{n « title »: « Inventaire des cognitions liées au harcèlement (BCI) »,n « content »: «
1. Résumé / Abstract
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Le Bullied Cognitions Inventory (BCI ; Graham & Ehlers, 2023) est un instrument psychométrique auto-rapporté en 15 items développé pour évaluer de manière standardisée et spécifique les croyances dysfonctionnelles concernant soi-même et autrui consécutives à des expériences de harcèlement ou d’intimidation par les pairs (peer bullying). Alors que la plupart des outils existants dans ce domaine se concentrent sur la fréquence objective, la typologie des actes de victimisation ou les symptômes généraux de détresse psychologique, le BCI comble un vide majeur en ciblant précisément les évaluations cognitives négatives post-événementielles qui maintiennent les troubles anxieux et traumatiques chez les victimes.
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L’instrument a été conçu à partir d’entretiens qualitatifs approfondis menés auprès de jeunes adultes ayant été harcelés durant leur scolarité ou au début de l’âge adulte, combinés à une revue systématique de la littérature clinique et aux consultations d’experts en thérapie cognitive du traumatisme. La version finale en 15 items s’articule autour de quatre dimensions factorielles robustes :
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- Dégradé aux yeux d’autrui (Degraded in the eyes of others),
- Interprétations négatives des réactions au harcèlement (Negative interpretations of reactions to bullying),
- Reconnaissable comme victime de harcèlement (Recognizable as a bullying victim),
- Défaite sociale (Social defeat).
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Chaque énoncé est évalué sur une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (\ »totalement en désaccord\ ») à 7 (\ »totalement d’accord\ »), mesurant les cognitions ressenties au cours du dernier mois. Sur le plan psychométrique, le BCI présente une consistance interne exceptionnelle (alpha de Cronbach global $\\alpha = 0{,}93$ ; sous-échelles entre $0{,}82$ et $0{,}85$) et une stabilité temporelle test-retest à une semaine très élevée ($r = 0{,}88$). Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires confirment l’adéquation du modèle à quatre facteurs (CFI $= 0{,}94$, TLI $= 0{,}92$, RMSEA $= 0{,}08$). L’échelle présente une forte validité de critère, corrélant significativement avec les symptômes du trouble de stress post-traumatique ($r = 0{,}65$) et de l’anxiété sociale ($r = 0{,}57$), tout en démontrant une validité incrémentielle pour prédire la sévérité du TSPT au-delà des mesures cognitives génériques du traumatisme.
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2. Mots-clés / Keywords
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Cognitions liées au harcèlement, victimisation par les pairs, défaite sociale, trouble de stress post-traumatique, anxiété sociale, évaluation cognitive, schémas inadaptés, psychométrie, honte intériorisée, thérapie cognitivo-comportementale, santé mentale des jeunes adultes, concept de soi.
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3. Auteurs / Authors
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Le Bullied Cognitions Inventory a été conçu et validé par une équipe de chercheurs de l’Université d’Oxford spécialisée dans la psychopathologie cognitive des troubles anxieux et du stress post-traumatique :
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- Dr. Belinda Graham — University of Oxford, Department of Experimental Psychology, Oxford Centre for Anxiety Disorders and Trauma (OxCADAT), The Old Infirmary, Radcliffe Observatory Quarter, Woodstock Road, Oxford OX2 6GG, Royaume-Uni. Courriel institutionnel : [email protected].
- Prof. Anke Ehlers — Directrice de recherche, University of Oxford, Department of Experimental Psychology, Oxford Centre for Anxiety Disorders and Trauma (OxCADAT), Royaume-Uni. Co-auteure du modèle cognitif de référence du TSPT (Ehlers & Clark, 2000).
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La correspondance scientifique relative au développement et à l’exploitation de l’inventaire peut être adressée directement au Dr Belinda Graham ([email protected]).
