{n « title »: « Questionnaire d’évaluation de la théorie de l’esprit pour les personnes atteintes de schizophrénie (AToMS) »,n « content »: «
1. Résumé / Abstract
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Le Questionnaire d’évaluation de la théorie de l’esprit pour les personnes atteintes de schizophrénie (Assessment of Theory of Mind for People with Schizophrenia, AToMS ; Yeh et al., 2023) est un instrument psychométrique et neuropsychologique standardisé, spécifiquement conçu pour quantifier et caractériser les altérations de la théorie de l’esprit (ToM, Theory of Mind) chez les individus présentant un diagnostic de schizophrénie. Ancré dans les modèles neurobiologiques et développementaux contemporains de la cognition sociale (Abu-Akel & Shamay-Tsoory, 2011 ; Baron-Cohen, 1995 ; Hutchins et al., 2012), l’AToMS évalue de manière ciblée deux dimensions structurales fondamentales : la ToM cognitive (capacité à inférer les pensées, croyances, intentions et connaissances d’autrui) et la ToM affective (aptitude à inférer et comprendre les états émotionnels et sentiments d’autrui). L’outil comprend 16 items mesurant 8 concepts opérationnels hiérarchisés selon trois niveaux de complexité ontogénétique : les fausses croyances de premier ordre, la tromperie de premier ordre, les fausses croyances de second ordre, la distinction entre apparence et réalité, le badinage/plaisanterie (banter), les sous-entendus (hinting), le décodage des indices sociaux et la reconnaissance des gaffes sociales (faux pas).
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L’administration repose sur des questions de contrôle et des questions cibles de ToM, notées selon une échelle binaire (0 ou 1 point par réponse correcte). Le score de chaque sous-échelle s’étend de 0 à 8, aboutissant à un score global d’AToMS compris entre 0 et 16, où des scores plus élevés reflètent une performance supérieure en théorie de l’esprit. Les propriétés psychométriques de l’AToMS ont fait l’objet d’une validation rigoureuse à Taïwan auprès d’adultes atteints de schizophrénie. La validité de contenu est solidement attestée par un indice de validité de contenu d’Aiken (CVI) global de 0,91 (items individuels variant de 0,80 à 0,93). La validité convergente est démontrée par une corrélation statistiquement significative avec l’évaluation de la performance des compétences sociales (Social Skills Performance Assessment, SSPA ; r = 0,577, p < 0,001), tandis que la validité divergente est confirmée par une absence de corrélation significative avec le test de lever de chaise de 30 secondes (30-second Chair Stand Test, 30 CST ; r = 0,184, p = 0,081). La consistance interne est robuste avec un coefficient alpha de Cronbach de 0,850. La fidélité test-retest à l’état clinique stable montre des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) remarquables de 0,901 pour l’échelle globale et de 0,900 pour chacune des deux sous-échelles. Enfin, la fidélité inter-évaluateurs entre cinq praticiens indépendants est exceptionnelle (ICC = 0,997). L’AToMS s’impose ainsi comme un outil de référence écologique, valide et hautement reproductible pour la recherche clinique et l’évaluation neuropsychologique ciblée en psychiatrie.
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2. Mots-clés / Keywords
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Théorie de l’esprit, ToM affective, ToM cognitive, Schizophrénie, Cognition sociale, Évaluation neuropsychologique, Inférence des pensées, Inférence des sentiments, Psychométrie, Validité convergente, Validité divergente, Fidélité test-retest, Compétences sociales.
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3. Auteurs / Authors
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Le développement et la validation psychométrique de l’AToMS ont été conduits par une équipe multidisciplinaire de cliniciens et d’universitaires spécialisés en ergothérapie, psychiatrie, éducation spécialisée et sciences paramédicales :
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- Ya-Chin Yeh : Shu-Zen Junior College of Medicine and Management, Département d’Ergothérapie, Kaohsiung, Taïwan (Courriel : [email protected]).
