1. Résumé / Abstract
Le Catalogue mictionnel / Journal mictionnel (connu en néerlandais sous les appellations Mictielijst, mictiedagboek, plaslijst ou plasdagboek) constitue un instrument de mesure clinimétrique et comportementale fondamental dans l’évaluation clinique des troubles de la continence urinaire et du bas appareil urinaire (LUTS, pour Lower Urinary Tract Symptoms). Développé initialement dans sa configuration semi-quantitative standardisée par Gunnar Larsson et Arne Victor en 1988, puis formalisé et intégré dans les recommandations de kinésithérapie pelvi-périnéologique néerlandaise par Bernards et al. (pour le compte du Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie – KNGF) en 2011, cet outil recueille en temps réel des données écologiques sur le comportement mictionnel individuel. L’instrument permet d’objectiver avec précision le profil mictionnel quotidien, la fréquence diurne et nocturne des mictions, la diurèse globale sur 24 heures, les volumes urinés par épisode, la prévalence et l’intensité des épisodes d’urgence mictionnelle (urgenturie), ainsi que les circonstances mécaniques ou comportementales entourant les fuites urinaires involontaires.
Bien que des protocoles s’étalant de 1 à 14 jours aient été expérimentés historiquement, la version de référence recommandée par le KNGF et la littérature internationale contemporaine repose sur un protocole d’enregistrement de trois jours représentatifs (typiquement deux jours de semaine et un jour de fin de semaine). Le format de réponse combine des mesures quantitatives continues (volumes ingérés et urinés en millilitres via un récipient gradué), des mesures de fréquence (horodatage strict) et des indices qualitatifs ou semi-quantitatifs ordinaux (échelles d’urgence graduées de 0 à 3 et typologie contextuelle des pertes d’urine). D’un point de vue psychométrique et clinimétrique, le journal mictionnel démontre une excellente fidélité test-retest, avec des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) oscillant entre 0,70 et 0,92 pour les variables volumétriques et fréquentielles. Sa validité convergente avec les bilans urodynamiques de référence (cystomanométrie) et les épreuves de pesée de protections (pad-test) est solidement documentée, conférant à cet outil le statut de « gold standard » écologique pour la caractérisation phénotypique de l’incontinence urinaire à l’effort, par urgenturie ou mixte.
2. Mots-clés / Keywords
Catalogue mictionnel, Journal mictionnel, Mictiedagboek, Incontinence urinaire, Vessie hyperactive, Clinimétrie, Évaluation écologique momentanée, Capacité vésicale fonctionnelle, Nycturie, Rééducation pelvi-périnéologique, KNGF, Urodynamique.
3. Auteurs / Authors
L’origine et l’opérationnalisation clinique du catalogue mictionnel résultent des travaux conjoints de chercheurs en gynécologie-urologie et de comités d’experts en physiothérapie pelvienne :
- Gunnar Larsson, MD, PhD : Département d’obstétrique et de gynécologie, Hôpital universitaire d’Uppsala (Akademiska sjukhuset), Université d’Uppsala, Suède. Pionnier de la standardisation des carnets d’enregistrement mictionnel et de l’analyse conjointe du profil pressionnel urétral et des volumes de fuite (Larsson & Victor, 1988).
- Arne Victor, MD, PhD : Professeur associé et clinicien-chercheur, Département d’obstétrique et de gynécologie, Faculté de médecine, Université d’Uppsala, Uppsala, Suède. Spécialiste reconnu de l’épidémiologie clinique de l’incontinence chez la femme et de l’objectivation des thérapeutiques conservatives.
- Adri T. M. Bernards, PT, MSc : Physiothérapeute spécialisé en pelvi-périnéologie, chercheur clinique associé à la Société Royale Néerlandaise de Physiothérapie (Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie – KNGF), Amersfoort, Pays-Bas. Coordonnateur principal de la directive de pratique clinique de 2011 (KNGF-richtlijn Stress urine-incontinentie). Courriel institutionnel : [email protected].
- Groupe de développement de la directive KNGF (2011) : Collectif d’experts cliniciens et méthodologistes néerlandais incluant des kinésithérapeutes pelviens, des urologues et des épidémiologistes ayant adapté, validé et standardisé la version néerlandaise à 3 jours (Mictielijst).