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4. Objectif / Purpose
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Le harcèlement entre pairs constitue l’un des stresseurs interpersonnels les plus dévastateurs au cours du développement infanto-juvénile et de la transition vers l’âge adulte. Bien que de nombreuses études épidémiologiques aient établi un lien direct entre les brimades scolaires et l’émergence ultérieure de dépressions majeures, de troubles anxieux, d’idéations suicidaires et de troubles de stress post-traumatique (TSPT), les instruments d’évaluation clinique disponibles présentaient une limite méthodologique majeure : ils quantifiaient l’exposition environnementale objective aux brimades (nature des agressions physiques, verbales ou relationnelles, répétition, cyberharcèlement) sans capturer l’architecture des croyances résiduelles intériorisées par l’individu.
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Justification clinique et psychopathologique
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Conformément aux perspectives de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), ce n’est pas uniquement l’événement aversif en lui-même qui détermine la chronicisation de la détresse psychologique, mais la manière dont la victime interprète rétrospectivement ces événements et ses propres réactions face à ceux-ci. Chez de nombreux survivants de harcèlement, l’expérience traumatique génère des croyances dysfonctionnelles profondes concernant leur valeur personnelle, leur statut social, leur sécurité relationnelle et le jugement d’autrui. Ces cognitions agissent comme des facteurs de maintien puissants qui entretiennent un sentiment permanent de menace sociale et d’humiliation.
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Le BCI a été spécialement conçu pour opérationnaliser et quantifier ces constructions cognitives spécifiques au sein d’échantillons cliniques et subcliniques de jeunes adultes ayant des antécédents de harcèlement. L’objectif premier est d’identifier les cibles thérapeutiques cognitives prioritaires afin de faciliter la restructuration cognitive et le travail d’exposition ou de mise à jour des souvenirs traumatiques.
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Applications cliniques et en recherche
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Dans la pratique psychothérapeutique, le BCI remplit plusieurs fonctions essentielles :
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- Évaluation initiale et conceptualisation de cas : Il permet au clinicien de cartographier avec finesse les schémas cognitifs prédominants (honte sociale, auto-culpabilisation, sentiment de défaite ou anticipation d’une ré-agression).
- Planification ciblée des interventions : L’outil oriente le thérapeute vers des modules spécifiques, tels que le travail sur les méta-cognitions et le blâme de soi (pour les scores élevés sur la dimension des interprétations négatives des réactions) ou la restauration du sentiment de dignité et du statut (pour la défaite sociale).
- Mesure de l’efficacité thérapeutique : Utilisable comme indicateur de suivi au fil des séances, il mesure la modification effective des cognitions dysfonctionnelles induite par le traitement psychologique.
- Recherche translationnelle : En recherche fondamentale et appliquée, le BCI sert de variable médiatrice pour analyser les trajectoires menant de la victimisation précoce aux psychopathologies de l’adulte émergent, notamment le TSPT complexe et le trouble d’anxiété sociale.
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5. Construit psychologique / Construct
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Le Bullied Cognitions Inventory évalue un construit multidimensionnel désigné sous le terme de cognitions post-harcèlement (bullying-related cognitions). Ce construit rend compte des représentations négatives stables et généralisées élaborées par l’individu au sujet de sa propre identité, de sa vulnérabilité perçue et des attitudes d’autrui à son égard à la suite d’intimidations répétées. L’analyse psychométrique isole quatre sous-construits interdépendants mais distincts :
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1. Dégradé aux yeux d’autrui (Degraded in the Eyes of Others)
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Cette dimension évalue la croyance fondamentale selon laquelle le fait d’avoir été la cible de moqueries ou de violences confère une tare indélébile et expose l’individu au mépris, au dégoût ou au jugement dévalorisant du groupe social. Les individus adhérant à ces croyances anticipent que la révélation de leur passé de victime entraînera inévitablement une perte de respect et une stigmatisation de la part de leurs pairs contemporains. Le harcèlement n’est pas perçu comme une agression extérieure injustifiée, mais comme une preuve publique d’infériorité ou de faiblesse morale et psychologique (par exemple : \ »If people knew I was picked on, they would think less of me\ »).
