduire.
Validité discriminante
Le CSBD-DI a démontré une capacité remarquable à discriminer la dérégulation sexuelle pathologique des comportements sexuels normatifs à haute fréquence. Dans les échantillons non cliniques, le taux d’approbation des items s’avère particulièrement bas, ce qui confirme que l’échelle ne sur-pathologise pas un intérêt sexuel élevé en l’absence de rupture de contrôle ou de préjudice fonctionnel. De surcroît, les corrélations avec la satisfaction sexuelle globale restent faibles, indiquant que le score ne mesure pas une simple insatisfaction conjugale ou érotique.
Validité de critère et analyse ROC (Receiver Operating Characteristic)
L’exactitude diagnostique et la validité critérielle ont été scrutées à l’aide d’analyses ROC comparant les scores du CSBD-DI à des évaluations cliniques indépendantes :
- L’aire sous la courbe (AUC) a atteint des valeurs excellentes, supérieures à 0,85 dans l’ensemble des cohortes examinées.
- Les analyses ont identifié qu’un score seuil de 1 ou 2 items (approuvés avec le qualificatif temporel « Vrai pendant au moins 6 mois au cours des 12 derniers mois ») constitue le point de coupure optimal pour le dépistage.
- L’utilisation d’un seuil de $ge 1$ confère une sensibilité maximale pour identifier les cas potentiels sans risque d’omission, tandis qu’un seuil de $ge 2$ offre une spécificité accrue, limitant drastiquement les faux positifs pour les protocoles de recherche exigeants.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité du CSBD-DI a fait l’objet d’estimations rigoureuses à travers des indicateurs de consistance interne traditionnels (alpha de Cronbach, $\alpha$) et modernes (oméga de McDonald, $\omega$), ces derniers étant reconnus pour leur précision supérieure face aux violations d’équivalence tau.
Consistance interne
Dans la version optimale à 7 items, les indices de consistance interne se sont révélés hautement satisfaisants à travers l’ensemble des études :
- Échantillons nationaux représentatifs (États-Unis, Pologne, Hongrie) : Les coefficients ont oscillé de manière homogène entre $\alpha = 0,78$ et $\alpha = 0,82$, avec des valeurs d’oméga de McDonald comparables ($\omega = 0,78$ à $0,82$).
- Échantillon communautaire initial (États-Unis, Allemagne, Hongrie) : La consistance interne a présenté un niveau d’acceptabilité robuste avec $\alpha = 0,70$ et $\omega = 0,68$ dans les phases pilotes.
- Échantillon d’étudiants de Malaisie : Les analyses ont révélé des indices légèrement plus modestes mais acceptables, avec des saturations factorielles standardisées restant supérieures à 0,39, reflétant de possibles variations culturelles dans l’expression subjective de la sexualité.
Saturations factorielles des items
À l’exception de l’échantillon universitaire malaisien, l’ensemble des 7 items du noyau CIM-11 a affiché des saturations factorielles standardisées robustes, toutes égales ou supérieures à $lambda = 0,47$ (atteignant pour certains items des valeurs excédant $0,75$), confirmant que chaque item extrait une proportion substantielle de variance commune relative au construit sous-jacent.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture interne du CSBD-DI a été éprouvée par des procédures successives d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), complétées par des tests rigoureux d’invariance de mesure multigroupes.
Structure factorielle confirmatoire (AFC)
Les concepteurs ont comparé deux modèles théoriques concurrents :
- Un modèle à 9 items incorporant les 7 critères cardinaux du TCSC et les 2 items d’adaptation affective (coping).
- Un modèle unidimensionnel à 7 items restreint exclusivement aux critères opérationnels stricts de la CIM-11.
Les résultats ont démontré sans équivoque la supériorité statistique du modèle unidimensionnel à 7 items across all samples. Les indices d’ajustement global pour la structure à 7 items se sont révélés exemplaires selon les standards méthodologiques de Hu et Bentler :
- Indice de comparabilité (CFI, Comparative Fit Index) $> 0,95$ ;
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) $> 0,95$ ;
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA, Root Mean Square Error of Approximation) $< 0,06$ ;
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) $< 0,04$.
Les items 8 et 9 de la version originale à 9 items (portant sur l’usage du comportement sexuel pour faire face au stress ou aux affects négatifs) présentaient des résidus corrélés et une divergence conceptuelle, justifiant leur exclusion de la version finale recommandée pour l’évaluation diagnostique directe.
Invariance de mesure transculturelle et de genre
L’une des contributions majeures du CSBD-DI réside dans la démonstration empirique de son invariance de mesure :
- Invariance transculturelle : L’invariance stricte (invariance résiduelle) a été confirmée à travers les échantillons représentatifs nationaux des États-Unis, de Hongrie et de Pologne. Ce résultat atteste que la signification psychologique du construit, les seuils de réponse aux items et les variances d’erreur sont strictement équivalents d’une nation à l’autre, autorisant des comparaisons directes de moyennes latentes.
