Et si le secret pour pratiquer une activité physique régulière ne résidait pas dans la quête d’une silhouette idéale, mais dans l’abandon pur et simple des impératifs esthétiques ? Selon une étude pilote dirigée par la chercheuse Kayla J. Nuss et publiée dans l’American Journal of Lifestyle Medicine, adopter une approche de neutralité corporelle permettrait d’augmenter le niveau d’exercice chez les femmes sédentaires tout en favorisant une relation plus apaisée et durable avec le sport.
Rompre avec la tyrannie de l’apparence pour se remettre en mouvement
Aux États-Unis, près de la moitié des femmes adultes n’atteignent pas les recommandations officielles en matière d’activité physique modérée à vigoureuse, en dépit des bénéfices majeurs du mouvement pour la santé globale. Pour l’équipe de recherche, ce déficit découle en grande partie des pressions socioculturelles qui associent systématiquement la pratique sportive à la minceur et au contrôle du poids.
Lorsqu’une personne s’entraîne sous l’injonction de transformer son allure, elle mobilise une motivation dite contrôlée. Décrite par la théorie de l’autodétermination, cette forme de motivation externe, souvent nourrie par la culpabilité ou le regard d’autrui, s’avère particulièrement précaire dans le temps et conduit fréquemment au découragement et à l’abandon.
Un outil simple pour transformer le rapport au corps
Afin de briser ce cycle, les chercheuses ont évalué l’impact d’un carnet d’exercices d’auto-guidage durant six semaines auprès de 20 femmes considérées comme insuffisamment actives. Le protocole s’appuie sur la neutralité corporelle, une démarche qui propose de décentrer l’attention portée à l’image du corps pour se focaliser sur sa fonctionnalité.
Plutôt que d’imposer une obligation d’aimer inconditionnellement son physique, la neutralité invite à apprécier ce que l’organisme permet d’accomplir : respirer, marcher, porter des charges ou ressentir de l’énergie. En apprenant à envisager leur enveloppe corporelle comme un instrument d’expérience vécue et non comme un objet soumis au jugement esthétique, les participantes ont pu réinventer le sens de leur engagement physique.
Plus d’activité et une motivation plus saine
Au terme des six semaines, les participantes ont enregistré une augmentation modérée de leur temps hebdomadaire d’activité physique modérée à vigoureuse, parallèlement à une nette amélioration de leurs capacités de planification. Mais l’évolution la plus remarquable concerne les leviers psychologiques sous-jacents.
L’évaluation post-intervention a mis en lumière un renforcement de l’autonomie, du sentiment de compétence et de la compassion envers soi-même. Les femmes ont développé une motivation intrinsèque et intégrée, trouvant désormais une source de satisfaction directe dans l’exercice. Parallèlement, l’étude note une réduction de la régulation introjectée — cette voix intérieure punitive dictée par le devoir — ainsi qu’une baisse marquée de la comparaison sociale basée sur l’apparence.
Des résultats préliminaires à confirmer à grande échelle
Bien que prometteuses, ces conclusions doivent être considérées avec nuance. Les chercheuses rappellent qu’il s’agit d’une étude pilote reposant sur un échantillon restreint de seulement 20 participantes, sans groupe témoin permettant d’exclure tout biais d’évaluation. Des essais cliniques randomisés de plus grande envergure seront indispensables pour mesurer la pérennité de ces effets sur le long terme.
Néanmoins, ce travail met en lumière une stratégie novatrice, peu coûteuse et facilement diffusable. En apprenant à neutraliser les diktats visuels au profit de la valorisation des capacités réelles du corps, ce carnet d’exercices offre une voie accessible pour réconcilier durablement les femmes avec le bien-être physique et le plaisir du mouvement.
Source
- A Pilot Study of a Body Neutrality Workbook Intervention to Improve Physical Activity and Motivation in Insufficiently Active Women
- Researchers: Kayla J. Nuss, Amanda N. Brice, Taylor Sullivan, Noah Chirico, Sierra L. Held, Anne Poirier
- Journal: American Journal of Lifestyle Medicine
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