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2. Interprétations négatives des réactions au harcèlement (Negative Interpretations of Reactions to Bullying)
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Cette sous-échelle mesure les méta-évaluations négatives et l’auto-culpabilisation dirigées vers les réponses émotionnelles, comportementales ou cognitives de l’individu face aux violences subies. Les sujets se reprochent de ne pas avoir réussi à se défendre, d’avoir réagi de façon excessive (\ »overdramatic\ »), de continuer à y penser des années plus tard, ou de ne pas parvenir à \ »tourner la page\ ». Ce processus implique également des stratégies compensatoires rigides et épuisantes visant à masquer cette vulnérabilité perçue (par exemple, le besoin compulsif de réussir pour prouver sa supériorité : \ »I need to succeed to show I’m better than them\ »).
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3. Reconnaissable comme victime de harcèlement (Recognizable as a Bullying Victim)
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Ce construit capture le sentiment d’une vulnérabilité interpersonnelle visible et transparente. L’individu est intimement convaincu qu’il porte en lui des signaux comportementaux, corporels ou verbaux qui révèlent immédiatement aux tiers son statut passé de victime (par exemple : \ »When I meet someone new, they can sense that I’ve been picked on\ »). Cette croyance engendre une hypervigilance chronique dans les interactions sociales nouvelles et soutient la prédiction fataliste que de nouvelles agressions ou exclusions surviendront inévitablement (\ »I’m likely to be picked on again\ »).
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4. Défaite sociale (Social Defeat)
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Inspirée des modèles éthologiques et psychiatriques du rang social, cette dimension quantifie l’expérience subjective d’un écrasement total du statut, d’une humiliation irréversible et d’une soumission forcée imposée par les agresseurs. La défaite sociale traduit une altération profonde et durable de l’estime de soi et du sentiment d’agentivité personnelle. Le harcèlement est perçu comme ayant corrompu le développement identitaire fondamental de l’individu, empêchant la réalisation de son plein potentiel (par exemple : \ »I have been completely humiliated\ » ou \ »If I hadn’t been picked on, maybe I would be a better person\ »).
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6. Cadre théorique / Theoretical Framework
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Le développement conceptuel du BCI s’enracine au croisement de deux théories psychopathologiques majeures : le modèle cognitif du trouble de stress post-traumatique d’Anke Ehlers et David M. Clark (2000) et la théorie du rang social et de la défaite sociale développée par Paul Gilbert (2000).
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Le modèle cognitif du traumatisme d’Ehlers et Clark (2000)
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Selon le paradigme cognitif d’Ehlers et Clark, le TSPT chronique se développe lorsque l’individu traite l’événement traumatique de manière à maintenir un sentiment persistant de menace actuelle (actuelle, future ou globale). Cette menace perçue résulte de deux processus interdépendants :
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- La nature de la mémoire du trauma : Le souvenir est souvent fragmenté, encodé de manière associative avec un déficit d’intégration contextuelle.
- Les évaluations négatives idiosyncrasiques (appraisals) : L’individu interprète le trauma ou ses séquelles comme ayant des conséquences catastrophiques irréversibles sur son existence, son fonctionnement futur ou son identité personnelle.
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Dans le contexte du harcèlement répété, les agressions subies ne constituent pas des accidents isolés mais des attaques directes et prolongées contre le soi social. Les victimes développent des croyances telles que \ »je suis irrémédiablement brisé\ », \ »le monde social est impitoyable\ » ou \ »je suis intrinsèquement méprisable\ ». Le BCI traduit ces mécanismes cognitifs spécifiques en mesurant la façon dont le trauma du harcèlement est évalué non pas comme un événement passé clos, mais comme une menace perpétuelle pour l’intégrité sociale et identitaire du sujet.
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La théorie du rang social et le paradigme de défaite sociale
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La théorie du rang social (Gilbert, 2000 ; Sloman et al., 2003) postule que les primates humains possèdent des systèmes bio-comportementaux hautement sensibles aux signaux de dominance, de subordination et d’acceptation par le groupe. L’expérience d’un harcèlement chronique inflige une situation de subordination forcée et d’exclusion sociale sans possibilité de fuite ou de riposte efficace. Ce blocage active un mécanisme involontaire de \ »défaite sociale\ » (social defeat) caractérisé par une dégradation massive du statut perçu, un effondrement de l’auto-efficacité et des affects intenses de honte intériorisée.
