Test des attitudes alimentaires pour enfants (ChEAT)

Le Children’s Eating Attitudes Test (ChEAT) est une échelle psychométrique pédiatrique de référence conçue pour dépister les troubles du comportement alimentaire chez les enfants et préadolescents âgés de 8 à 15 ans.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 16, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 16, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Children’s Eating Attitudes Test (ChEAT) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer l’intensité des attitudes et comportements alimentaires perturbés chez les enfants et préadolescents âgés de 8 à 15 ans. Développé par Michael J. Maloney et ses collaborateurs à la fin des années 1980 (Maloney et al., 1988, 1989), le ChEAT constitue une adaptation pédiatrique directe du célèbre Eating Attitudes Test (EAT-26) élaboré par David Garner et Paul Garfinkel (1979, 1982). L’instrument se compose de 26 items rédigés dans un niveau de langage simplifié et adapté au développement cognitif de l’enfance, avec une modalité d’administration flexible (auto-passation supervisée ou lecture à voix haute par le praticien). Les énoncés sont évalués à l’aide d’une échelle de type Likert à six points, convertie selon une cotation asymétrique clinique allant de 0 à 3 points par item (les options « Jamais », « Rarement » et « Parfois » recevant une note de 0, tandis que « Souvent », « Très souvent » et « Toujours » reçoivent respectivement 1, 2 et 3 points ; l’item 25 faisant l’objet d’une inversion de cotation).

Sur le plan structural, les analyses factorielles (notamment celles de Smolak et Levine, 1994) identifient généralement quatre dimensions cliniques majeures : la pratique du régime restrictif (Dieting), les conduites de restriction et de purge (Restricting and Purging), les préoccupations alimentaires intrusives (Food Preoccupation), et le contrôle oral rigide (Oral Control). Un score total égal ou supérieur au seuil clinique de 20 points (correspondant à une moyenne de 0,77 par item) indique une détresse alimentaire significative et justifie un examen diagnostique approfondi mené par des professionnels de la santé mentale pédiatrique. Les propriétés psychométriques de l’instrument démontrent une excellente cohérence interne (alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,76 et 0,90 selon les cohortes) ainsi qu’une fidélité test-retest substantielle. Le ChEAT est largement reconnu au niveau mondial comme l’un des outils de référence pour le dépistage épidémiologique et clinique précoce des troubles du comportement alimentaire (TCA) en milieu scolaire et hospitalier.

2. Mots-clés / Keywords

Troubles des conduites alimentaires, ChEAT, pédiatrie, psychométrie, anorexie mentale, boulimie nerveuse, dépistage scolaire, image corporelle, restriction cognitive, validité factorielle.

3. Auteurs / Authors

Le développement initial du ChEAT a été conduit par une équipe interdisciplinaire de pédopsychiatres, pédiatres et épidémiologistes de l’Université de Cincinnati et du Cincinnati Children’s Hospital Medical Center (Ohio, États-Unis) :

  • Michael J. Maloney, MD : Professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Division of Child and Adolescent Psychiatry, Cincinnati Children’s Hospital Medical Center, University of Cincinnati College of Medicine. Expert pionnier dans la caractérisation clinique de l’anorexie mentale prépubère et de la dysmorphophobie infantile.
  • Joseph B. McGuire, MA, PhD : Chercheur associé en psychologie clinique du développement, impliqué dans la validation empirique et l’évaluation psychométrique des attitudes corporelles chez les enfants d’âge scolaire.
  • Stephen R. Daniels, MD, PhD : Pédiatre et épidémiologiste clinique, Cincinnati Children’s Hospital Medical Center, spécialiste des déterminants de santé cardiométabolique et nutritionnelle chez l’enfant et l’adolescent.
  • Bonny Specker, PhD : Biostatisticienne et épidémiologiste pédiatrique, ayant supervisé les analyses statistiques et l’évaluation des distributions populationnelles des comportements de restriction dans les cohortes scolaires fondatrices.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental du Children’s Eating Attitudes Test est d’offrir une méthodologie rigoureuse, standardisée et accessible pour dépister les attitudes pathogènes à l’égard de la nourriture, du poids et de la silhouette corporelle chez les jeunes enfants et les préadolescents. Jusqu’aux travaux de Maloney et ses collaborateurs en 1988, les troubles du comportement alimentaire étaient quasi-exclusivement conceptualisés et mesurés auprès de populations d’adolescentes âgées de plus de 15 ans et de jeunes femmes adultes. Cependant, l’émergence croissante de cas d’anorexie mentale prépubère et la prolifération de conduites restrictives dès l’école primaire ont mis en lumière un vide métrologique critique : les instruments pour adultes présentaient un niveau de lecture trop complexe, des concepts abstraits inadaptés et des métaphores cognitives inaccessibles aux enfants de 8 à 11 ans.