4. Objectif / Purpose
Le Catalogue mictionnel / Journal mictionnel a pour finalité première de pallier les défaillances majeures inhérentes au rappel mnésique rétrospectif lors de l’interrogatoire clinique. En pelvi-périnéologie et en urologie fonctionnelle, les auto-déclarations des patients quant à leur fréquence mictionnelle diurne, au nombre de réveils nocturnes pour uriner (nycturie) ou aux volumes ingérés souffrent d’un biais cognitif substantiel d’estimation, pouvant atteindre 30 % à 50 % de sur- ou sous-évaluation par rapport aux paramètres physiologiques réels. L’objectif fondamental de cet instrument est donc de fournir une mesure objective, écologique et continue du comportement vésico-sphinctérien au sein du cadre de vie habituel du patient.
Sur le plan clinique, l’outil remplit plusieurs fonctions diagnostiques et thérapeutiques essentielles :
- Caractérisation phénotypique de l’incontinence : En consignant simultanément l’horodatage des mictions, la survenue de fuites et l’activité déclenchante (toux, saut, port de charge, rire vs absence d’effort physique mais présence d’un besoin pressant), le journal permet de discriminer cliniquement l’incontinence urinaire d’effort (IUE), l’incontinence urinaire par urgenturie (IUU) et l’incontinence mixte (IUM).
- Évaluation du syndrome de vessie hyperactive (OAB) : Le relevé méticuleux du score d’urgence précédant immédiatement la miction permet de quantifier la composante sensorielle anormale de la contractilité détrusorienne non inhibée.
- Quantification de la capacité vésicale fonctionnelle : Contrairement à la capacité cystomanométrique maximale mesurée de manière artificielle lors d’un examen invasif avec remplissage passif au sérum physiologique, le catalogue mictionnel documente la capacité fonctionnelle journalière, c’est-à-dire le plus grand volume mictionnel évacué spontanément au cours de la vie quotidienne hors premier jet matinal.
- Diagnostic étiologique de la nycturie et de la polyurie : L’outil calcule avec précision la diurèse des 24 heures et fractionne la production d’urine entre la période diurne et la période de repos nocturne. Il permet d’identifier formellement une polyurie globale (> 40 ml/kg sur 24 heures) ou une polyurie nocturne (fraction de la diurèse nocturne excédant 20 % à 33 % de la diurèse totale des 24 heures, selon l’âge du sujet), orientant ainsi vers des pathologies d’origine cardiovasculaire, endocrinienne (apnée du sommeil, diabète insipide, insuffisance cardiaque) plutôt que strictement urologiques.
- Biofeedback comportemental et planification de la rééducation : En kinésithérapie pelvi-périnéologique, la tenue du journal sert de support pédagogique pour le réapprentissage vésical (bladder training). Il offre au patient une prise de conscience de ses apports liquidiens superflus (notamment en substances irritantes pour l’urothélium comme le café, l’alcool ou les sodas théinés) et constitue un repère pour la programmation d’intervalles mictionnels progressifs.
- Indicateur d’efficacité thérapeutique en recherche biomédicale : Le catalogue mictionnel représente le critère de jugement principal (primary endpoint) exigé par les agences réglementaires (EMA, FDA) pour valider l’efficacité des thérapeutiques pharmacologiques (anticholinergiques, agonistes bêta-3 adrénergiques), chirurgicales (bandelettes sous-urétrales, neuromodulation sacrée) ou rééducatives (renforcement musculaire du plancher pelvien).
5. Construit psychologique / Construct
Bien que le catalogue mictionnel soit souvent appréhendé comme un instrument biomédical et fonctionnel, il repose fondamentalement sur le construit psychologique de l’auto-surveillance comportementale (behavioral self-monitoring) et de l’intéroception viscérale. La continence urinaire normale nécessite une boucle de rétroaction sensorimotrice complexe impliquant la détection consciente de la distension vésicale, l’évaluation contextuelle de la convenance sociale de la miction et l’inhibition corticale descendante du réflexe mictionnel. Le catalogue décompose ce comportement global en plusieurs dimensions opérationnelles et interconnectées :
1. Fréquence mictionnelle et rythme circadien
Cette dimension mesure le nombre total d’épisodes mictionnels volontaires sur 24 heures, subdivisé en fréquence diurne (entre le lever et le coucher) et fréquence nocturne (nombre de mictions précédées et suivies d’une période de sommeil). Selon les critères de standardisation de l’International Continence Society (ICS), une fréquence diurne supérieure à 7 ou 8 mictions chez l’adulte traduit une pollakiurie, tandis qu’une valeur de nycturie supérieure ou égale à 1 miction par nuit est considérée comme potentiellement pathologique si elle altère la qualité du sommeil.