- Invariance selon le genre : Une invariance scalaire (forte) a été établie entre hommes et femmes, garantissant que l’instrument évalue le construit de la même façon quel que soit le sexe du participant, sans biais d’atténuation ou d’amplification différentielle des scores.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’inventaire diagnostique du trouble du comportement sexuel compulsif (CSBD-DI) se présente sous un format structuré d’auto-évaluation conçu pour une passation rapide en recherche comme en pratique clinique :
- Type de test : Instrument de dépistage clinique standardisé (Original Screener).
- Nombre d’items :
- 9 items dans le pool complet de recherche (incluant les items de coping).
- 7 items dans la version diagnostique officielle recommandée et validée pour la CIM-11.
- Format de réponse : Échelle ordinale en 3 points ancrée sur des temporalités cliniques précises :
- « This has been true for at least 6 months during the last 12 months » (Coté 2 points pour présence du critère clinique actif)
- « This has been true in my lifetime but not during the last 12 months » (Coté 1 point pour présence historique de rémission)
- « This has never been true of me » (Coté 0 point pour absence totale)
- Population cible : Adultes âgés de 18 ans et plus (hommes, femmes, minorités de genre).
- Modes de passation : Auto-questionnaire informatisé en ligne, formulaire papier-crayon ou passation assistée par le praticien.
- Durée moyenne de passation : 2 à 4 minutes.
- Cotation et interprétation :
- Score continu : Somme arithmétique des items validés au cours des 6 derniers mois.
- Algorithme diagnostique de dépistage : L’endossement de 1 ou 2 critères ou plus comme étant vrais pendant au moins 6 mois au cours des 12 derniers mois signale un risque élevé de trouble du comportement sexuel compulsif nécessitant un examen clinique exhaustif.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 2023.
- Coût d’utilisation : Gratuit (aucun frais de licence pour la recherche académique et l’exercice clinique sans but lucratif).
- Permissions et droits d’auteur : Les droits moraux et de propriété intellectuelle appartiennent aux auteurs originaux (Joshua B. Grubbs et collaborateurs). L’utilisation dans le cadre de protocoles d’essais cliniques commerciaux, d’études industrielles ou de distributions logicielles tierces requiert l’autorisation explicite de l’auteur de correspondance (Joshua B. Grubbs, Ph.D.).
- Versions linguistiques validées : Anglais, Allemand, Hongrois, Polonais.
12. Références / References
- Bőthe, B., Kovács, L. N., Tóth-Király, I., Reid, R. C., Griffiths, M. D., Orosz, G., & Demetrovics, Z. (2018). The development of the Compulsive Sexual Behavior Inventory (CSBI): A psychometric investigation. Journal of Sex Research, 55(4–5), 587–600. https://doi.org/10.1080/00224499.2017.1332152
- Brand, M., Young, K. S., Laier, C., Wölfling, K., & Potenza, M. N. (2016). Integrating psychological and neurobiological considerations regarding internet addiction based on a dual-process model: The Theoretical Interaction of Person-Affect-Cognition-Execution (I-PACE) model. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 71, 252–266. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2016.08.018
- Brand, M., Wegmann, E., Stark, R., Müller, A., Wölfling, K., Robbins, T. W., & Potenza, M. N. (2019). The Theoretical Interaction of Person-Affect-Cognition-Execution (I-PACE) model: An updated conceptualization of internet-use disorders. Frontiers in Psychiatry, 10, 676. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2019.00676
- Grubbs, J. B., Reid, R. C., Bőthe, B., Demetrovics, Z., Coleman, E., Gleason, N., Miner, M. H., Fuss, J., Klein, V., Lewczuk, K., Gola, M., Fernandez, D. P., Fernandez, E. F., Carnes, S., Lew-Starowicz, M., Kingston, D., & Kraus, S. W. (2023). Assessing compulsive sexual behavior disorder: The development and international validation of the Compulsive Sexual Behavior Disorder Diagnostic Inventory (CSBD-DI). Journal of Behavioral Addictions, 12(1), 242–260. https://doi.org/10.1556/2006.2023.00005
- Kafka, M. P. (2010). Hypersexual disorder: A proposed diagnosis for DSM-V. Archives of Sexual Behavior, 39(2), 377–400. https://doi.org/10.1007/s10508-009-9574-7
- Kraus, S. W., Krueger, R. B., Briken, P., First, M. B., Stein, D. J., Kaplan, M. S., Voon, V., Abdo, C. H. N., Grant, J. E., Heylens, G., & Reed, G. M. (2018). Compulsive sexual behaviour disorder in the ICD-11. World Psychiatry, 17(1), 109–110. https://doi.org/10.1002/wps.20499
- Reid, R. C., Garos, S., & Carpenter, B. N. (2011). Reliability, validity, and psychometric development of the Hypersexual Behavior Inventory in an outpatient sample of men. Sexual Addiction & Compulsivity, 18(1), 30–51. https://doi.org/10.1080/10720162.2011.555709
- World Health Organization. (2019). International statistical classification of diseases and related health problems (11th ed.). World Health Organization. https://icd.who.int/