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En intégrant la dimension de défaite sociale aux côtés de celle de l’anxiété d’évaluation sociale (rappelant le modèle cognitif de l’anxiété sociale de Clark & Wells, 1995), le BCI capture l’interface exacte où la subordination interpersonnelle se mue en schémas cognitifs internalisés durables.
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7. Validité / Validity
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L’évaluation des propriétés métrologiques du BCI repose sur l’étude princeps menée par Graham et Ehlers (2023) auprès d’une cohorte de jeunes adultes britanniques ayant des antécédents documentés de harcèlement.
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Validité de construit et convergente
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La validité convergente de l’inventaire a été partiellement corroborée par l’examen de la proportion de variance expliquée par les facteurs extraits au niveau des items. Pour la majorité des items retenus, la variance expliquée ($r^2$) s’est avérée supérieure au seuil usuel de $0{,}50$. Seuls quelques items ont présenté des valeurs de variance partagée légèrement inférieures :
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- Item 12 : $r^2 = 0{,}472$
- Item 15 : $r^2 = 0{,}451$
- Item 19 : $r^2 = 0{,}397$
- Item 22 : $r^2 = 0{,}419$
- Item 23 : $r^2 = 0{,}453$
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Ces saturations demeurent toutefois robustes sur le plan substantiel et justifient pleinement l’inclusion des items au regard de leur apport clinique.
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Validité discriminante
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La validité discriminante inter-facteurs a été qualifiée de marginalement acceptable dans l’échantillon initial, avec des coefficients de corrélation inter-factoriels élevés s’échelonnant entre $r = 0{,}766$ et $r = 0{,}898$. Ces intercorrélations substantielles sont attendues sur le plan théorique : les différentes facettes des cognitions dysfonctionnelles liées au harcèlement (honte, sentiment d’infériorité, culpabilité et peur du regard d’autrui) partagent une matrice affective commune centrée sur la menace sociale et l’atteinte à l’intégrité de soi.
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Validité de critère et validité incrémentielle
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La validité de critère du score total du BCI a été fermement établie par l’existence de corrélations statistiques modérées à fortes avec des mesures validées de psychopathologie :
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- Corrélation avec les symptômes de stress post-traumatique (PTSD Checklist) : $r = 0{,}65$ ($p < 0{,}001$).
- Corrélation avec les symptômes d’anxiété sociale (Social Phobia Weekly Summary Scale / LSAS) : $r = 0{,}57$ ($p < 0{,}001$).
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De manière cruciale, les analyses de régression hiérarchique ont démontré une validité incrémentielle remarquable : après avoir contrôlé les scores obtenus aux échelles génériques d’évaluation cognitive du trauma (notamment le Posttraumatic Cognitions Inventory, PTCI), le BCI expliquait une part significative de variance supplémentaire dans la sévérité des symptômes de stress post-traumatique. En revanche, pour l’anxiété sociale, la variance additionnelle expliquée ne franchissait pas le seuil de signification une fois les cognitions traumatiques génériques prises en compte, suggérant une spécificité diagnostique particulièrement marquée à l’égard de la symptomatologie traumatique post-harcèlement.
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8. Fidélité / Reliability
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L’inventaire présente d’excellentes qualités de fidélité, tant au niveau de son homogénéité interne qu’au niveau de sa reproductibilité temporelle.
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Cohérence interne
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La cohérence interne de l’échelle globale et de ses sous-dimensions a été évaluée au moyen de l’alpha de Cronbach ($\\alpha$) au sein de l’échantillon de validation :
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- Échelle totale du BCI (15 items) : $\\alpha = 0{,}93$, témoignant d’une très haute homogénéité des items composant l’inventaire global.
- Facteur 1 — Dégradé aux yeux d’autrui : $\\alpha = 0{,}85$.
- Facteur 2 — Interprétations négatives des réactions : $\\alpha = 0{,}84$.
- Facteur 3 — Reconnaissable comme victime : $\\alpha = 0{,}83$.