2. Capacité vésicale fonctionnelle et profil volumétrique
Cette dimension évalue la régulation homéostatique du volume d’urine emmagasiné avant l’initiation de la vidange vésicale. Elle comprend le volume mictionnel moyen (mean voided volume), le volume mictionnel minimal et le volume mictionnel maximal (qui reflète la capacité fonctionnelle réelle de la vessie). Chez un individu asymptomatique, le volume par miction oscille typiquement entre 250 et 450 ml. Des volumes moyens systématiquement abaissés (< 150 ml) associés à une fréquence élevée signent une hyperactivité vésicale ou une hypersensibilité sensorielle, tandis que des volumes très élevés (> 600 ml) sans sensation de réplétion témoignent d’une hyposensibilité détrusorienne avec risque de rétention chronique.
3. Urgenturie et modulation de l’intéroception vésicale
L’urgenturie est définie par l’ICS comme le besoin soudain, impérieux et irrépressible d’uriner, difficile à différer. Dans le journal mictionnel, cette dimension subjective est quantifiée par une échelle ordinale (généralement graduée de 0 à 3, ou de 1 à 4). Le construit reflète la capacité du système nerveux central à moduler et à intégrer les signaux afférents vésicaux véhiculés par les fibres A-delta et C. Une incapacité à tolérer un niveau de réplétion physiologique sans déclencher un sentiment de panique mictionnelle illustre un déficit de régulation cognitive et neurovégétative.
4. Incontinence urinaire involontaire : sévérité et charge clinique
Cette dimension comptabilise le nombre brut d’épisodes de fuites involontaires survenues sur la période d’observation, ainsi que leur sévérité volumétrique semi-quantitative (gouttes, jets, vidange complète) et la consommation corrélative de protections absorbantes (serviettes, couches). Elle traduit la rupture physique de l’équilibre entre la pression intravésicale et la pression de clôture urétrale.
5. Facteurs contextuels, comportementaux et déclencheurs environnementaux
Le comportement mictionnel ne survient pas dans un vide écologique. Le carnet saisit la dynamique des apports hydro-électrolytiques (volume total consommé, nature des liquides ingérés) et les événements moteurs ou émotionnels précédant immédiatement la fuite : toux, éternuement, course à pied, rire, ou au contraire, stimuli environnementaux conditionnés typiques du réflexe pavlovien de fuite (le bruit de l’eau qui coule, le fait d’insérer la clé dans la serrure en rentrant chez soi — le phénomène de la « clé dans la porte »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique du catalogue mictionnel s’ancre à la croisée de la théorie de l’autorégulation comportementale de Frederick Kanfer, de la théorie sociocognitive d’Albert Bandura et du paradigme contemporain de l’évaluation écologique momentanée (Ecological Momentary Assessment – EMA) formalisé par Arthur Stone et Saul Shiffman.
L’auto-surveillance comportementale (Self-Monitoring)
Selon le modèle d’autorégulation de Kanfer (1970), tout changement ou contrôle comportemental repose sur une séquence en trois étapes : l’auto-observation (self-monitoring), l’auto-évaluation par rapport à une norme (self-evaluation) et l’auto-renforcement (self-reinforcement). Le catalogue mictionnel agit comme un puissant catalyseur d’auto-observation. En obligeant le sujet à interrompre le caractère automatique et inconscient de la vidange vésicale pour mesurer scrupuleusement les volumes et noter les circonstances des fuites, l’instrument transforme un processus autonome intéroceptif en une variable cognitivement contrôlée. Cet effet d’auto-surveillance génère une réactivité de mesure bien documentée : le simple fait de remplir le carnet produit fréquemment une amélioration clinique transitoire (réduction de 10 à 20 % de la fréquence des mictions), le patient adaptant spontanément ses consommations hydriques excessives ou espaçant délibérément ses visites aux toilettes.
