Alimentation sélective : un lien avec l’anxiété de l’apparence

Une étude associe l’alimentation sélective chez l’adulte à l’anxiété liée à l’apparence physique et à un indice de masse corporelle légèrement inférieur.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 31, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 31, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

Longtemps perçue comme un simple caprice réservé à l’enfance, la sélectivité alimentaire persiste chez de nombreux adultes et s’accompagne d’enjeux psychologiques encore méconnus. Selon une étude menée par les chercheurs turcs Gülşen Delikanlı Akbay et Erdinç Karakullukçu, publiée dans la revue Acta Psychologica, les habitudes de mangeur difficile à l’âge adulte sont directement liées à l’anxiété suscitée par l’évaluation de son physique par autrui. Cette découverte jette un jour nouveau sur les facteurs affectifs et relationnels qui façonnent nos réticences dans l’assiette.

Des préférences alimentaires influencées par le regard d’autrui

Les conclusions des auteurs révèlent que la sélectivité alimentaire chez l’adulte présente une association positive et indépendante avec l’anxiété liée à l’apparence sociale. Concrètement, plus un individu craint le regard critique ou le jugement des autres sur sa silhouette ou son corps, plus il a tendance à trier ses aliments, à en rejeter certaines catégories ou à refuser des textures particulières.

À l’inverse des présupposés courants dans les recherches sur l’alimentation, l’analyse montre que ni les symptômes dépressifs ni la qualité globale du sommeil ne constituent des variables explicatives indépendantes du comportement de mangeur difficile. Même si un sommeil perturbé ou une baisse de moral peuvent coexister chez certains profils, ils n’expliquent pas de manière autonome l’intensité des évitements alimentaires constatés.

Un indice de masse corporelle légèrement plus faible

Au-delà de cette dimension psychosociale, les données mettent en évidence une association inverse, modeste mais statistiquement significative, entre la sélectivité à table et l’indice de masse corporelle (IMC).

Ce résultat suggère que les refus répétés et la restriction de l’éventail d’aliments consommés peuvent se traduire par un profil corporel légèrement plus mince au sein de cette population. En éliminant de manière systématique plusieurs mets ou préparations, les mangeurs exigeants réduiraient involontairement leur apport énergétique global, ce qui influe de façon mesurable sur leur poids.

Une évaluation standardisée auprès de 386 adultes

Pour parvenir à ces observations, les chercheurs Gülşen Delikanlı Akbay et Erdinç Karakullukçu ont analysé un échantillon de 386 adultes âgés de 18 ans et plus en Turquie. Le protocole s’est appuyé sur des échelles psychométriques validées : l’Adult Picky Eating Questionnaire (APEQ), l’échelle d’anxiété d’apparence sociale (SAAS), l’inventaire de dépression de Beck (BDI) et l’indice de qualité du sommeil de Pittsburgh (PSQI).

L’analyse multivariée effectuée par l’équipe indique que le modèle global rend compte de 7,7 % de la variance de l’alimentation sélective. Bien que ce chiffre confirme un rôle mesurable de l’anxiété d’apparence et de l’IMC, il rappelle également qu’une vaste part des mécanismes sous-jacents dépend d’autres facteurs non intégrés dans cette équation statistique.

Une corrélation à interpréter avec prudence

Les auteurs insistent sur la prudence requise lors de la lecture de ces résultats : reposant sur une étude transversale, l’expérimentation met en lumière des corrélations mais ne permet nullement d’établir un lien de cause à effet. L’inquiétude portée sur l’image de soi peut inciter à restreindre ses repas, tout comme les difficultés sociales provoquées par une alimentation rigide peuvent, à terme, exacerber l’insécurité corporelle.

Pour approfondir ces pistes, les scientifiques préconisent le déploiement de protocoles prospectifs et longitudinaux. De futures investigations devront notamment intégrer l’évaluation de la sensibilité sensorielle, de la néophobie alimentaire, des composantes multidimensionnelles de l’image du corps ainsi qu’un enregistrement précis et objectif des apports nutritionnels réels.


Source

  • Social appearance anxiety and adult picky eating: Associations with sleep quality, depressive symptoms, and body mass index
  • Researchers: Gülşen Delikanlı Akbay, Erdinç Karakullukçu
  • Journal: Acta Psychologica
  • Read the original study

Rate This Content

Be the first to rate this

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 31). Alimentation sélective : un lien avec l’anxiété de l’apparence. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_news=alimentation-selective-adulte-anxiete-apparence
Looti, Mohammed. “Alimentation sélective : un lien avec l’anxiété de l’apparence.” Base de données de psychologie en français, 31 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_news=alimentation-selective-adulte-anxiete-apparence.
Looti, Mohammed. “Alimentation sélective : un lien avec l’anxiété de l’apparence.” Base de données de psychologie en français. octobre 31, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_news=alimentation-selective-adulte-anxiete-apparence.