- Chi-Fa Hung : National Sun Yat-sen University, Faculté de Médecine, Kaohsiung, Taïwan (Courriel : [email protected]).
- Chung-Ying Lin : National Cheng Kung University, Faculté de Médecine, Institut des Sciences de Réadaptation et de Santé Paramédicale, Tainan, Taïwan (Courriel : [email protected] / Auteur correspondant : Tainan, Taiwan 701401).
- Yuh-Yih Wu : National Kaohsiung Normal University, Département de l’Éducation Spécialisée, Kaohsiung, Taïwan (Courriel : [email protected]).
- Chun-Hong Kuo : Kaohsiung Municipal Nan-Zih Special School, Département des Affaires Pédagogiques, Kaohsiung, Taïwan (Courriel : [email protected]).
- Marc N. Potenza : Yale School of Medicine, Département de Psychiatrie, Child Study Center, et Département des Neurosciences, New Haven, CT, États-Unis (Courriel : [email protected]).
- Chun-Hua Cheng : Kaohsiung Municipal Kai-Syuan Psychiatric Hospital, Département d’Ergothérapie, Kaohsiung, Taïwan (Courriel : [email protected]).
- Kuan-Lin Chen (ORCID : 0000-0001-9996-814X) : National Cheng Kung University, Faculté de Médecine, Institut des Sciences de Réadaptation et de Santé Paramédicale, Tainan, Taïwan (Courriel : [email protected]).
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4. Objectif / Purpose
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L’objectif premier du Questionnaire d’évaluation de la théorie de l’esprit pour les personnes atteintes de schizophrénie (AToMS) est de pallier les limites critiques des instruments historiques d’évaluation de la théorie de l’esprit lorsqu’ils sont appliqués à la population schizophrène. Dans les troubles du spectre de la schizophrénie, les déficits de cognition sociale constituent un déterminant proximal majeur du pronostic fonctionnel, de l’insertion professionnelle, de l’autonomie résidentielle et du maintien de liens interpersonnels satisfaisants. Si la cognition non sociale (mémoire de travail, fonctions exécutives, vitesse de traitement de l’information) contribue au handicap psychiatrique, de nombreuses études méta-analytiques indiquent que les capacités de théorie de l’esprit agissent comme un médiateur direct et puissant entre les fonctions neurocognitives de base et le fonctionnement dans la vie réelle.
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Néanmoins, les épreuves traditionnelles de ToM — conçues à l’origine dans le champ du développement infantile ou des troubles du spectre de l’autisme (telles que le test de Sally et Anne, les histoires de fausses croyances verbales denses, ou le test de lecture de l’esprit dans les yeux) — souffrent de multiples biais méthodologiques dans le contexte de la schizophrénie. D’une part, elles induisent fréquemment des effets de plafond chez les patients ayant un haut niveau d’éducation ou, à l’inverse, des effets de plancher dus à une charge cognitive verbale ou mnésique disproportionnée sans rapport direct avec la compétence socio-cognitive intrinsèque. D’autre part, la majorité de ces épreuves ne permettent pas de dissocier de façon rigoureuse la ToM cognitive de la ToM affective, occultant les patterns différentiels de dysfonctionnement neurobiologique qui caractérisent la maladie.
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Sur le plan clinique, l’AToMS a été pensé pour fournir une cartographie fine, nuancée et standardisée des forces et des faiblesses du patient en matière de mentalisation. L’instrument permet d’objectiver si les difficultés d’interaction sociale d’une personne résultent d’une incapacité à décoder les intentions logiques et les croyances sous-jacentes (composante cognitive) ou d’une mécompréhension des états affectifs et des sentiments générés chez les pairs (composante affective). Cette distinction diagnostique est fondamentale pour guider les programmes de remédiation cognitive sociale (tels que le programme SCIT – Social Cognition and Interaction Training, ou le TAR – Training of Affect Recognition) et pour calibrer des interventions d’ergothérapie ciblées sur les activités de la vie quotidienne et la réadaptation communautaire.