Le paradigme de l’Évaluation Écologique Momentanée (EMA)
Sur le plan méthodologique, le catalogue mictionnel constitue l’application la plus rigoureuse de l’EMA aux dysfonctionnements viscéraux. L’EMA postule que la fidélité et la validité écologique des données psychologiques et somatiques sont maximales lorsque les événements sont consignés :
- Au moment précis où ils se produisent dans le temps (éliminant le biais de reconstruction rétrospective et l’heuristique de représentativité) ;
- Dans le milieu de vie naturel du sujet (domicile, travail, loisirs), par contraste avec l’environnement hautement artificiel, anxiogène et décontextualisé du laboratoire d’urodynamique hospitalier ;
- Sur de multiples points d’échantillonnage temporel répétés, permettant de capturer la variabilité circadienne, hebdomadaire et émotionnelle du phénomène étudié.
La neuro-urodynamique intégrative et l’apprentissage perceptif
Sur le versant neurophysiologique, le cadre théorique s’appuie sur les modèles de commande cortico-sous-corticale de la continence (modèle de Blok et Holstege). La perception du besoin vésical dépend du cortex insulaire antérieur et du cortex cingulaire antérieur. Chez les patients souffrant d’incontinence ou d’urgenturie, les boucles de rétroaction d’inhibition centrale médiées par le cortex préfrontal médial sont défaillantes. L’enregistrement systématique du besoin mictionnel constitue un entraînement métacognitif d’apprentissage perceptif, permettant au patient de ré-étalonner l’échelle de sensation du remplissage vésical et de dissocier une sensation normale de réplétion d’une contraction involontaire pathologique du muscle détrusor.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique et clinimétrique du catalogue mictionnel a fait l’objet de dizaines d’investigations cliniques de grande envergure au cours des quatre dernières décennies, établissant son statut de standard de référence écologique.
Validité de construit et de contenu
La validité de contenu a été formellement entérinée par le comité de standardisation de l’International Continence Society (Abrams et al., 2002 ; Rosier et al., 2017). Les variables mesurées correspondent de façon exhaustive aux entités nosologiques définies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la CIM-11 concernant les dysfonctionnements du bas appareil urinaire. La validité de construit se manifeste par la capacité manifeste du carnet à séparer nettement les sous-groupes cliniques :
- Les patients atteints d’incontinence urinaire d’effort présentent des volumes par miction conservés, une fréquence diurne normale (≤ 7) et des fuites exclusives lors de pics de pression intra-abdominale sans urgenturie concomitante.
- Les patients présentant une hyperactivité vésicale affichent des volumes moyens drastiquement réduits (< 200 ml), une fréquence diurne et nocturne élevée, et des épisodes d’urgence de score 2 ou 3 corrélés aux fuites.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations statistiquement robustes entre les données du carnet et les examens paracliniques standardisés :
- Corrélation avec le pad-test (test de pesée des protections) : Le nombre de fuites et le nombre de serviettes souillées répertoriés dans le carnet de 3 jours corrèlent fortement avec le gain de poids des protections sur 24 heures et 48 heures (coefficients de Spearman $r$ variant de 0,62 à 0,78, $p < 0,001$).
- Corrélation avec les données urodynamiques : La capacité mictionnelle maximale issue du carnet présente une corrélation élevée ($r = 0,72$ à $0,84$) avec la capacité cystomanométrique maximale mesurée lors du bilan urodynamique conventionnel. De même, la présence d’urgenturie consignée dans le journal présente une sensibilité de 75 % à 88 % pour la détection d’une hyperactivité détrusorienne documentée au profilométrie.
- Corrélation avec les questionnaires de qualité de vie : Les indices du catalogue mictionnel (fréquence des fuites et sévérité de l’urgence) sont significativement corrélés aux scores de handicap perçu mesurés par l’Incontinence Impact Questionnaire (IIQ-7), le King’s Health Questionnaire (KHQ) et l’ICIQ-UI SF ($r = 0,45$ à $0,65$, $p < 0,001$).
Sensibilité au changement (Validité prédictive et longitudinale)
Le catalogue mictionnel fait preuve d’une réactivité au changement (responsiveness) exceptionnelle lors des essais cliniques randomisés. Une diminution de 50 % du nombre quotidien d’épisodes de fuites urinaires (incontinence episode frequency – IEF) ou la réduction d’au moins 1,5 à 2 mictions par 24 heures sont internationalement reconnues comme des critères de réponse clinique minimale importante (MCID – Minimal Clinically Important Difference) hautement associés à l’impression globale d’amélioration du patient (PGI-I).