Le ChEAT a été élaboré pour combler cette lacune en simplifiant les formulations linguistiques de l’EAT-26 sans en altérer la substance clinique. Il s’applique à la fois dans les contextes de recherche épidémiologique à large échelle et dans les démarches cliniques individuelles. En milieu épidémiologique et scolaire, il permet d’évaluer la prévalence de l’intériorisation de l’idéal de minceur, de la peur de grossir et des comportements de purge au sein de cohortes communautaires non sélectionnées. Il offre ainsi aux décideurs de santé publique la possibilité de cartographier la détresse pondérale dès le début de la scolarité élémentaire et d’évaluer l’impact des campagnes de prévention primaire axées sur l’estime de soi corporelle et l’éducation nutritionnelle.

Dans le domaine clinique, le ChEAT ne prétend pas poser à lui seul un diagnostic psychiatrique formel selon les critères du DSM-5-TR (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) ou de la CIM-11. Il fonctionne plutôt comme un système d’alerte précoce à haute sensibilité (screening tool). Tout score supérieur au seuil clinique signale une vulnérabilité psychopathologique majeure qui impose une consultation pédiatrique et pédopsychiatrique approfondie. L’outil s’avère particulièrement utile pour dépister les formes frustes, atypiques ou précoces de l’anorexie mentale, de la boulimie nerveuse et des troubles de l’alimentation de type restriction/évitement (ARFID avec composante d’anxiété corporelle), facilitant ainsi une prise en charge multidisciplinaire avant que les séquelles somatiques (ralentissement de la courbe staturo-pondérale, retards pubertaires, ostéopénie précoce) ne deviennent irréversibles.

5. Construit psychologique / Construct

Le ChEAT quantifie un construit multidimensionnel englobant les distorsions cognitives, les réponses émotionnelles dysphoriques et les patterns comportementaux mésadaptés liés à l’alimentation, à la régulation du poids et à l’image du corps. Selon les travaux de conceptualisation et de validation structurale (Maloney et al., 1988 ; Smolak & Levine, 1994), ce construit central s’articule autour de quatre dimensions fondamentales complémentaires :

1. La pratique du régime restrictif (Dieting)

Cette composante explore l’adhésion cognitive et comportementale à des régimes amaigrissants rigides. Chez l’enfant, cette dimension se traduit par la hantise du surpoids, une volonté constante d’amincissement et une hypervigilance quant aux apports énergétiques. Les enfants qui s’inscrivent fortement dans cette dimension adoptent des croyances d’évitement systématique vis-à-vis d’aliments perçus comme « engraissants » (notamment les glucides complexes et les sucres rapides). Elle inclut également l’utilisation de l’exercice physique non pas comme une activité ludique ou sportive de socialisation, mais comme un mécanisme compulsif destiné à « brûler » les calories ingérées (ex. Item 1 : « I am scared about being overweight » ; Item 12 : « I think about burning up energy (calories) when I exercise » ; Item 17 : « I eat diet foods »).