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Dans le domaine de la recherche, l’AToMS offre un cadre standardisé permettant d’évaluer l’efficacité thérapeutique de nouvelles approches pharmacologiques (antipsychotiques de nouvelle génération, agents pro-cognitifs, ocytocine intranasale) et psychosociales. Sa structure graduée selon des niveaux de complexité ontogénétique permet de situer précisément le niveau de désorganisation des processus inférentiels sociaux, offrant ainsi aux chercheurs un instrument robuste pour analyser les corrélats neuro-imageriques (connectivité fronto-striato-temporale) et phénoménologiques des symptômes psychotiques positifs (délires de persécution, idées de référence) et négatifs (retrait social, émoussement affectif).
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5. Construit psychologique / Construct
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Le construit central mesuré par l’AToMS est la théorie de l’esprit, définie au sens large comme la faculté métacognitive permettant d’attribuer des états mentaux non observables (croyances, désirs, connaissances, intentions, émotions) à soi-même et à autrui, et d’utiliser ces représentations pour interpréter, anticiper et réguler les conduites sociales interpersonnelles. Conformément au modèle dissociatif soutenu par la neuropsychologie cognitive et la neuro-imagerie fonctionnelle, l’AToMS conceptualise et opérationnalise ce construit en deux sous-domaines indépendants mais synergiques :
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Sous-échelle 1 : La ToM cognitive (Inferring Thoughts)
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La théorie de l’esprit cognitive renvoie aux processus computationnels froids et délibératifs nécessaires pour comprendre ce qu’une personne sait, pense ou croit. Elle implique la création d’une métareprésentation détachée de l’état émotionnel immédiat, permettant d’adopter la perspective épistémique d’un interlocuteur. Dans l’AToMS, cette sous-échelle est évaluée à l’aide de 8 items qui explorent la capacité à déduire des représentations de pensée exactes ou erronées. Par exemple, elle met en jeu l’aptitude à comprendre qu’un protagoniste peut posséder une information dépassée, incomplète ou inexacte concernant une situation donnée, et à prédire son comportement futur en fonction de cette croyance erronée plutôt que sur la réalité factuelle connue de l’observateur. Elle sollicite particulièrement les circuits préfrontaux dorsolatéraux, le carrefour temporo-pariétal et le précunéus.
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Sous-échelle 2 : La ToM affective (Inferring Feelings)
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La théorie de l’esprit affective renvoie aux processus sociocognitifs chauds requis pour inférer, identifier et interpréter les émotions, sentiments et états motivationnels affectifs d’autrui dans un contexte social spécifique. Contrairement à la simple résonance motrice ou émotionnelle automatique (empathie affective primaire), la ToM affective implique une compréhension cognitive explicite de l’expérience affective d’un tiers, y compris les émotions secondaires ou subtiles (culpabilité, embarras, fierté, déception, tristesse dissimulée). Les 8 items composant cette sous-échelle évaluent l’habileté à comprendre pourquoi un individu ressent un affect particulier à la suite d’un échange interpersonnel indirect, d’une rupture de convention sociale ou d’un acte de manipulation affective. Cette dimension engage préférentiellement le cortex préfrontal ventromédian, le cortex orbitofrontal et l’amygdale.
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Les huit concepts opérationnels et la gradation de complexité
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L’AToMS intègre huit concepts clés de la ToM, classés selon trois niveaux de complexité croissante et ancrés dans l’ontogenèse développementale :
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- Fausses croyances de premier ordre (First-order false belief) : Compréhension fondamentale qu’un individu peut maintenir une croyance fausse sur un fait du monde (« A pense que X, alors que la réalité est Y »). C’est le premier palier de mentalisation épistémique.
- Tromperie de premier ordre (First-order deception) : Compréhension qu’un agent social peut délibérément induire autrui en erreur pour modifier ses croyances et servir son propre intérêt.