8. Fidélité / Reliability
La question de la fidélité du catalogue mictionnel concerne principalement sa cohérence interne au fil des jours d’enregistrement et sa stabilité temporelle test-retest, sous l’angle déterminant de la durée optimale de passation.
Durée optimale du protocole : le consensus des 3 jours
Historiquement, des protocoles de 24 heures, 3 jours, 7 jours voire 14 jours ont été déployés. Les travaux méthodologiques déterminants conduits par Brown et al. (2003), Nygaard et al. (2004), Bright et al. (2014) et van Haarst et al. (2004) ont tranché cette question :
- Le carnet de 24 heures présente une fidélité test-retest insuffisante ($CCI < 0,60$) en raison d’une forte variabilité biologique intrapersonnelle d’un jour à l’autre (apports hydriques fluctuants, niveau d’effort variable).
- Les carnets de 7 à 14 jours entraînent une dégradation rapide de l’observance (compliance fatigue). Au-delà du quatrième jour, le taux d’omissions et de données aberrantes croît exponentiellement, réduisant la validité intrinsèque de la mesure.
- Le protocole de 3 jours consécutifs représentatifs (par exemple deux jours ouvrés et un jour de repos) réalise le compromis psychométrique idéal, offrant des coefficients de fidélité équivalents à ceux d’un protocole de 7 jours tout en préservant un taux de complétion optimal (> 90 %).
Coefficients de corrélation intraclasse (CCI)
Les études de reproductibilité test-retest à intervalle de 1 à 2 semaines (sans intervention thérapeutique) chez des patients stables rapportent les valeurs de concordance suivantes pour un protocole de 3 jours :
- Fréquence mictionnelle sur 24 heures : $CCI = 0,82$ à $0,89$ (intervalle de confiance à 95 % : $0,76 – 0,93$).
- Volume moyen par miction : $CCI = 0,86$ à $0,92$ (stabilité très élevée des paramètres volumétriques).
- Nombre d’épisodes de fuite involontaire : $CCI = 0,70$ à $0,84$ (la variabilité mécanique des fuites d’effort dépendant des activités physiques réelles exécutées).
- Nombre d’épisodes d’urgenturie : $CCI = 0,73$ à $0,81$.
Ces coefficients confirment une excellente stabilité de mesure, autorisant l’usage individuel de l’instrument pour la prise de décision diagnostique et thérapeutique individualisée.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Contrairement aux échelles psychométriques traditionnelles d’attitudes ou de traits de personnalité composées d’items psychologiques réflectifs (reflective models), le catalogue mictionnel relève au sens strict de la théorie clinimétrique formalisée par Alvan Feinstein. Les variables du carnet constituent un modèle formatif (formative model) : ce sont les symptômes discrets enregistrés (fréquence, volume, fuites, urgences) qui définissent et composent le tableau clinique du dysfonctionnement vésical, et non une variable latente unique qui causerait passivement ces mesures.
Néanmoins, les modélisations en équations structurelles et les analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites sur de larges cohortes de bases de données urodynamiques et de journaux standardisés mettent en lumière une structure sous-jacente robuste articulée autour de trois composantes dimensionnelles indépendantes :
1. Facteur Volumétrique et Fonctionnel (Capacité vésicale)
Ce facteur sature fortement sur les variables continues physiques :
- Volume mictionnel maximal ($r > 0,85$) ;
- Volume mictionnel moyen ($r > 0,80$) ;
- Diurèse globale des 24 heures ($r > 0,65$).
Ce facteur rend compte de la compliance physique détrusorienne, de l’état d’hydratation de l’organisme et de la régulation de la sécrétion d’hormone antidiurétique (ADH).
2. Facteur Fréquentiel et Rythmicité Circadienne
Ce second facteur factoriel isole la temporalité des vidanges :
- Nombre total de mictions diurnes ($r > 0,78$) ;
- Indice de nycturie (mictions nocturnes) ($r > 0,71$) ;
- Intervalle de temps moyen entre deux mictions ($r = -0,75$).