2. La restriction et la purge (Restricting and Purging)

Cette sous-échelle évalue les formes les plus sévères de dérégulation comportementale orientées vers l’élimination des calories ou le jeûne auto-imposé. Chez les préadolescents, l’émergence d’impulsions de vomissement auto-induit après les repas ou la présence de sentiments accablants de culpabilité postprandiale témoigne d’une psychopathologie alimentaire déjà avancée. Ce facteur capte également l’attrait pathologique pour la sensation de vacuité corporelle, où l’enfant éprouve une satisfaction subjective à « avoir l’estomac vide », assimilant la faim physique à une victoire morale sur ses besoins biologiques fondamentaux (ex. Item 9 : « I vomit after I have eaten » ; Item 10 : « I feel very guilty after eating » ; Item 24 : « I like my stomach to be empty » ; Item 26 : « I have the urge to vomit after eating »).

3. La préoccupation alimentaire intrusive (Food Preoccupation)

La préoccupation alimentaire reflète la surcharge cognitive et obsessionnelle générée par la nourriture. Chez l’enfant en restriction chronique ou en proie à des épisodes de frénésie alimentaire (hyperphagie boulimique), les pensées relatives aux aliments deviennent envahissantes au point de parasiter les activités scolaires, récréatives et familiales. Les items associés à ce facteur investiguent la perception de perte de contrôle subjectif au cours de crises alimentaires incontrôlées (eating binges) et le sentiment aliénant que la nourriture gouverne l’existence quotidienne (ex. Item 3 : « I think about food a lot of the time » ; Item 4 : « I have gone on eating binges where I feel that I could not stop eating » ; Item 18 : « I feel that food controls my life »).

4. Le contrôle oral et social (Oral Control)

Cette dimension rend compte des rituels obsessionnels déployés durant la prise de repas et de la réactivité de l’enfant face aux pressions extérieures exercées par les parents ou l’entourage éducatif. Les enfants présentant des scores élevés sur ce facteur manifestent des comportements d’extrême lenteur à table, coupent compulsivement leur nourriture en minuscules fractions afin de masquer la faiblesse des quantités absorbées, et perçoivent une coercition constante de leur environnement familial les enjoignant à manger davantage (ex. Item 5 : « I cut my food into small pieces » ; Item 8 : « I feel that others would like me to eat more » ; Item 15 : « I take longer than others to eat my meals » ; Item 20 : « I feel that others pressure me to eat »).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le soubassement théorique du ChEAT s’inscrit au carrefour de la théorie cognitivo-comportementale des troubles des conduites alimentaires (Fairburn, Cooper, & Shafran, 2003), du modèle socioculturel tripartite de l’influence de l’apparence physique (Thompson et al., 1999) et des théories du développement cognitif de Jean Piaget.

Dans le modèle cognitivo-comportemental classique de Fairburn, le noyau psychopathologique central de l’anorexie et de la boulimie repose sur un schéma de surévaluation de la silhouette, du poids et de leur contrôle. Alors qu’un individu standard évalue sa valeur personnelle à travers une multitude de domaines (performances académiques, relations amicales, créativité, aptitudes sportives), l’individu vulnérable aux TCA subordonne l’ensemble de son auto-évaluation à sa capacité à maintenir un corps excessivement mince. Le travail de Maloney et collaborateurs a démontré que cette organisation cognitive dysfonctionnelle ne survient pas ex nihilo à l’adolescence, mais trouve ses racines dès l’enfance moyenne (stade des opérations concrètes de Piaget, entre 7 et 11 ans). À cet âge, la pensée de l’enfant est encore dominée par des catégorisations binaires (« bon aliment » versus « mauvais aliment », « corps mince = beau et populaire » versus « corps gros = laid et rejeté »), ce qui potentialise l’émergence d’une restriction cognitive rigide en l’absence de recul métacognitif suffisant.