- Facteur 4 — Défaite sociale : $\\alpha = 0{,}82$.
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Toutes les sous-échelles dépassent largement le seuil standard de fidélité préconisé en psychométrie pour la recherche ($\\alpha \\ge 0{,}70$) et pour l’évaluation clinique individuelle ($\\alpha \\ge 0{,}80$).
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Fidélité test-retest
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La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon réévalué à un intervalle d’une semaine (test-retest reliability à 7 jours). Les coefficients de corrélation intra-classe / Pearson ont révélé une stabilité remarquable :
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- Score total : $r = 0{,}88$, reflétant une excellente fidélité temporelle sans fluctuation aléatoire indue à court terme.
- Facteur 1 (Dégradé aux yeux d’autrui) : $r = 0{,}76$.
- Facteur 2 (Interprétations négatives) : $r = 0{,}84$.
- Facteur 3 (Reconnaissable comme victime) : $r = 0{,}80$.
- Facteur 4 (Défaite sociale) : $r = 0{,}68$.
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Ces données confirment que le BCI capture des croyances cognitives relativement stables et cristallisées plutôt que de simples fluctuations d’humeur transitoires, tout en conservant une sensibilité potentielle aux changements induits par une psychothérapie ciblée.
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9. Analyse factorielle / Factor Analysis
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Le protocole d’analyse factorielle a suivi une démarche méthodologique rigoureuse en plusieurs étapes, allant du raffinement qualitatif initial à la confirmation statistique de la structure latente.
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Élaboration initiale et réduction des items
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Un ensemble préliminaire de 23 items a d’abord été généré à partir de l’analyse thématique d’entretiens qualitatifs menés avec des survivants de harcèlement, complétée par une revue de la littérature théorique et des comités d’experts cliniciens. Lors des analyses descriptives préliminaires, cinq items ont été supprimés en raison d’une asymétrie distributionnelle extrême (extreme skewness), de corrélations quasi nulles avec les critères cliniques majeurs, de redondances sémantiques manifestes ou d’ambiguïtés conceptuelles et lexicales.
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Analyse factorielle exploratoire (AFE)
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Les 18 items restants ont été soumis à une analyse factorielle exploratoire. Les indices d’ajustement ont mis en évidence la supériorité nette du modèle à quatre dimensions :
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- La solution à deux facteurs a présenté une mauvaise adéquation aux données.
- La solution à trois facteurs a présenté une adéquation marginalement acceptable.
- La solution à quatre facteurs a présenté un ajustement excellent : Indice de Tucker-Lewis (TLI) $= 0{,}96$ ; Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) $= 0{,}06$ ; Chi-deux $\\chi^2 = 245{,}48$ avec degrés de liberté $df = 101$ ; ratio $\\chi^2/df = 2{,}43$.
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À la suite de cette AFE, trois items supplémentaires affichant des saturations factorielles primaires trop faibles ($< 0{,}40$) ou une complexité factorielle excessive (saturations croisées élevées sur plusieurs facteurs simultanément) ont été retirés. La solution finale retenue à 15 items a permis d’expliquer 52{,}5 % de la variance totale des scores, avec des indices très satisfaisants : TLI $= 0{,}911$, RMSEA $= 0{,}092$, $\\chi^2 = 250{,}47$ ($df = 52$, $\\chi^2/df = 4{,}82$).
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Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
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La structure tétafactorielle en 15 items a ensuite été testée par analyse factorielle confirmatoire sur un échantillon indépendant afin d’en éprouver l’invariance et la robustesse statistique. Les indices d’ajustement ont confirmé l’adéquation globale du modèle :
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- Indice d’adéquation comparative (CFI) : $0{,}94$
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : $0{,}92$
- RMSEA : $0{,}08$ (Intervalle de confiance à 90 % : $0{,}07 – 0{,}09$)
- Chi-deux de conformité : $\\chi^2 = 299{,}11$, pour $df = 84$, soit un ratio $\\chi^2/df = 3{,}56$.
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Ces résultats démontrent que la partition en quatre facteurs rend compte de façon parcimonieuse et théoriquement cohérente de la structure latente des cognitions post-harcèlement.