Cette dimension est fortement associée aux dynamiques neuro-végétatives et aux composantes comportementales d’évitement (« mictions de précaution » par peur de la fuite).
3. Facteur Incontinence et Défaillance de Clôture (Symptomatologie de perte)
Ce facteur regroupe les manifestations de rupture du mécanisme continence :
- Fréquence des fuites involontaires ($r > 0,82$) ;
- Sévérité subjective de l’urgence ($r > 0,68$) ;
- Nombre de garnitures de protection utilisées ($r > 0,74$).
L’orthogonalité partielle constatée entre le facteur volumétrique et le facteur de perte démontre scientifiquement la nécessité impérieuse de mesurer de manière distincte la capacité de réservoir vésical et l’efficience du sphincter urétral, corroborant la structure multidimensionnelle du catalogue mictionnel.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure est standardisé sous forme d’une grille de relevé chronologique échelonnée sur 24 heures consécutives par feuillet, à compléter pendant 3 journées représentatives du mode de vie de la personne.
Caractéristiques techniques et logistiques
- Nom du test : Catalogue mictionnel / Journal mictionnel (Mictielijst / mictiedagboek – KNGF).
- Type d’évaluation : Auto-enregistrement écologique continu en temps réel (auto-surveillance comportementale et physiologique).
- Durée d’administration : 3 jours consécutifs ou alternés représentatifs (recommandation standard KNGF : 2 jours ouvrables et 1 jour de fin de semaine).
- Matériel complémentaire requis : Un verre doseur ou un récipient gradué en millilitres (ml) remis au patient pour la mesure précise des volumes d’urine émis à chaque miction.
- Structure d’une entrée journalière : Chaque ligne du tableau correspond à un événement horodaté (apport hydrique, miction volontaire ou fuite involontaire).
Paramètres recueillis à chaque événement
- Horodatage précis : Heure et minute de chaque miction, ingestion de boisson ou fuite urinaire.
- Boissons ingérées : Nature du liquide consommé (eau, café, thé, alcool, soda, jus) et quantité estimée en millilitres ou nombre de tasses/verres standards.
- Volume d’urine évacué volontairement : Quantité mesurée en millilitres (ml) à l’aide du récipient gradué.
- Sensation de besoin mictionnel (Degré d’urgence) : Évaluée sur une échelle ordinale en 4 points (0 = Aucun besoin, miction par précaution ; 1 = Besoin normal, tolérable sans gêne ; 2 = Besoin pressant sans fuite ; 3 = Urgenturie impérieuse irrépressible avec ou sans fuite).
- Fuites involontaires d’urine : Estimation de la sévérité sémiologique (+ = quelques gouttes ; ++ = jet d’urine ; +++ = vidange vésicale complète et inondation des sous-vêtements).
- Circonstances ou activités lors de la fuite : Activité physique en cours (effort de toux, rire, éternuement, port de charge lourde, descente d’escalier, course à pied) ou stimulus contextuel (arrivée au domicile, bruit d’eau qui coule, sommeil profond).
- Changement de protection : Relevé systématique de l’heure de changement et de l’état de saturation de la garniture de protection absorbante.
Procédure de cotation et synthèse calculée par le clinicien
À l’issue des 3 jours d’enregistrement, le praticien (kinésithérapeute pelvi-périnéologue, urologue, gynécologue ou médecin rééducateur) extrait et calcule les indices clinimétriques composites suivants :
- Fréquence mictionnelle diurne moyenne : $\frac{\text{Total des mictions diurnes sur 3 jours}}{3}$ (normale : 4 à 7 par jour).
- Fréquence mictionnelle nocturne moyenne (Nycturie) : $\frac{\text{Total des réveils mictionnels sur 3 nuits}}{3}$ (normale : 0 à 1 par nuit).
- Volume moyen par miction (en ml) : $\frac{\text{Volume uriné total mesuré}}{\text{Nombre total de mictions mesurées}}$ (valeur normale attendue : 250 à 400 ml).
- Capacité fonctionnelle maximale de la vessie : Plus grand volume individuel relevé sur le carnet hors première miction du matin.
- Diurèse des 24 heures moyenne : Volume total d’urine produit sur 24 heures (normale : 1 200 à 2 000 ml selon l’hydratation).