Parallèlement, le modèle socioculturel tripartite postule que la détresse corporelle résulte de la pression conjointe exercée par trois vecteurs majeurs de socialisation : les pairs, la famille et les médias. Dès l’école élémentaire, les enfants sont exposés à des stéréotypes anti-gros virulents (weight stigma) véhiculés par leurs camarades de classe, ainsi qu’aux régimes restrictifs observés chez leurs figures parentales (Smolak, 2004). Le ChEAT capture précisément l’intériorisation précoce de ces normes socioculturelles de minceur et la transformation de cette pression socioculturelle en comportements compensatoires pathogènes (évitement alimentaire, purges, culpabilité).

L’adaptation développementale orchestrée par Maloney et al. a également nécessité la prise en compte de la théorie du développement affectif de l’enfant. Les manifestations somatiques et l’angoisse de séparation ou de performance peuvent s’exprimer sous forme de refus alimentaire. En intégrant des items portant sur les pressions relationnelles perçues (« Les autres aimeraient que je mange plus »), le ChEAT intègre la nature profondément systémique et interpersonnelle de l’acte alimentaire dans l’enfance, où le repas constitue le théâtre principal des dynamiques de contrôle entre l’enfant et l’autorité parentale.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du ChEAT a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques transversales et longitudinales, corroborant la solidité de ses qualités métrologiques à travers diverses cultures et contextes cliniques.

Validité de construit

La validité de construit du ChEAT a été établie initialement par Maloney et al. (1988, 1989) auprès d’un échantillon non clinique de 318 enfants scolarisés du CE2 à la classe de 4e (grades 3 à 8). Les analyses ont révélé des corrélations hautement significatives entre les scores au ChEAT et le désir d’amincissement auto-rapporté, ainsi qu’avec les scores d’anxiété et de dépression mesurés par des instruments pédiatriques standardisés tels que le Children’s Depression Inventory (CDI de Kovacs). De plus, l’échelle a mis en évidence des patterns différentiels cohérents selon le sexe et l’âge : les scores moyens ont tendance à augmenter significativement chez les filles à l’approche de la puberté, reflétant l’intensification des pressions esthétiques socioculturelles, alors que les scores des garçons demeurent globalement plus stables.

Validité convergente et discriminante

Dans l’étude approfondie menée par Smolak et Levine (1994) auprès de 308 collégiennes, le score total du ChEAT a présenté de fortes corrélations convergentes avec l’échelle d’insatisfaction corporelle (Body Dissatisfaction, $r = 0,58$, $p < 0,001$) et la quête de minceur (Drive for Thinness, $r = 0,72$, $p < 0,001$) de l'Eating Disorder Inventory (EDI). Concernant la validité discriminante, des études comparatives entre des populations cliniques recevant des soins pour anorexie mentale pédiatrique et des groupes contrôles appariés issus de la communauté ont démontré que le ChEAT discriminait avec succès les deux groupes avec une taille d’effet remarquable (d de Cohen supérieur à 1,20). L’échelle distingue également de manière probante les enfants ayant des conduites de purge actives de ceux manifestant uniquement des difficultés nutritionnelles non spécifiques liées au reflux gastro-œsophagien ou à des aversions sensorielles.

Sensibilité et spécificité du score seuil

Le seuil décisionnel de 20 points, repris de l’EAT-26 pour adultes (Garner et al., 1982), a été testé empiriquement en population pédiatrique. Les travaux épidémiologiques indiquent que ce cut-off de 20 offre un compromis optimal entre sensibilité (détection de plus de 85 % des enfants répondant ultérieurement aux critères diagnostiques d’un TCA) et spécificité (environ 90 % d’exclusion des enfants non pathologiques). Néanmoins, certains chercheurs (ex. Kelly et al., 2005) recommandent d’interpréter avec prudence les scores situés entre 15 et 19 chez les enfants les plus jeunes (8-9 ans), pour qui une détresse alimentaire naissante peut se manifester par des scores sous-seuil en raison d’un vocabulaire encore restreint ou d’une compréhension partielle de certains items d’abstraction métabolique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité du ChEAT a été rigoureusement attestée à travers l’évaluation de sa cohérence interne et de sa stabilité temporelle dans de multiples cohortes internationales.