- Fausses croyances de second ordre (Second-order false belief) : Capacité récursive de niveau supérieur à conceptualiser les pensées d’une personne à propos des pensées d’une autre personne (« A pense que B croit que X »).
- Apparence et réalité (Appearance and reality) : Aptitude à distinguer ce qu’un objet, une situation ou une émotion semble être en surface par rapport à ce qu’il est réellement en substance.
- Badinage / Plaisanterie (Banter) : Décodage de la communication non littérale ludique ou ironique, où l’intention communicative réelle diverge radicalement de la signification lexicale brute, nécessitant une analyse conjointe du ton et du contexte sans visée agressive.
- Sous-entendus (Hinting) : Détection et inférence d’intentions ou de demandes indirectes dissimulées derrière des énoncés apparemment informatifs ou neutres (ex. : faire remarquer qu’il fait froid pour signifier qu’on souhaite fermer la fenêtre).
- Indices sociaux (Social cues) : Identification et intégration cohérente de signaux non verbaux contextuels, posturaux ou kinésiques fournissant des clés essentielles sur la disposition mentale d’un partenaire social.
- Gaffes sociales (Faux pas) : Reconnaissance cognitive et émotionnelle d’une maladresse sociale commise par un individu qui déclare une parole inappropriée sans réaliser qu’elle offense ou blesse autrui, couplée à la compréhension de l’impact affectif chez la victime du faux pas.
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6. Cadre théorique / Theoretical Framework
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L’AToMS repose sur la convergence des théories modulaires, développementales et neurobiologiques de la cognition sociale élaborées au cours des quatre dernières décennies. Son fondement conceptuel s’articule principalement autour de trois piliers théoriques majeurs :
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1. Le modèle neurobiologique et computationnel d’Abu-Akel et Shamay-Tsoory (2011)
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Le cadre théorique structurant de l’AToMS s’appuie explicitement sur les travaux pionniers d’Ahmad Abu-Akel et Simone Shamay-Tsoory (2011), qui ont démontré la ségrégation neuro-anatomique et fonctionnelle entre les réseaux de la ToM cognitive et ceux de la ToM affective. Selon ce modèle, la compréhension sociale n’est pas un processus monolithique mais le produit de l’interaction entre deux boucles distinctes :
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- Le réseau cognitif regroupe le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC), le cortex cingulaire dorsal et le carrefour temporo-pariétal (TPJ), sous-tendant la mémoire de travail socio-conceptuelle, la prise de perspective visuo-spatiale et la manipulation logique de fausses représentations.
- Le réseau affectif implique le cortex préfrontal ventromédian (vmPFC), le cortex orbitofrontal (OFC), l’insula antérieure et les structures limbiques associées, permettant d’attribuer une valence émotionnelle aux représentations d’autrui et de simuler leur impact affectif.
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Dans la schizophrénie, ce système subit fréquemment une désynchronisation ou une hypoconnectivité fonctionnelle, ce qui justifie l’existence de deux scores distincts au sein de l’AToMS pour évaluer chaque réseau de manière indépendante.
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2. Le paradigme ontogénétique de Baron-Cohen (1995)
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Simon Baron-Cohen a théorisé le développement de la théorie de l’esprit sous la forme d’une cascade ontogénétique de mécanismes neurocognitifs spécialisés, allant du détecteur d’intentionnalité (Intentionality Detector, ID) et du détecteur de direction du regard (Eye Direction Detector, EDD) au mécanisme d’attention partagée (Shared Attention Mechanism, SAM), pour aboutir au mécanisme de théorie de l’esprit (Theory of Mind Mechanism, ToMM). L’AToMS s’inspire directement de cette trajectoire ontogénétique en intégrant des tâches calibrées sur les différents stades d’acquisition développementale de l’enfant (des épreuves précoces de fausse croyance vers 4-5 ans aux épreuves complexes de détection de faux pas vers 9-11 ans). Dans la schizophrénie, les altérations cognitives ne se manifestent pas toujours par une perte uniforme des fonctions, mais reflètent souvent une réversion ou une faillite préférentielle sur les niveaux d’intégration les plus tardifs et les plus sophistiqués.