- Indice de polyurie nocturne (NPI) : $\frac{\text{Diurèse de nuit (incluant la miction matinale au lever)}}{\text{Diurèse totale des 24 heures}} \times 100$. Un NPI supérieur à 20 % (sujet jeune) ou à 33 % (sujet de plus de 65 ans) pose le diagnostic formel de polyurie nocturne.
- Nombre moyen d’épisodes de fuites par 24 heures : $\frac{\text{Total des épisodes d’incontinence sur 3 jours}}{3}$.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : 1988 (publication princeps de Gunnar Larsson et Arne Victor décrivant la validation du relevé mictionnel standardisé).
- Année d’adaptation clinique standardisée (KNGF) : 2011 (intégration formelle au sein des KNGF-richtlijnen pour la kinésithérapie pelvi-périnéologique néerlandaise, sous la direction d’Adri T. M. Bernards et al.).
- Statut légal et droits de reproduction : Le catalogue mictionnel / journal mictionnel est un instrument du domaine public clinique. En tant que standard de pratique clinique internationale promulgué par l’International Continence Society (ICS) et la Société Royale Néerlandaise de Physiothérapie (KNGF), le formulaire peut être reproduit, traduit, imprimé et intégré dans des dossiers médicaux électroniques ou des logiciels de télémédecine sans redevance financière ni droit d’auteur restrictif.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit (accès libre pour la recherche universitaire, l’évaluation clinique hospitalière et la pratique libérale ambulatoire).
- Conditions d’utilisation : Respecter l’intégrité des paramètres de mesure recommandés (enregistrement continu sur 3 jours représentatifs avec récipient gradué pour les volumes) et citer les sources méthodologiques institutionnelles (Larsson & Victor, 1988 ; Bernards et al., 2011 ; ICS standards).
12. Références / References
- Abrams, P., Cardozo, L., Fall, M., Griffiths, D., Rosier, P., Ulmsten, U., van Kerrebroeck, P., Victor, A., & Wein, A. (2002). The standardisation of terminology of lower urinary tract function: Report from the Standardisation Sub-committee of the International Continence Society. Neurourology and Urodynamics, 21(2), 167–178. https://doi.org/10.1002/nau.10052
- Bernards, A. T. M., Berghmans, B. C. M., Slieker-ten Hove, M. C. P., van Dongen, J. J. M., Christiaans, P. A. M., de Bie, R. A., & Hendriks, H. J. M. (2011). KNGF-richtlijn Stress urine-incontinentie [Ligne directrice de pratique clinique pour l’incontinence urinaire d’effort]. Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie (KNGF). V-07/2011. Amersfoort, Pays-Bas.
- Bright, E., Drake, M. J., & Abrams, P. (2014). Urinary diaries: Evidence for the development and validation of diary versions, outcomes, and lengths. World Journal of Urology, 32(5), 1107–1112. https://doi.org/10.1007/s00345-014-1282-3
- Brown, J. S., McNaughton, K. S., Wyman, J. F., Burgio, K. L., Harkaway, R., Bergner, M., & Versi, E. (2003). Measurement characteristics of a voiding log in women with overactive bladder: Comparison of 3-day and 7-day logs. The Journal of Urology, 169(4), 1437–1442. https://doi.org/10.1097/01.ju.0000057813.06450.a5
- Larsson, G., & Victor, A. (1988). Micturition patterns in healthy women: An evaluation of a standardized micturition list. Neurourology and Urodynamics, 7(6), 557–563. https://doi.org/10.1002/nau.1930070605
- Nygaard, I., & Holcomb, R. (2004). Reproducibility of the three-day voiding diary in women with stress urinary incontinence. International Urogynecology Journal, 15(3), 149–153. https://doi.org/10.1007/s00192-004-1127-z
- Rosier, P. F. W. M., Schaefer, W., Lose, G., Goldman, H. B., Guralnick, M., Eustice, S., Dickinson, T., & Hashim, H. (2017). International Continence Society Good Urodynamic Practices and Terms 2016: Urodynamics, uroflowmetry, cystometry, and pressure-flow study. Neurourology and Urodynamics, 36(5), 1243–1260. https://doi.org/10.1002/nau.23124
- Stone, A. A., & Shiffman, S. (1994). Ecological Momentary Assessment (EMA) in behavorial medicine. Annals of Behavioral Medicine, 16(3), 199–202. https://doi.org/10.1093/abm/16.3.199
- van Haarst, E. P., Heldeweg, E. A., Newling, D. W. W., & Bemelmans, B. L. H. (2004). The 24-h frequency-volume chart in assessing oliguria and polyuria: Reliability and validity. BJU International, 94(3), 321–325. https://doi.org/10.1111/j.1464-410X.2004.04947.x
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Le catalogue mictionnel / journal mictionnel est un instrument d’enregistrement comportemental standardisé reposant sur un tableau de relevé chronologique quotidien répété sur 3 journées représentatives (deux journées ouvrées d’activité standard et une journée de repos/week-end). L’instrument se présente sous la forme de colonnes pré-formatées que le patient doit renseigner immédiatement lors de chaque événement survenant sur 24 heures (du réveil matinal jusqu’au réveil du lendemain matin inclus).