Cohérence interne

Dans l’étude princeps de Maloney et al. (1988), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 26 items atteignait $\alpha = 0,76$ au sein d’une cohorte scolaire hétérogène de garçons et de filles. Lorsque l’administration a été répliquée chez des adolescentes de collège par Smolak et Levine (1994), la cohérence interne globale s’est élevée à un niveau excellent de $\alpha = 0,89$. Les coefficients de cohérence interne des quatre sous-échelles factorielles se distribuent généralement de la façon suivante dans la littérature :

  • Régime (Dieting) : $\alpha = 0,82 – 0,88$, témoignant d’une excellente homogénéité thématique des items centrés sur la privation calorique.
  • Restriction et Purge (Restricting and Purging) : $\alpha = 0,68 – 0,77$, une valeur satisfaisante compte tenu du caractère de faible fréquence d’apparition (faible prévalence de base) des conduites purgatives à cet âge.
  • Préoccupation alimentaire (Food Preoccupation) : $\alpha = 0,70 – 0,79$.
  • Contrôle oral (Oral Control) : $\alpha = 0,60 – 0,69$, reflétant une variabilité plus large dans les motifs comportementaux de lenteur ou de découpage des aliments chez l’enfant.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été mesurée par Maloney et al. (1988) auprès d’un sous-échantillon d’enfants réévalués après un intervalle de trois semaines. Le coefficient de corrélation de Pearson test-retest s’est établi à $r = 0,81$ ($p < 0,001$), indiquant une stabilité robuste des réponses dans le temps sans fluctuation erratique indue. Des études ultérieures évaluant la stabilité du ChEAT sur des intervalles allant de 2 semaines à 6 mois ont confirmé que les attitudes dysfonctionnelles mesurées par l'outil représentent des traits cognitifs relativement stables chez le jeune plutôt que de simples états émotionnels transitoires.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’exploration de la structure latente du ChEAT a fait l’objet de plusieurs analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) au fil des décennies, venant affiner l’architecture dimensionnelle du test en fonction de l’âge des participants.

Structure originale et modèle de Smolak & Levine (1994)

L’analyse factorielle exploratoire princeps utilisant une rotation orthogonale (Varimax) menée par Smolak et Levine (1994) auprès de 308 jeunes filles a dégagé une solution à quatre facteurs majeurs expliquant environ 45 % de la variance totale des scores. La répartition des items et leurs saturations principales ($loadings$) se décomposent comme suit :

  • Facteur 1 : Régime (Dieting) — Composé de 12 items (1, 2, 6, 10, 11, 12, 14, 16, 17, 22, 23, 24). Ce facteur concentre les saturations les plus fortes de l’échelle, les items 11 (« désir d’être plus mince ») et 14 (« pensée d’avoir de la graisse ») affichant des saturations supérieures à 0,65.
  • Facteur 2 : Restriction et Purge (Restricting and Purging) — Composé de 9 items (2, 7, 9, 10, 17, 22, 23, 24, 26). Ce facteur partage certains items avec le facteur Régime (notamment l’évitement alimentaire et la culpabilité), mais se distingue nettement par les items portant sur le vomissement provoqué (items 9 et 26, saturations respectives de 0,72 et 0,78).
  • Facteur 3 : Préoccupation alimentaire (Food Preoccupation) — Composé de 5 items (3, 4, 18, 20, 21). L’item 18 (« le sentiment que la nourriture contrôle ma vie ») et l’item 4 (« crises de gloutonnerie ») présentent des saturations modérées à fortes (0,52 à 0,68).
  • Facteur 4 : Contrôle oral (Oral Control) — Composé de 4 items (8, 13, 15, 20). Ce facteur isole les comportements d’opposition passive et de régulation environnementale du repas (ex. Item 8 : « Les autres aimeraient que je mange plus » avec une saturation de 0,61).