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10. Instrument de mesure / Instrument
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- Nom complet de l’instrument : Bullied Cognitions Inventory (BCI).
- Nom français : Inventaire des cognitions liées au harcèlement.
- Type de test : Questionnaire psychométrique auto-rapporté / inventaire cognitif.
- Format d’administration : Auto-administration numérique (en ligne) ou sur support papier-crayon.
- Nombre total d’items : 15 items répartis sur 4 sous-échelles factorielles.
- Format de réponse : Échelle de Likert en 7 points :\n
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- 1 = Totally disagree (Totalement en désaccord)
- 2 = Disagree (En désaccord)
- 3 = Somewhat disagree (Plutôt en désaccord)
- 4 = Neither agree nor disagree (Ni en désaccord ni d’accord)
- 5 = Somewhat agree (Plutôt d’accord)
- 6 = Agree (D’accord)
- 7 = Totally agree (Totalement d’accord)
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- Cadre temporel de l’évaluation : Les réponses portent explicitement sur les pensées, croyances et sentiments éprouvés au cours du dernier mois (\ »over the last month\ »).
- Population cible : Adultes et jeunes adultes (18 à 29 ans et plus) ayant été victimes de harcèlement ou d’intimidation par leurs pairs.
- Modalités de cotation :\n
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- Le score total s’obtient par la somme ou la moyenne de l’ensemble des 15 items (score brut de 15 à 105).
- Quatre sous-scores dimensionnels sont calculés : Degraded in the eyes of others (items 11, 12, 13), Negative interpretations of reactions to bullying (items 23, 15, 16, 19, 20, 22), Recognizable as a bullying victim (items 4, 14, 21), et Social defeat (items 8, 17, 5).
- Tous les items sont formulés dans le sens de la pathologie (aucun item inversé). Un score élevé indique un degré plus marqué d’évaluations cognitives dysfonctionnelles et inadaptées consécutives aux brimades.
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11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
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- Année de publication : 2023.
- Auteurs dépositaires : Belinda Graham & Anke Ehlers.
- Affiliation institutionnelle : University of Oxford, Oxford Centre for Anxiety Disorders and Trauma (OxCADAT).
- Licence et droits d’utilisation : L’article de validation original et l’instrument sont diffusés sous les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0 (CC-BY 4.0).
- Tarification : Accès libre et gratuit (aucun frais d’utilisation pour la recherche et l’enseignement).
- Conditions d’utilisation commerciale : L’utilisation non-commerciale pour la recherche clinique, académique et l’évaluation diagnostique courante est autorisée sans démarche préalable de demande d’autorisation, sous réserve de citer explicitement la référence princeps. Toute utilisation commerciale nécessite l’accord formel des auteurs et détenteurs des droits.
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12. Références / References
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- Clark, D. M., & Wells, A. (1995). A cognitive model of social phobia. In R. G. Heimberg, M. R. Liebowitz, D. A. Hope, & F. R. Schneier (Eds.), Social phobia: Diagnosis, assessment, and treatment (pp. 69–93). Guilford Press.
- Ehlers, A., & Clark, D. M. (2000). A cognitive model of posttraumatic stress disorder. Behaviour Research and Therapy, 38(4), 319–345. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(99)00123-0
- Gilbert, P. (2000). The relationship of shame, social anxiety and depression: The role of the evaluation of social rank. Clinical Psychology & Psychotherapy, 7(3), 174–189. https://doi.org/10.1002/1099-0879(200007)7:3<174::AID-CPP236>3.0.CO;2-U
- Graham, B., & Ehlers, A. (2023). Development and validation of the Bullied Cognitions Inventory (BCI). Cognitive Therapy and Research, 47(6), 1033–1045. https://doi.org/10.1007/s10608-023-10412-6
- Sloman, L., Gilbert, P., & Hasey, G. (2003). Evolved mechanisms in depression: The role and interaction of attachment and social rank in depression. Journal of Affective Disorders, 74(2), 107–121. https://doi.org/10.1016/S0165-0327(02)00116-7
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