Face aux drames de la pandémie de Covid-19 — deuils soudains, hospitalisations d’urgence ou isolements forcés —, pourquoi certains individus ont-ils surmonté l’épreuve tandis que d’autres sont restés durablement marqués ? Selon une étude néerlandaise publiée dans le European Journal of Psychotraumatology, la réponse ne résiderait pas tant dans la gravité intrinsèque de l’événement vécu que dans le terrain psychologique préalable des personnes affectées. Les chercheurs mettent en lumière un constat frappant : les facteurs de vulnérabilité individuelle exercent un rôle bien plus déterminant sur la santé psychologique à long terme que les caractéristiques concrètes du traumatisme.
Ce que révèle l’étude : la personne avant le choc
En suivant les participants sur la durée, les auteurs ont observé une légère diminution globale des symptômes de stress post-traumatique (SSPT) au fil des mois. Cependant, l’évolution de ces séquelles varie considérablement d’une personne à l’autre. L’analyse statistique montre en effet que les facteurs de vulnérabilité personnelle pèsent bien plus lourdement sur la persistance et l’intensité du stress post-traumatique que la nature même des événements traumatiques subis.
Cette distinction s’avère encore plus nette lorsqu’on observe le bien-être mental général. Les résultats indiquent que seul le profil individuel de vulnérabilité est significativement lié à la qualité de vie psychique globale des répondants. Les particularités objectives du choc pandémique, qu’il s’agisse d’une maladie aiguë ou de la perte d’un proche, ne ressortent pas comme des facteurs prédictifs majeurs dans ce domaine.
Une enquête de grande ampleur menée aux Pays-Bas
Pour parvenir à ces conclusions, l’équipe menée par Anouk van Duinkerken a exploité une base de 5 782 observations issues de 3 445 jeunes et adultes néerlandais, suivis à plusieurs reprises entre mars 2022 et juin 2024. Chaque participant devait déclarer les événements potentiellement traumatiques traversés pendant la crise sanitaire et indiquer s’il en ressentait encore les séquelles.
Les chercheurs ont mobilisé des outils cliniques reconnus : l’échelle PCL-5, adossée à l’expérience jugée la plus douloureuse par le participant pour évaluer le stress post-traumatique, et l’inventaire MHI-5 pour mesurer le bien-être émotionnel. Grâce à des modèles à effets mixtes, ils ont pu démêler l’impact propre des événements de celui des caractéristiques individuelles. En parallèle, une question ouverte a recueilli les témoignages qualitatifs des volontaires afin de comprendre comment le climat pandémique a altéré leurs stratégies d’adaptation ordinaires.
Isolement, deuils empêchés et quête de sens
Le volet qualitatif de l’étude met en exergue quatre réalités majeures qui ont rythmé le quotidien des participants : le manque cruel de contacts sociaux, l’entrave aux rituels de deuil causée par les restrictions, l’anxiété permanente liée à la contamination, mais aussi, pour certains, une appréciation renouvelée de la vie et des relations humaines.
Comme le soulignent les auteurs, les mesures de distanciation ont sapé les soutiens affectifs habituels. Privés d’étreintes, de funérailles collectives et d’espaces de partage, de nombreux individus n’ont pas pu activer leurs ressources relationnelles traditionnelles, ce qui a entravé le processus normal de rétablissement psychologique après un choc.
Quelles leçons tirer pour les futures crises sanitaires ?
Ces données suggèrent qu’en période de crise sanitaire prolongée, focaliser l’attention uniquement sur les événements dramatiques visibles est insuffisant. Selon l’équipe de recherche, les politiques de santé publique doivent impérativement intégrer la détection précoce des profils psychologiquement vulnérables, qu’il s’agisse de personnes isolées ou ayant des antécédents de détresse psychique.
Pour préserver durablement la santé mentale des populations, les futures stratégies de gestion de crise devront veiller à maintenir la connectivité sociale et à sécuriser les espaces d’accompagnement émotionnel. Car face à l’adversité, le tissu relationnel reste l’un des remparts les plus précieux contre le traumatisme.
Source
- Exploring the impact of event-related and personal vulnerability characteristics on mental health after pandemic-related trauma exposure
- Researchers: Anouk van Duinkerken, Mark W. G. Bosmans, Imme J. Rahmon, Elske Marra, Christos Baliatsas, Michel Dückers
- Journal: European Journal of Psychotraumatology
- Read the original study