Analyses factorielles confirmatoires et modèles alternatifs

Dans des validations transculturelles ultérieures (par exemple les études hispanophones de Sancho et al., 2007, et francophones en milieu pédiatrique canadien et européen), des structures alternatives à 3, 4 ou 5 facteurs ont été discutées. Les modèles d’équations structurelles (SEM) révèlent que l’intercorrélation élevée entre les facteurs Régime et Restriction/Purge incite fréquemment certains cliniciens à fusionner ces deux dimensions dans les analyses épidémiologiques simplifiées. Néanmoins, le modèle tétradimensionnel de Smolak et Levine demeure la structure canonique la plus documentée, attestée par des indices d’adéquation robustes (CFI > 0,90 ; TLI > 0,88 ; RMSEA < 0,06) dans les tranches d'âge de 10 à 15 ans.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé à 26 énoncés auto-administré ou lu oralement :

  • Format d’administration : Auto-passation individuelle ou collective en classe. Pour les enfants de 8 à 10 ans ou ceux présentant des difficultés de lecture, une passation individuelle assistée avec lecture orale systématique de chaque énoncé par le psychologue ou le clinicien est formellement requise.
  • Nombre d’items : 26 questions formulées à la première personne du singulier.
  • Temps de passation : Approximativement 10 à 15 minutes.
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale à six points comportant les ancres suivantes : Never (Jamais), Rarely (Rarement), Sometimes (Parfois), Often (Souvent), Very Often (Très souvent), Always (Toujours).
  • Système de cotation (Scoring) : Les items ne sont pas cotés de manière linéaire continue de 1 à 6, mais selon une grille clinique asymétrique (0-3) pénalisant uniquement les patterns pathogènes réguliers :
    • Pour les items standards (Items 1 à 24, et Item 26) :
      • Toujours (Always) = 3 points
      • Très souvent (Very Often) = 2 points
      • Souvent (Often) = 1 point
      • Parfois (Sometimes) = 0 point
      • Rarement (Rarely) = 0 point
      • Jamais (Never) = 0 point
    • Pour l’item inversé (Item 25 : « I enjoy trying new rich foods ») :
      • Jamais (Never) = 3 points
      • Rarement (Rarely) = 2 points
      • Parfois (Sometimes) = 1 point
      • Souvent (Often) = 0 point
      • Très souvent (Very Often) = 0 point
      • Toujours (Always) = 0 point
  • Calcul du score total et des sous-échelles : Le score global s’obtient par la somme arithmétique directe des 26 items (score compris entre 0 et 78 points). Des scores moyens par sous-échelle (entre 0 et 3) peuvent être calculés en divisant la somme des items du facteur par le nombre total d’items qui le composent.
  • Seuil d’alerte clinique (Cut-off) : Un score total supérieur ou égal à 20 points (équivalent à un score moyen global de 0,77) est conventionnellement adopté pour désigner une symptomatologie alimentaire perturbée nécessitant une prise en charge évaluative immédiate.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1988 (première publication de faisabilité psychométrique dans le Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry) et 1989 (étude épidémiologique princeps dans la revue Pediatrics).
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : Le Children’s Eating Attitudes Test relève du domaine public scientifique pour une utilisation en milieu de recherche académique et en pratique clinique non commerciale. Aucuns frais de licence ou redevance financière ne sont exigés pour la reproduction de l’échelle originale.
  • Conditions d’utilisation : Les chercheurs et cliniciens sont tenus de citer explicitement les articles de référence de Maloney et al. (1988, 1989) ainsi que ceux de Garner et al. (1982). Toute modification substantielle du libellé des énoncés ou altération de l’algorithme de cotation requiert une revalidation psychométrique spécifique.