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3. L’approche dimensionnelle et écologique de Hutchins, Prelock et Bonazinga (2012)
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Tiffany Hutchins et ses collègues ont modélisé la théorie de l’esprit selon un continuum d’inventaire dynamique distinguant la ToM précoce (early), la ToM de base (basic) et la ToM avancée (advanced). En intégrant cette vision hiérarchique, Yeh et ses collaborateurs (2021, 2023) ont structuré l’AToMS afin de couvrir des tâches de complexité graduée (niveaux 1, 2 et 3). Cette stratification évite l’écueil des épreuves classiques en proposant des items allant des concepts élémentaires (fausse croyance du 1er ordre) aux situations socio-communicatives complexes de la vie adulte (le badinage, l’humour partagé, les conventions implicites et les gaffes relationnelles), garantissant ainsi une sensibilité clinique optimale tout au long du spectre des déficits observés dans la schizophrénie.
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7. Validité / Validity
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Le protocole de validation de l’AToMS a suivi des normes méthodologiques strictes pour établir sa pertinence conceptuelle et clinique auprès d’individus atteints de schizophrénie à Taïwan :
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Validité de contenu (Content Validity)
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La validité de contenu a été rigoureusement analysée en soumettant l’ensemble de l’épreuve à un panel d’experts de la psychiatrie et de la cognition sociale. La pertinence, la clarté et la représentativité des items ont été évaluées à l’aide de l’indice de validité de contenu d’Aiken (Aiken’s Content Validity Index, CVI). Pour les items individuels de l’AToMS, le CVI s’échelonne entre 0,80 et 0,93. L’indice global de validité de contenu de l’instrument s’élève à 0,91, dépassant largement le seuil standard conventionnel de 0,80 requis dans la littérature psychométrique, attestant ainsi que les 16 items couvrent de manière exhaustive et fidèle le domaine conceptuel de la théorie de l’esprit.
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Validité convergente (Convergent Validity)
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La validité convergente a été démontrée en corrélant les scores obtenus à l’AToMS avec ceux de la Social Skills Performance Assessment (SSPA ; Patterson et al., 2001), un instrument standardisé évaluant la performance des compétences sociales lors de jeux de rôle semi-structurés de la vie quotidienne. Les analyses statistiques indiquent une corrélation positive statistiquement significative et modérée :
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r = 0,577 (p < 0,001)
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Cette association étroite corrobore l’hypothèse clinique selon laquelle une préservation des aptitudes de théorie de l’esprit est intrinsèquement liée à de meilleures compétences fonctionnelles et communicationnelles dans les relations interpersonnelles réelles.
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Validité divergente / discriminante (Divergent Validity)
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Pour confirmer que l’AToMS mesure spécifiquement un construit sociocognitif et non une performance motrice ou physique globale, la validité divergente a été testée en le mettant en relation avec le test de lever de chaise de 30 secondes (30-second Chair Stand Test, 30 CST ; Jones, Rikli, & Beam, 1999), une mesure objective de la force et de l’endurance musculaire des membres inférieurs. L’analyse révèle une corrélation faible et non significative sur le plan statistique :
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r = 0,184 (p = 0,081)
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Cette dissociation confirme que l’AToMS possède une excellente spécificité de domaine et n’est pas contaminé par des facteurs de motricité générale ou d’adhésion non spécifique aux consignes motrices de l’examinateur.
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8. Fidélité / Reliability
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La précision de mesure et la reproductibilité de l’AToMS ont été explorées sous l’angle de la consistance interne, de la stabilité temporelle (test-retest) et de l’objectivité de la cotation entre observateurs indépendants :
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Consistance interne (Internal Consistency)
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Le coefficient alpha de Cronbach obtenu pour l’échelle globale de l’AToMS est de 0,850. Cette valeur démontre une excellente homogénéité interne des 16 items tout en évitant une redondance excessive entre les différents domaines testés. Ce résultat confirme que les 8 concepts de ToM mesurés convergent harmonieusement vers le métaconstruit de la cognition sociale.
