Longtemps cantonnée aux représentations de l’adolescence, l’anorexie mentale frappe également les femmes au milieu de leur vie. Dans un article clinique publié au sein du Journal of Midwifery & Women’s Health, les chercheuses Janell Senda, Sarah Carpenter et Mary E. Carter-Orbke alertent sur une réalité médicale méconnue : la transition vers la ménopause constitue une période de vulnérabilité accrue où les conduites restrictives peuvent débuter ou resurgir, restant trop souvent dans l’angle mort des soignants.
Un trouble loin d’être réservé aux adolescentes
L’image d’Épinal associant quasi exclusivement l’anorexie mentale aux jeunes filles biaise la détection chez les adultes. Comme le rappellent les autrices de l’étude, l’apparition inaugurale comme la récidive de troubles des conduites alimentaires surviennent fréquemment durant la quarantaine ou la cinquantaine.
Cette vulnérabilité s’explique par la convergence de plusieurs bouleversements majeurs lors de la périménopause. Les fluctuations hormonales propres au climatère se conjuguent alors à des stresseurs psychosociaux notables — évolutions professionnelles, départs des enfants ou deuils — et à une anxiété accrue liée à l’image corporelle face aux transformations physiques du vieillissement. Ce contexte constitue un terrain particulièrement propice à l’installation de comportements alimentaires pathologiques.
Des signes d’alerte masqués par la ménopause
Le principal danger identifié par l’équipe réside dans la confusion symptomatique. Une perte de poids marquée et l’aménorrhée — l’interruption des menstruations — sont très souvent attribuées au déclin ovarien naturel, masquant un état de dénutrition chronique sévère.
Ce retard de diagnostic expose les femmes d’âge mûr à des conséquences somatiques particulièrement graves. L’anorexie mentale place l’organisme en état de privation prolongée, avec des répercussions métaboliques, cardiaques et osseuses majeures. En occultant l’origine nutritionnelle et psychologique de ces manifestations, les praticiens laissent s’installer un risque accru de morbidité et de mortalité chez des patientes déjà fragilisées.
Les sages-femmes en première ligne du dépistage
Face à cet écueil, les autrices mettent en avant le rôle stratégique des sages-femmes et des soignants de premier recours. Grâce à un suivi longitudinal fondé sur une relation de confiance et lors des consultations de routine gynécologique ou de santé génésique, ces professionnelles se situent à une place privilégiée pour repérer les premiers signaux d’alerte.
L’étude recommande vivement d’intégrer des évaluations préventives ciblées dans les rendez-vous périodiques. Interroger de façon systématique le rapport à l’alimentation, les fluctuations pondérales et la détresse psychologique permettrait de poser un diagnostic différentiel rigoureux, sans imputer d’emblée l’ensemble du tableau clinique à la seule sénescence ovarienne.
Vers une prise en charge multidisciplinaire indispensable
S’appuyant sur l’analyse approfondie d’un cas clinique, les chercheuses démontrent qu’un repérage précoce doit immédiatement déboucher sur une orientation vers une équipe pluridisciplinaire. La complexité de l’anorexie mentale nécessite en effet l’intervention conjointe de somaticiens, de diététiciens et de spécialistes de la santé mentale pour stabiliser l’état physique tout en traitant la souffrance psychologique sous-jacente.
En brisant le stéréotype selon lequel les troubles alimentaires appartiendraient au passé une fois l’âge adulte consolidé, les autrices invitent l’ensemble de la communauté médicale à élargir son regard clinique. Considérer ces pathologies sur l’ensemble de la trajectoire de vie représente un impératif sanitaire pour améliorer le pronostic à long terme et garantir une prise en charge digne à chaque étape de l’existence.
Source
- Identification and Treatment of Anorexia Nervosa in Women With Perimenopause
- Researchers: Janell Senda, Sarah Carpenter, Mary E. Carter-Orbke
- Journal: Journal of Midwifery & Women s Health
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