12. Références / References

Les sources bibliographiques majeures régissant la conception, la validation et l’évaluation psychométrique du ChEAT sont les suivantes :

  • Fairburn, C. G., Cooper, Z., & Shafran, R. (2003). Cognitive behaviour therapy for eating disorders: A « transdiagnostic » theory and treatment. Behaviour Research and Therapy, 41(5), 509–528. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(02)00088-8
  • Garner, D. M., & Garfinkel, P. E. (1979). The Eating Attitudes Test: An index of the symptoms of anorexia nervosa. Psychological Medicine, 9(2), 273–279. https://doi.org/10.1017/s0033291700030762
  • Garner, D. M., Olmsted, M. P., Bohr, Y., & Garfinkel, P. E. (1982). The Eating Attitudes Test: Psychometric features and clinical correlates. Psychological Medicine, 12(4), 871–878. https://doi.org/10.1017/s0033291700049163
  • Kelly, C., Ricciardelli, L. A., & Clarke, J. D. (2005). The Children’s Eating Attitudes Test (ChEAT): Factor structure and parent-child agreement. International Journal of Eating Disorders, 38(3), 253–257. https://doi.org/10.1002/eat.20173
  • Maloney, M. J., McGuire, J. B., & Daniels, S. R. (1988). Reliability testing of a children’s version of the Eating Attitude Test. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 27(5), 541–543. https://doi.org/10.1097/00004583-198809000-00004
  • Maloney, M. J., McGuire, M., Daniels, S. R., & Specker, B. (1989). Dieting behavior and eating attitudes in children. Pediatrics, 84(3), 482–489. https://doi.org/10.1542/peds.84.3.482
  • Sancho, C., Asorey, O., Delgado, J., & Perez-Pareja, J. (2007). Factor structure and psychometric properties of the Children’s Eating Attitudes Test in a Spanish sample. European Eating Disorders Review, 15(6), 465–474. https://doi.org/10.1002/erv.798
  • Smolak, L. (2004). Body image in children and adolescents: where do we go from here? Body Image, 1(1), 15–28. https://doi.org/10.1016/S1740-1445(03)00008-1
  • Smolak, L., & Levine, M. P. (1994). Psychometric properties of the Children’s Eating Attitudes Test. International Journal of Eating Disorders, 16(3), 275–282. https://doi.org/10.1037/10312-000

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:
6-point scale: Always (3), Very Often (2), Often (1), Sometimes (0), Rarely (0), Never (0) [Item 25 is reverse-scored: Always (0), Very Often (0), Often (0), Sometimes (1), Rarely (2), Never (3)]

Instructions: Please pick the word that best applies to each statement below.

  1. I am scared about being overweight.
  2. I stay away from eating when I am hungry.
  3. I think about food a lot of the time.
  4. I have gone on eating binges where I feel that I could not stop eating.
  5. I cut my food into small pieces.
  6. I am aware of the energy (calorie) content in foods that I eat.
  7. I try to stay away from foods such as breads, potatoes, and rice.
  8. I feel that others would like me to eat more.
  9. I vomit after I have eaten.
  10. I feel very guilty after eating.
  11. I am occupied with a desire to be thinner.
  12. I think about burning up energy (calories) when I exercise.
  13. Other people think that I am too thin.
  14. I am occupied with the thought of having fat on my body.
  15. I take longer than others to eat my meals.
  16. I stay away from foods with sugar in them.
  17. I eat diet foods.
  18. I feel that food controls my life.
  19. I can show self-control around food.
  20. I feel that others pressure me to eat.
  21. I give too much time and thought to food.
  22. I feel uncomfortable after eating sweets.
  23. I engage in dieting behavior.
  24. I like my stomach to be empty.
  25. I enjoy trying new rich foods.
  26. I have the urge to vomit after eating.
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Looti, M. (2026, octobre 16). Test des attitudes alimentaires pour enfants (ChEAT). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=childrens-eating-attitudes-test-cheat
Looti, Mohammed. “Test des attitudes alimentaires pour enfants (ChEAT).” Base de données de psychologie en français, 16 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=childrens-eating-attitudes-test-cheat.
Looti, Mohammed. “Test des attitudes alimentaires pour enfants (ChEAT).” Base de données de psychologie en français. octobre 16, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=childrens-eating-attitudes-test-cheat.