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Fidélité test-retest (Test-Retest Reliability)
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La stabilité temporelle a été analysée auprès d’un sous-échantillon de patients dont l’état clinique sur le plan de la symptomatologie psychotique est demeuré stable entre les deux sessions de passation (différence non significative, p = 0,22 quant aux symptômes psychotiques). Le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) pour l’échelle globale atteint 0,901 (intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %] = 0,35–0,97). De façon remarquable, les sous-échelles cognitive et affective présentent toutes deux une stabilité temporelle rigoureusement équivalente, avec un ICC de 0,900 (IC 95 % = 0,57–0,97 pour les items cognitifs ; IC 95 % = 0,50–0,97 pour les items affectifs). Ces données confirment la grande robustesse de l’instrument face aux fluctuations temporelles non pertinentes lorsque la condition psychiatrique est stationnaire.
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Fidélité inter-évaluateurs (Inter-Rater Reliability)
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L’accord inter-juges a été évalué en soumettant les passations à la notation de cinq évaluateurs indépendants. L’analyse révèle une concordance quasi parfaite, objectivée par un coefficient de corrélation intraclasse exceptionnel :
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ICC = 0,997 (IC 95 % = 0,994–0,999)
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Cet accord quasi absolu démontre l’extrême clarté des critères de cotation opérationnels de l’AToMS et garantit une neutralité et une reproductibilité exemplaires d’un praticien à l’autre.
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9. Analyse factorielle / Factor Analysis
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Concernant l’AToMS, aucune donnée issue d’une modélisation par analyse factorielle exploratoire (AFE) ou confirmatoire (AFC) n’est actuellement disponible dans les publications initiales de validation psychométrique de l’outil (Yeh et al., 2023). Les auteurs ont délibérément fondé l’architecture du questionnaire sur une démarche hypothético-déductive rigoureuse, en s’appuyant en amont sur une revue systématique de la littérature (Yeh et al., 2021) et sur les modèles neurobiologiques préétablis d’Abu-Akel et Shamay-Tsoory (2011).
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Bien que la structure bidimensionnelle (ToM cognitive versus ToM affective) s’appuie sur une validité théorique et biologique solide, l’absence de modélisation en équations structurelles ou d’analyse factorielle confirmatoire formelle constitue une piste de recherche prioritaire. De futures études psychométriques menées sur de plus grands échantillons multicentriques devront vérifier si le modèle bifactoriel classique, un modèle hiérarchique à deux facteurs de premier ordre sous un facteur général de ToM, ou un modèle à trois facteurs intégrant les niveaux de complexité ontogénétique offre le meilleur ajustement aux données empiriques (en évaluant les indices usuels d’ajustement tels que le RMSEA, le CFI, le TLI et le SRMR).
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10. Instrument de mesure / Instrument
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- Nom complet de l’outil : Questionnaire d’évaluation de la théorie de l’esprit pour les personnes atteintes de schizophrénie (Assessment of Theory of Mind for People with Schizophrenia, AToMS).
- Type d’épreuve : Questionnaire / inventaire standardisé original d’évaluation neuropsychologique de la cognition sociale par résolution de scénarios/situations.
- Format des questions : Présentation de scénarios standardisés évaluant la compréhension sociale, couplée à des questions de contrôle (vérifiant la mémoire et la compréhension factuelle) et des questions cibles d’inférence mentale (ToM).
- Nombre d’items : 16 items expérimentaux au total, évaluant 8 concepts de théorie de l’esprit distincts répartis à parts égales en deux composantes.
- Dimensions et sous-échelles :n
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- ToM cognitive : 8 items dédiés à l’inférence des pensées, croyances et intentions.
