Mukbang et alimentation émotionnelle : un lien trompeur ?

Une étude saoudienne explore le lien entre vidéos de mukbang et alimentation émotionnelle, soulignant une corrélation commune avec l’IMC.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 1, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 1, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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Face à la popularité fulgurante des vidéos montrant des personnes ingurgitant d’immenses festins devant leur caméra, la communauté scientifique s’interroge sur l’impact de ces contenus sur le comportement alimentaire. Une étude menée par Fatimah Alenazi et Hend F. Alharbi, parue dans la revue Nutrients, a examiné le lien supposé entre la dépendance à ces diffusions et l’alimentation émotionnelle chez les jeunes adultes. Contrairement aux idées reçues, les conclusions révèlent une réalité plus nuancée qu’une simple relation de cause à effet.

Le phénomène mukbang sous la loupe scientifique

Né en Corée du Sud, le mukbang est devenu un véritable phénomène planétaire sur les réseaux sociaux. Ces vidéos mettent en scène des créateurs consommant de spectaculaires quantités de nourriture tout en échangeant avec leur communauté. Or, cette tendance suscite des inquiétudes croissantes au sein du milieu universitaire. Les étudiants forment en effet un groupe particulièrement vulnérable : confrontés au stress académique et à des emplois du temps irréguliers, ils présentent une propension accrue à compenser leurs tensions par la nourriture tout en passant de nombreuses heures devant leurs écrans.

Pour mesurer les répercussions de ce loisir numérique, les chercheuses ont conduit une étude transversale auprès de 551 étudiants en Arabie saoudite, entre novembre 2025 et avril 2026, au moyen de questionnaires standardisés en ligne.

Une corrélation directe absente, mais un dénominateur commun

Au premier abord, l’analyse descriptive semblait appuyer l’hypothèse d’une corrélation : parmi les étudiants manifestant une forte propension à l’alimentation émotionnelle, 55 % affichaient également un niveau élevé d’addiction au mukbang, contre 45 % présentant une faible dépendance. Cependant, la rigueur statistique a rapidement infirmé cette impression de surface.

Après application d’une régression linéaire multiple, les données n’ont montré aucune association directe statistiquement significative entre les scores de l’Emotional Eating Questionnaire (EEQ) et ceux de la Mukbang Addiction Scale (MAS) (B = 0,275 ; p = 0,249). En revanche, l’indice de masse corporelle (IMC) est apparu comme un facteur transversal majeur : l’IMC s’est révélé significativement corrélé à la fois aux scores d’alimentation émotionnelle et à l’addiction au mukbang (p < 0,05).

Profils sociodémographiques : peu de disparités marquées

L’étude s’est également intéressée à la manière dont ces comportements s’articulent selon l’environnement sociodémographique des étudiants. L’âge, le genre, le niveau d’éducation et les tranches de revenus n’ont mis en évidence aucun effet mesurable, que ce soit sur l’attrait pour le mukbang ou sur l’alimentation émotionnelle.

Les seules variations notables observées par les chercheuses concernent l’alimentation émotionnelle, dont les scores fluctuaient selon le statut matrimonial (p = 0,025) et l’activité professionnelle (p = 0,037). À l’inverse, l’addiction au mukbang est restée constante à travers l’ensemble des caractéristiques démographiques répertoriées, suggérant que ce format vidéo captive une population étudiante homogène, sans distinction de profil.

Perspectives et implications pour la santé des étudiants

Ces observations incitent à la prudence : le simple fait de visionner des repas pantagruéliques sur son téléphone ne déclenche pas automatiquement une dérégulation affective de l’appétit chez l’ensemble des spectateurs. La méthodologie transversale ne permettant pas d’établir de lien de causalité, les chercheuses appellent à la réalisation d’études longitudinales afin d’élucider la dynamique temporelle entre l’exposition aux médias numériques, les habitudes alimentaires et la prise de poids.

Face au lien avéré avec l’IMC, les autrices préconisent la mise en place de programmes de prévention ciblés sur les campus. Selon elles, ces interventions devraient conjuguer éducation nutritionnelle, gestion du stress et sensibilisation à l’hygiène numérique, afin d’aider les étudiants à développer un rapport plus équilibré à leur assiette et à leurs écrans.


Source

  • Mukbang Addiction and Emotional Eating Among University Students in Saudi Arabia: A Cross-Sectional Study
  • Researchers: Fatimah Alenazi, Hend F. Alharbi
  • Journal: Nutrients
  • Read the original study
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Looti, M. (2026, octobre 1). Mukbang et alimentation émotionnelle : un lien trompeur ?. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_news=mukbang-addiction-alimentation-emotionnelle-etudiants
Looti, Mohammed. “Mukbang et alimentation émotionnelle : un lien trompeur ?.” Base de données de psychologie en français, 1 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_news=mukbang-addiction-alimentation-emotionnelle-etudiants.
Looti, Mohammed. “Mukbang et alimentation émotionnelle : un lien trompeur ?.” Base de données de psychologie en français. octobre 1, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_news=mukbang-addiction-alimentation-emotionnelle-etudiants.