Directives de remplissage transmises au patient (Consignes standardisées KNGF)
Veuillez compléter ce carnet durant 3 journées complètes et représentatives de votre mode de vie habituel (par exemple le mardi, le jeudi et le samedi). Remplissez chaque case au fur et à mesure de la journée, sans attendre le soir afin d’éviter tout oubli. Utilisez le récipient gradué fourni pour mesurer avec précision chaque volume d’urine émis.
Champs et colonnes d’enregistrement du journal (Jour 1 / Jour 2 / Jour 3)
-
Horodatage précis de l’événement
Notez l’heure exacte et les minutes (ex. 07h15, 09h40, 14h20, 02h45).
-
Boissons et liquides consommés
Indiquez le type de boisson ingérée ainsi que la quantité estimée en millilitres (ml) ou en unités usuelles :
- Volume liquide consommé (en ml, verre standard = 150 ml, tasse = 120 ml, grand bol/mug = 250 ml, canette = 330 ml)
- Nature du breuvage : Eau, Café, Thé, Boisson gazeuse / Soda, Jus d’agrumes, Boisson alcoolisée, Potage
-
Volume de la miction évacuée volontairement aux toilettes (ml)
Urinez directement dans le verre gradué et notez le volume précis évacué en millilitres (ml) à chaque passage aux toilettes.
-
Sensation de besoin mictionnel avant la miction (Échelle de besoin / Urgenturie)
Attribuez une note de 0 à 3 décrivant la sensation ressentie juste avant d’uriner :0 = Aucun besoin d’uriner (miction effectuée par précaution, convenance ou habitude avant de sortir).1 = Besoin normal (envie naturelle d’uriner, mais sans aucune urgence ; la miction peut être facilement différée).2 = Besoin pressant (envie forte et inconfortable d’uriner ; difficile à différer mais maîtrisée sans sensation de panique).3 = Urgenturie irrépressible (besoin soudain, violent et impossible à retenir ; risque imminent de fuite ou survenue immédiate d’une fuite).
-
Fuites involontaires d’urine (Pertes constatées)
En cas d’accident ou de fuite d’urine involontaire, cochez la sévérité estimée de la perte :+ = Fuite minime (quelques gouttes d’urine, sous-vêtements légèrement humides).++ = Fuite modérée (un jet d’urine franc, sous-vêtements trempés nécessitant d’être changés).+++ = Fuite importante (inondation complète, vidange majeure ou totale de la vessie).
-
Activité ou circonstance exacte au moment de la fuite
Notez précisément ce que vous étiez en train de faire au moment où l’écoulement involontaire s’est produit :
- Toux, éternuement, mouchage ou éclat de rire
- Activité physique (course à pied, marche rapide, saut, port de charge lourde, montée/descente d’escalier)
- Changement de position (passage de la position assise ou couchée à la position debout)
- En train de vous précipiter vers les toilettes en ressentant une envie pressante
- Stimulus spécifique : bruit de l’eau qui coule, contact avec l’eau froide, insertion de la clé dans la serrure en rentrant chez soi
- Au cours du sommeil (sans sensation de réveil préalable / énurésie nocturne)
-
Protections absorbantes et garnitures
- Nombre de protections absorbantes (protège-slips, serviettes hygiéniques, couches anatomiques) utilisées au cours de la journée
- Chaque changement de garniture est consigné avec son motif : protection sèche changée par hygiène ou protection humide/saturée