- ToM affective : 8 items dédiés à l’inférence des sentiments, émotions et états affectifs.
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- Concepts évalués (8 concepts) : Fausses croyances de premier ordre, tromperie de premier ordre, fausses croyances de second ordre, distinction apparence/réalité, badinage (banter), sous-entendus (hinting), indices sociaux et gaffes sociales (faux pas).
- Échelle de réponse authentique et cotation :n
Chaque question de contrôle est notée 1 point si elle est répondue correctement (0 dans le cas contraire). Chaque question de théorie de l’esprit (ToM) est notée 1 point si elle est répondue correctement (0 si la réponse est incorrecte ou absente). Les scores des sous-échelles s’échelonnent de 0 à 8 points (8 items chacune, notés 0 ou 1). Le score total de l’AToMS varie de 0 à 16 points. Des scores totaux plus élevés indiquent une meilleure performance en théorie de l’esprit.
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- Langues disponibles : Chinois mandarin (version originale taïwanaise).
- Population cible : Adultes (18 ans et plus), incluant les jeunes adultes (18-29 ans), les adultes de la trentaine (30-39 ans) et les adultes d’âge mûr (40-64 ans) ayant reçu un diagnostic formel de schizophrénie selon les critères du DSM ou de la CIM.
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11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
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- Année de validation et de publication princeps : 2023.
- Permissions : L’utilisation clinique ou pour la recherche académique du questionnaire AToMS nécessite d’en faire la demande préalable auprès de l’auteur correspondant de l’étude princeps, le Dr Chung-Ying Lin (National Cheng Kung University, Tainan, Taïwan ; courriel : [email protected]) ou du Dr Kuan-Lin Chen (courriel : [email protected]).
- Tarifs / Droits d’usage (Fee) : L’utilisation de l’AToMS est libre de droits financiers (aucun frais n’est requis pour son utilisation dans un cadre clinique ou de recherche scientifique).
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12. Références / References
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- Abu-Akel, A., & Shamay-Tsoory, S. (2011). Neuroanatomical and neurochemical bases of theory of mind. Neuropsychologia, 49(11), 2971–2984. https://doi.org/10.1016/j.neuropsychologia.2011.07.012
- Baron-Cohen, S. (1995). Mindblindness: An essay on autism and theory of mind. MIT Press. https://doi.org/10.7551/mitpress/4635.001.0001
- Hutchins, T. L., Prelock, P. A., & Bonazinga, L. (2012). Psychometric evaluation of the Theory of Mind Inventory (ToMI): A study of typically developing children and children with autism spectrum disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 42(3), 327–341. https://doi.org/10.1007/s10803-011-1244-7
- Jones, C. J., Rikli, R. E., & Beam, W. C. (1999). A 30-s chair-stand test as a measure of lower body strength in community-residing older adults. Research Quarterly for Exercise and Sport, 70(2), 113–119. https://doi.org/10.1080/02701367.1999.10608028
- Patterson, T. L., Moscona, S., McKibbin, C. L., Davidson, K., & Jeste, D. V. (2001). Social skills performance assessment among older patients with schizophrenia. Schizophrenia Research, 48(2-3), 351–360. https://doi.org/10.1016/s0920-9964(00)00109-7
- Yeh, Y.-C., Hung, C.-F., Lin, C.-Y., Wu, Y.-Y., Kuo, C.-H., Potenza, M. N., Cheng, C.-H., & Chen, K.-L. (2023). The animated assessment of theory of mind for people with schizophrenia (AToMS): Development and psychometric evaluation. European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 273(3), 663–677. https://doi.org/10.1007/s00406-022-01498-2
- Yeh, Y.-C., Lin, C.-Y., Hung, C.-F., Potenza, M. N., & Chen, K.-L. (2021). Theory of mind assessments for people with schizophrenia: A systematic review of psychometric properties. Schizophrenia Research, 237, 10–22. https://doi.org/10.1016/j.schres.2021.08.016
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